L'assaut sur la TV et l'internet trop chers est lancé

©ANP XTRA

Les régulateurs nationaux vont revoir les conditions d’accès aux réseaux de Proximus, Telenet et VOO. L’ambition? Permettre (enfin) l’émergence d’alternatives.

En Belgique, le marché fixe (internet et télé) connaît une concentration importante, des barrières à l’entrée élevées pour de nouveaux acteurs, des prix parmi les plus hauts d’Europe (et qui gonflent encore faute de concurrence), de même qu’une certaine captivité des consommateurs liée à la difficulté jusqu’à il y a peu de changer d’opérateur.

Découle de cette situation un risque réel et dommageable pour le consommateur en cas d’absence de régulation appropriée.

Tel est en substance le (noir) portrait du marché dressé par les quatre régulateurs du pays que sont l’IBPT (représentant l’État fédéral pour sa compétence de régulateur de télécommunications, mais aussi compétent pour Bruxelles dans ce dossier en ce qui concerne la partie diffusion), le CSA (pour la Fédération Wallonie-Bruxelles), le VRM (pour la Flandre) et le Medienrat (pour la communauté germanophone) dans le cadre d’une vaste analyse du marché fixe publiée vendredi en fin de journée, une initiative se déroulant tous les trois ans et particulièrement attendue par le secteur qui n’en avait plus connu d’aussi importante depuis 2011.

"Il y a un risque de duopolisation sur le marché de détail si rien n’est fait."
Axel Desmedt
Membre du conseil de l’IBPT


Malade cherche remède

Au programme, 853 pages d’analyse qui pointent en bref, d’un côté, sur le marché de gros (ou marché d’accès qui concerne les relations entre opérateurs), différentes situations de position dominante, tantôt par Proximus, tantôt par VOO ou Telenet.

De l’autre, sur le marché de détail, c’est un "risque de duopolisation (un partage du marché entre deux acteurs, soit Proximus/VOO en Wallonie, et Proximus/Telenet en Flandre et à Bruxelles, NDLR) si rien n’est fait" qui est mis en avant dans l’étude et souligné par Axel Desmedt, membre du conseil de l’IBPT.

99%
Si l’on se focalise sur le marché (en plein boom) des packs "triple play" (internet, téléphone et télé) et "quadruple play" (mobile inclus), Proximus et les câblos y occupent ensemble pas moins de 99% du marché, selon les chiffres qui circulent.

A titre d’exemple, si l’on se focalise sur le marché (en plein boom) des packs "triple play" (internet, téléphone et télé) et "quadruple play" (mobile inclus), Proximus et les câblos y occupent ensemble pas moins de 99% du marché, selon les chiffres qui circulent. Une position qui, en l’absence de régulation, risquerait de porter préjudice aux utilisateurs finaux.

L’objectif? Éviter l’arrivée du potentiel duopole susmentionné, mais aussi stimuler les investissements dans le secteur, augmenter la couverture dans les zones grises (régions souvent rurales où l’accès à internet ne permet qu’un débit faible, en dessous des 30 Mbs/s), de même que favoriser l’émergence de nouveaux acteurs dans les zones urbaines notamment pour concurrencer les duos en place.

Dominique Leroy a écrit à De Croo

À la suite des prises de position du ministre des Télécommunications, Alexander De Croo, sur la hausse des prix pratiquée par Proximus la semaine passée, il nous revient que la patronne de l’opérateur s’est fendue d’une lettre acidulée dans laquelle elle a tenu à remettre les pendules à l’heure auprès de son actionnaire majoritaire, l’État belge, revenant sur la stratégie de son entreprise et le pourquoi de celle-ci. Piquée au vif, la CEO? Peut-être, car il se murmure que cette augmentation, dans l’idée du «more for more», est venue ternir les efforts et initiatives menées depuis de nombreux mois en interne afin d’améliorer toujours plus les services proposés.

Certes. Mais surtout, il convient de souligner l’élément qui aurait mis le feu aux poudres, selon les bruits qui courent: une campagne publicitaire de VOO reprenant un titre de presse sur l’épisode De Croo-Proximus et invitant les lecteurs à se tourner vers ses propres services à l’aide d’un «payez moins cher avec VOOmobile». De bonne guerre serait-on tenté de penser, sauf que dans le même temps l’opérateur détenu par Nethys a lui aussi décidé… d’une augmentation tarifaire dans le fixe, passée plus inaperçue. Comme quoi l’on finirait par penser qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois…

Question de timing

Nul doute que le débat promet d’agiter pas mal de monde du côté des télécoms.  Certes, sauf qu’il n’a rien de neuf. Cela fait dix ans que l’idée est dans l’air. Reste qu’aujourd’hui, après tout ce temps et malgré une régulation déjà existante, il convenait de bouger fort d’un constat implacable: peu ou pas de nouveaux acteurs ont fait leur entrée sur le marché fixe ces dernières années Au contraire, la tendance est plutôt aux disparitions (pensons à Snow lancé par Base, à Mobistar TV ou encore à Scarlet racheté en 2008… par Proximus). Une tendance de fond qui résulte en un renforcement des acteurs existants et des parts de marché difficiles à grappiller pour les jeunes entrants.

En fait, il aura fallu attendre fin 2016 pour qu’une lueur d’espoir se dessine avec l’arrivée d’Orange Belgium dans le fixe suite à la récente ouverture du câble (enfin) propice au lancement de l’opérateur qui se targue désormais de 50.000 clients, une première sur le marché.

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