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Et si Stéphane Moreau rachetait VOO? Les 6 scénarios possibles

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On n'a jamais été aussi proche de voir Nethys lâcher son activité câble et - de facto - laisser la meute se lancer à l'assaut de VOO.

Alors, on vend? La question n’est pas aussi évidente. Entre le "stand alone" et le "vendons tout" d’autres scénarios existent pour dessiner le futur du pôle télécom-média de Nethys et de VOO en tirant les leçons de la crise Publifin.

1/ On ne change rien

Ben oui, tiens pourquoi changer? Stéphane Moreau a nommé il y a un peu plus d’un an et demi Jos Donvil à la tête de la division télécom de Nethys avec l’ambition de profiter de l’expérience de l’ex-big boss de Base pour enfin réaliser des profits et s’assurer un avenir dans le mobile.

Le business décolle enfin et l’emprunt de 425 millions contracté par VOO pour racheter les huit sociétés du câble wallonnes sera entièrement remboursé fin de cette année. Sauf qu’entre-temps, justement, la crise Publifin est passée par là, que si Nethys doit maigrir, ses activités télécoms sont parmi les plus attrayantes et que le partenaire Brutélé pourrait également être attiré par l’appât du gain.

Retrouvez notre édito ==> Le moment de vendre

2/ On vend "tout"

C’est le scénario le plus radical. On coupe le cordon, on fait un "one shot" et les communes actionnaires encaissent les millions. Telenet, Orange (et d’autres?) sont dans les starting-blocks avec chacun leurs arguments. Aujourd’hui le réseau câblé de Nethys est valorisé autour de 1,2 milliard d’euros. Celui, complémentaire, de Brutélé (Bruxelles et région de Charleroi) à 300-350 millions d’euros.

C’est d’autant plus tentant pour les communes de sortir aujourd’hui que beaucoup craignent l’impact de l’ouverture du câble aux tiers aujourd’hui imposée par les régulateurs en Belgique, une brèche dans laquelle Orange s’est déjà engouffré pour offrir de la télévision et de l’internet haut débit aux Wallons sur le réseau de VOO. Reste que vendre "tout" serait pour beaucoup un gâchis, vu les attentes et les investissements placés dans VOO.

3/ On vend une partie

"Si vous n’êtes pas (encore) prêts à céder l’ensemble, des parties nous intéressent", tels seraient les propos tenus de manière informelle par un candidat acquéreur il y a peu. Selon nos informations, Telenet (pour ne pas le citer) aurait même une idée: Be tv. Les arguments ne manquent pas pour une pareille mise en bouche. Telenet distribue déjà Be tv pour ses clients francophones.

L’opérateur malinois possède sa propre offre premium avec Play et Play More en Flandre. Reste que si ses dirigeants se rêvent en opérateur "leader" à l’échelle nationale, il leur faut du contenu en français. Pour Nethys, se séparer de Be tv serait un moindre mal. Le chiffre d’affaires de la plateforme ne cesse de reculer, tout comme son nombre d’abonnés (-12% en 2016). La pression générée par Netflix et Amazon ne va faire que s’intensifier. Quitte à vendre et à montrer un peu de bonne volonté, autant vendre Be tv…

4/ On loue le réseau

D’un point de vue strictement opérationnel, c’est le scénario le plus logique pour Nethys. Il est calqué sur la manière dont Telenet travaille en Flandre avec Interkabel, qui fédère quatre intercommunales ayant refusé de vendre leur réseau à la filiale de Liberty Global.

Depuis 2008, Interkabel a choisi de céder ses clients et l’exploitation commerciale de son réseau à Telenet, tout en restant propriétaire de l’infrastructure. À la clé: des dividendes grassement payés pour les communes actionnaires, chaque année. On ne veut pas les bijoux de la couronne, mais on laisse les spécialistes gérer, définir la stratégie, récolter les fruits pour soi-même.

5/ On met VOO en Bourse

Il y a un an, le scénario se trouvait au-dessus de la pile, amorcée par Jean-Claude Marcourt (encore ministre wallon de l’Économie) et par Daniel Bacquelaine (chef de file MR à Liège), plaidant pour que VOO "s’ouvre au privé".

Double avantage: on permet à un partenaire privé (allo Telenet?) d’entrer au capital avec son expertise… tout en gardant la main et la majorité des actions via n’importe quel véhicule public. Au pire: les affaires explosent et on s’expose à une OPA hostile d’ici quelques années.

