Didier Bellens échappe à la correctionnelle

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Un non-lieu a été prononcé en faveur de l’ex-dirigeant de Belgacom pour des faits de corruption présumés.

Si ce n’est pas un coup d’arrêt, ça y ressemble quand même furieusement. La chambre des mises en accusation a prononcé le 2 octobre dernier un arrêt de non-lieu à l’encontre de Didier Bellens et de Pierre-Eric Evrard. Les deux hommes, ex-dirigeants de Belgacom (désormais Proximus), étaient poursuivis à Mons pour des faits de corruption supposés. Grosso modo, il leur était reproché d’avoir vendu un immeuble appartenant à Belgacom en deçà des prix pratiqués sur le marché à Edmée De Groeve, une proche du président du parti socialiste Elio Di Rupo, en vue de s’attirer la bienveillance et les bonnes grâces du PS.

L’instruction fleuve (quatre ans) avait permis au ministère public de présenter une première fois Bellens, Evrard et De Groeve devant la chambre du conseil – étape avant un renvoi en correctionnelle — mais tant Bellens que Evrard ont interjeté appel et la chambre des mises en accusation leur a donné raison en prononçant un non-lieu, balayant les conclusions des enquêteurs et du ministère public.

Mais c’est la motivation de cette décision favorable aux deux hommes (Edmée De Groeve n’a pas fait appel) qui est particulièrement cocasse: alors que le parquet évoquait des faits de corruption par des fonctionnaires tout au long de son réquisitoire, la justice estime que le parquet s’est fourvoyé: Belgacom est une société privée. Belgacom/Proximus , cotée en Bourse, n’a rien d’une administration et les qualifications du parquet sont donc à côté de la plaque et n’établissent pas à suffisance que les intéressés exerçaient une fonction publique mais agissaient plutôt dans le cadre de la gestion patrimoniale d’une société privée…

"Je suis clean"

Sans surprise, le parquet s’oppose à cet arrêt; il refuse de voir quatre années d’enquête jetées aux oubliettes et s’est donc pourvu en cassation le 18 octobre dernier. "On s’est fait battre pour des raisons techniques et juridiques et absolument pas sur le fond", dit-on à Mons. "Mais ce n’est pas terminé".

"Mais tout ceci va dans la direction que j’ai toujours indiquée: je suis clean."
Didier Bellens
Ex-CEO de Belgacom

Tant Didier Bellens que Pierre-Eric Evrard accueillent positivement le non-lieu. "Je reste prudent", explique Didier Bellens. "Mais tout ceci va dans la direction que j’ai toujours indiquée: je suis clean. La vente de cet immeuble s’est faite en ligne avec toutes les règles, il a été vendu dans de bonnes conditions financières, avec l’aval du comité d’audit de Belgacom et du conseil d’administration. Tout le monde était d’accord avec cette vente", poursuit l’ex-administrateur délégué de l’opérateur télécom.

De son côté, Pierre-Eric Evrard se contente de saluer le fait que la justice "avance dans la bonne direction". Le conseil de Didier Bellens, Jean-François Terlinden, souligne, quant à lui, que cette décision correspond à ce que le CEO "a toujours dit": "la décision n’est pas encore définitive mais elle est claire: Didier Bellens n’est pas devant le tribunal correctionnel".

Didier Bellens, qui fut le patron emblématique de Belgacom entre 2003 et 2013, a été limogé par le gouvernement Di Rupo dans la foulée de déclarations corsées comparant l’ex-Premier ministre a "un petit enfant venant chercher sa Saint-Nicolas". C’est Dominique Leroy qui lui a succédé à la tête de l’opérateur public.

Ceux qui attendaient de pied ferme le procès intenté par Didier Bellens contre Belgacom en seront pour leurs frais. Licencié le 15 novembre 2013, Didier Bellens avait décidé d’introduire une action en justice contre son ancien employeur devant le tribunal du travail. L’objectif de cette action?Récupérer des indemnités de licenciement estimées à environ 5 millions d’euros.

 L’affaire, introduite en avril 2014 devant le tribunal du travail, a connu de sérieux retards à cause d’un homme, un certain Botikala Baseke. Ce dernier, un ancien agent statutaire de Belgacom, licencié avant même que Bellens n’arrive chez Belgacom, a fait acte d’intervention volontaire dans la procédure Bellens-Belgacom afin d’être entendu.

Précisons que les deux affaires n’ont rien à voir l’une avec l’autre mais la justice est ainsi faite. En première instance, cette requête avait été déclarée irrecevable et mal fondée, ce qui n’avait pas empêché Botikala Baseke d’interjeter appel. La cause a donc été replaidée devant la cour du travail qui a confirmé le jugement de première instance. À cette occasion, l’auditeur général a même menacé l’intervenant volontaire d’une condamnation pour action téméraire et vexatoire.

 Pas de quoi inquiéter le procédurier qui est insolvable. Sur cette nouvelle intervention, la cour devrait rendre un arrêt le 7 novembre prochain. Et si comme chacun s’y attend, Botikala Baseke est écarté de la procédure, les avocats de Didier Bellens et ceux de Belgacom pourront enfin s’entendre pour fixer un calendrier d’échange de conclusions et, un jour peut-être, cette affaire sera-t-elle plaidée.

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