interview

Guillaume Boutin, CEO de Proximus: "Notre plan d'investissement permettra de revenir au niveau des autres pays européens"

Guillaume Boutin, le nouveau CEO de Proximus, a présenté sa vision stratégique en début de semaine. ©saskia vanderstichele

Trois jours après la présentation de sa vision stratégique, Guillaume Boutin, le CEO de Proximus revient sur les grandes lignes de ses ambitions. Ces principaux chantiers se nomment 5G et fibre optique.

À l’image du reste du monde, le siège de Proximus est presque à l’arrêt. Sur les 5.000 personnes qui s’y activent habituellement, ils ne sont désormais plus qu’une cinquantaine à encore parcourir les couloirs quotidiennement. Forcément donc, niveau ambiance, on a déjà connu plus animé. Sur le trajet entre le parking au sous-sol et le 27e étage, pas un chat à l’horizon si ce n’est un agent de sécurité, les deux porte-paroles et le patron des lieux.

Guillaume Boutin a donné rendez-vous à une poignée de journalistes pour parler de son plan stratégique, présenté mardi. Distance sociale oblige, l’échange se fera dans une salle démesurée pour quatre journalistes et un intervenant. Malgré la situation atypique, le CEO du paquebot mauve est détendu. Ses premiers mots sont pour prendre des nouvelles de la santé de ses interlocuteurs du jour. Tout va bien, merci.

L’importance de la pédagogie pour la 5G

Depuis sa présentation, il est d’ailleurs pas mal question de santé lorsque Proximus s’immisce dans les conversations. Et pas uniquement pour parler Covid-19. Le débat sur les effets sur la santé de la 5G est de retour. Car c’est officiel, depuis le début de la semaine, le nouveau réseau est sur les rails. Le lancement s’est toutefois limité à une trentaine de communes, en version très light, les vitesses de connexion étant d’environ 30% supérieures à la 4G actuelle. Assez toutefois pour que les opposants se lâchent. Des bourgmestres suivent aussi, dont celui d’Ottignies, qui a exprimé son inquiétude lorsqu’il a vu sa commune dans la liste des élues.

"Évoquer nos ambitions sur la fibre optique sans parler de la 5G était inconcevable."

"Je peux comprendre les interrogations et nous avons effectivement un rôle pédagogique à jouer", explique le patron. L’argumentaire est forcément ficelé et renforcé à coup de chiffres. "Nous respectons toutes les mesures et conditions en vigueur. Il faut rappeler aussi ce que signifie ce lancement. Nous exploitons actuellement une partie de la bande 3G. Il n’y a donc pas de nouvelles fréquences pour le moment. Aujourd’hui, 30.000 études ont déjà été faites sur les conséquences sur la santé. Il n’a pas été possible de démontrer d’impacts. L’OMS et l’Union européenne se fient à ces études et recommandent des émissions maximales de 41,2 V/M par antenne. En Belgique, nous sommes encore plus exigeants", détaille le CEO.

Parmi les sceptiques, certains grincent aussi des dents sur la question du timing. Fallait-il vraiment officialiser le lancement de la 5G maintenant? Le "oui" du patron est net. "Notre présentation portait sur notre vision stratégique à long terme. Évoquer nos ambitions sur la fibre optique sans parler de la 5G était inconcevable tant elles sont complémentaires", explique Guillaume Boutin. La cohérence de son speech n’est d’ailleurs pas son seul argument. "Ces débuts permettent aussi de nous préparer lorsqu’on pourra se lancer officiellement sur toute la Belgique. Dès la rentrée, il y aura aussi une véritable offre de produits adaptés à la 5G. Il faut bien se lancer à un moment ou l’autre", explique le patron.

Étonnamment, la question du montant nécessaire pour le déploiement de la 5G n’est apparue nulle part dans la présentation du patron. Rien d’anormal visiblement. "C’est un investissement récurrent qui fait désormais presque partie de notre activité normale. Cela fonctionne par cycle. Tous les sept-huit ans, on passe à un autre réseau. Ce fut le cas lors de 2G, 3G, 4G et cela sera aussi le cas dans quelques années pour la 6G".

La fibre pour 70 ans

"La fibre optique est la technologie de l’avenir qu’on pourra garder pour les septante prochaines années."

Du côté de la fibre optique, les ambitions sont en revanche bien chiffrées. L’objectif est d’atteindre 50% de ménages belges raccordés d’ici 2025. Indispensable pour le patron. "La fibre optique est la technologie de l’avenir qu’on pourra garder pour les septante prochaines années", explique le CEO français qui sourit devant notre étonnement face à sa manière de dire 70 "à la belge". "La Belgique est aujourd’hui en retard. Mais avec notre plan, nous devrions revenir à niveau par rapport aux autres pays européens", explique-t-il.