6/ … Et si on rachetait?

Ne riez pas, la rumeur enfle. Stéphane Moreau serait activement à la recherche d’un fonds de pension ou d’une banque capable de cofinancer le rachat du pôle télécom et média de Nethys et d’orchestrer, avec lui, un management buy-out. "Pareille opération lui offrirait une porte de sortie honorable, car elle lui permettrait de montrer qu’il est capable de créer de la valeur", souligne l’une de nos sources.

Un investisseur britannique se serait même montré intéressé… avant que le soufflé ne retombe. "Il y a quelques semaines, je crois qu’il y croyait vraiment. Puis, il a eu quelques déceptions successives. Selon moi, il s’agit d’une tentative tout à fait vaine, je ne peux pas imaginer que des gens s’associent avec lui en ce moment pour reprendre l’activité télécom du groupe", explique un proche de Nethys.

→ Les candidats:

ORANGE

La raison: le fixe ou la vie

Depuis des années, Orange (ex-Mobistar) veut faire évoluer son profil d’opérateur mobile. Le marché télécom belge est dicté par les packs, et ce sont sur les services fixes (téléphonie, télévision, internet) que Telenet et Proximus font leurs profits. Grâce à l’ouverture du câble, le groupe a pu lancer son offre. Mais ses parts de marché restent anedoctiques (100.000 clients sur un potentiel de 4 millions de foyers). S’offrir VOO, c’est s’offrir le grand saut via la Wallonie…

Le meilleur argument: les Français

Orange Belgique ne peut ni compter sur la qualité des relations qu’entretient déjà Telenet avec VOO et Nethys, ni sur les synergies que peut proposer son concurrent flamand. Le meilleur argument de Michaël Trabbia, son CEO, est finalement sa maison mère: Orange. La force de frappe financière des Français, s’ils décident d’y aller, est quasi incomparable en Europe… et nombreux en Wallonie préféreraient vendre à nos voisins qu’aux cow-boys américano-flamands de Telenet. Question d’image…

TELENET

La raison: s’offrir la Belgique

En 2018, Telenet compte 2 millions d’abonnés à la télévision sur le câble, 1,6 million d’abonnés internet. De plus en plus de ses clients optent pour des packs (1,18 million ont le triple play). L’opérateur malinois s’est offert Base contre 1,3 milliard début 2016 pour continuer à grandir sur le mobile (avec un total de 2,8 millions de clients fin 2017) et vient de boucler le rachat de SFR Belgique, qui lui offre la voie royale sur le "fixe" à Bruxelles. S’offrir VOO, c’est assurer sa croissance et faire lancer définitivement l’OPA sur le sud du pays.

Le meilleur argument: la logique industrielle

Telenet fournit de la télé digitale, de l’internet haut débit, de la téléphonie fixe et grandit sur la téléphonie mobile. VOO fournit de la télé digitale, de l’internet haut débit, de la téléphonie fixe et grandit sur la téléphonie mobile. Ce serait le mariage parfait… qui scellerait les premières amours. Les deux groupes collaborent sur le contenu TV, se partagent les droits du football belge, collaborent dans le développement de leurs box TV et lobbyent déjà main dans la main. Qui retrouve-t-on à la tête de VOO? Jos Donvil. Le même Jos Donvil qui a vendu Base à Telenet en 2016.

UN FONDS?

La raison: faire le jackpot

Les chiffres font tourner la tête. Pour beaucoup d’experts, VOO a un potentiel de croissance absolu. Ses effectifs sont fournis. "Il y a du gras", comme aiment ricaner les vautours. Longtemps, l’entreprise a été gérée sans regarder aux dépenses, sous le régime du "je fais un euro de bénéfice, je suis heureux." Tous regardent les marges que Telenet affichent sur le même business. Aujourd’hui, VOO prépare son avenir avec un partenariat avec ZTE qui pourrait lui ouvrir la voie à la 5G. Clairement, il y a un jackpot à faire.

 Le meilleur argument: la neutralité

Difficile pour un acteur comme Nethys-Brutélé de vivre aujourd’hui isolé sur un marché télécom européen qui se consolide. Incapable d’acquérir… VOO pour grandir, Altice en a fait l’expérience pour finalement décider de vendre son réseau belge devenu trop rikiki (SFR). Quid de l’emploi? Du contenu? Des investissements? À moins de jouer la neutralité entre la Flandre et la France… et d’arriver avec un beau projet construit dans son chapeau.

 

 

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