Pour ce volet, la facture se comptera en milliard d’euros. Elle est déjà budgétisée. Proximus prévoit de vendre pour 700 millions d’euros d’actifs. Le patron compte aussi creuser la dette de 600 millions."Une opération qui se fera sans dégrader notre bilan qui était à un niveau d’endettement très faible", assure le CEO. Les euros manquants viendront de la baisse du dividende qui passera, dès la fin de l’année, de 1,5 à 1,2 euro. De quoi économiser 100 millions par an, au moins pour les trois prochaines années.

"Environ 70% de chaque euro investi restera en Belgique. Ce n’est pas comme si on utilisait cet argent pour investir à l’étranger."

Bonne nouvelle pour le dirigeant. Un peu moins pour l’État qui se passera donc d’un peu plus de 50 millions d’euros annuellement. Guillaume Boutin assure toutefois que la pilule est assez bien passée du côté de l’État. "Notre plan a été validé. Il s’agit d’un investissement à long terme qui a du sens. Environ 70% de chaque euro investi restera en Belgique. Ce n’est pas comme si on utilisait cet argent pour investir à l’étranger. Cela contribuera aussi à la relance une fois l’épidémie passée".

Secteur prioritaire

Impossible de ne pas évoquer le Covid-19. Pour l’heure, Proximus fait partie des entreprises du Bel20 à faire moins la grimace. "Cela s’explique notamment par le secteur dans lequel nous sommes. En période de crise, les cartes sont redistribuées et on se tourne d’abord vers les services prioritaires. On en fait partie", détaille le patron. Le virus laissera néanmoins des traces partout, aussi chez l’opérateur. "Nous savons qu’il y aura un impact. Nos revenus issus du roaming sont affectés tout comme ceux issus des services spécifiques qu’on offre habituellement aux grandes entreprises".

Face à l’épidémie, Proximus fut l’un des premiers à prendre des mesures. Ses shops furent fermés en semaine avant même la décision du gouvernement. L’entreprise fut également la première à répondre à la data alliance, proposée par Sébastien Deletaille. "La première chose à faire était de protéger nos travailleurs. Je ne suis pas médecin, mais on voyait bien ce qui se passait en Italie. On s’est ensuite demandé comment nous pouvions aider. Sébastien, que nous connaissons bien, a fait cette proposition et on a suivi. Nous n’y sommes pour rien, tout le mérite lui revient".

"J'aurais aimé que Sandrine Dufour reste."

Également comme tout le marché, Proximus a adapté son offre client. N’allez toutefois pas lui parler d’opération commerciale. "Non, ce n’est pas du marketing. Quand vous avez fait ce qu’il fallait pour protéger vos employés et ce que vous pouviez pour aider le gouvernement, cela semble logique de voir ce qui est envisageable pour vos clients. On a également mis en place des mesures pour les entreprises. Nous avons mis fin pour le moment au soft cut (réduire la qualité de la connexion pour aller jusqu’à la supprimer en cas de retard dans les paiements, NDLR). On étudie aussi les solutions adaptées que l’on peut trouver pour les clients en difficulté. Cela se fait au cas par cas".

Outre la gestion en ces temps de crise, le patron doit aussi désormais se trouver un nouveau CFO, Sandrine Dufour ayant remis sa démission. "J’aurais aimé qu’elle reste. Mais, comme elle l’a expliqué, elle a effectué un premier cycle et était intéressée par une expérience plus internationale. Je m’entends très bien avec elle et ce sera toujours le cas après son départ. Pour en savoir plus, il faut lui poser directement la question. Aujourd’hui, c’est encore un peu tôt, mais nous avons déjà plusieurs pistes pour la remplacer. Nous avons encore le temps avant son départ, début juin", assure-t-il.

Journée à rallonge

Entre le départ de sa CFO, une pandémie mondiale et un plan social à conclure, le nouveau patron n’a pas vraiment eu le temps de s’ennuyer depuis ses premiers pas en tant que patron. "C’est vrai que les circonstances auraient pu être plus simples", admet-il en souriant. "Mais je vois aussi le trajet accompli en quatre mois. Nous avons désormais un plan à long terme avec un retour à la sérénité au niveau social. Je suis extrêmement fier du chemin que nous avons déjà parcouru et cela va continuer à s’améliorer", confie-t-il.

Pour les semaines à venir, cela passera encore par un bon paquet de réunions en vidéoconférence, télétravail oblige. Même pour le patron. "Ce n’est pas toujours simple, mais c’est le cas pour tout le monde. Je suis avec mes trois enfants et ma femme qui sont tous en télétravail. Il faut donc s’organiser. En réalité, ça serait plus simple sans devoir gérer la journée des enfants", avoue-t-il. "Mais je les adore!", précise-t-il directement en rigolant. "Du coup, je fais comme tous les parents, mes journées sont plus longues".

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