L'offre d'achat d'Enodia séduit Brutélé

Enodia est le holding public chapeautant les activités de Nethys, opérateur qui partage l’exploitation de la marque Voo avec Brutele. ©BELGA

Les communes actionnaires pourraient accepter d’entrer en négociation avant les élections du 26 mai.

Le conseil d’administration de Brutele souhaite officiellement confier à ses présidente et vice-président le mandat "d’entamer avec Enodia des négociations ayant pour objet la cession à celle-ci de l’ensemble des parts représentatives du capital de Brutele détenues par les communes associées de Brutele, et ce aux meilleures conditions possibles dans l’intérêt desdites communes", nous apprend un document interne à l’intercommunale. L’information est confirmée à plusieurs sources proches du dossier, Brutele se penche donc activement sur l’idée d’une vente au bénéfice d’Enodia. Reste aux communes actionnaires à approuver ce mandat.

250 millions
Le montant de l’offre d’Enodia sur Brutélé.

À la mi-avril, le quotidien Le Soir révélait que le holding public chapeautant les activités de Nethys, qui pour rappel partage l’exploitation de la marque Voo avec Brutele, avait fait une offre de rachat. Confirmation, un montant d’environ 250 millions d’euros est évoqué, a appris L’Echo. Cette offre relance un débat sur la vente de Brutele, qui avait été interrompue par les dernières élections communales.

L’intercommunale de télédistribution est propriété de 21 communes wallonnes et de six communes bruxelloises qui jusqu’ici ne sont jamais parvenues à s’entendre sur l’avenir de leurs participations respectives. L’intercommunale procure de précieux dividendes à ses actionnaires mais l’évolution du marché et les investissements nécessaires pour y faire face font craindre des pertes de revenus à certaines communes, surtout bruxelloises. Il est temps de vendre, estiment-elles. L’offre d’Enodia, partenaire privilégié, relance la construction d’un consensus sur cette idée, confirme-t-on.

Les privés en embuscade

Brutele
  • Fondée en 1968 au départ de la Régie d’Electricité d’Ixelless’étend progressivement sur d’autres communes bruxelloises ainsi qu’en Région wallonne.
  • Regroupe 6 communes bruxelloises (Ixelles, Auderghem, Saint-Gilles, Woluwe-Saint-Pierre, Evere et Uccle), ainsi que 24 communes wallonnes (dont Charleroi, Seneffe, Thuin, Wavre et Gembloux par exemple)
  • Cogère la marque commerciale VOO avec le groupe liégeois Nethys.
  • Chiffre d’affaires supérieur à 116 millions d’euros en 2016, dernier chiffre disponible publiquement.
  • 250 emplois environ (2016).
  • Valorisation estimée à quelque 300 millions d’euros.

Enodia/Nethys n’est naturellement pas seul à s’intéresser aux actifs de Brutele. Le géant Telenet ne cache pas sa volonté d’augmenter ses activités dans la capitale et a déjà fait une offre se montant à plus de 300 millions d’euros, sans pour autant provoquer de mouvement au sein de Brutele. Orange est également sur la balle. Les actionnaires bruxellois avaient travaillé à une position commune pour sortir de l’intercommunale et empocher un joli pactole issu de la vente de leurs parts. Cette initiative avait été tuée dans l’œuf avant les élections communales suite à des dissensions internes.

Ce n’est pas la première fois que la galaxie Nethys s’intéresse aux actifs de Brutele. Mais l’offre d’Enodia semble cette fois faire converger les positions bruxelloises. Woluwe-Saint-Pierre a déjà marqué son accord tandis qu’Ecolo, globalement ouvert à la vente, a intégré les nouvelles majorités en place à Ixelles et à Uccle – qui a besoin d’argent frais. Cette nouvelle offre est aussi en mesure de rallier les actionnaires wallons à une cause qui gagne en intérêt.

Plusieurs sources confirment que le mandat évoqué plus haut relève des relations normales entre deux acteurs publics dont les liens sont très étroits. Une vente entre acteurs publics permet d’éviter la mise en concurrence et l’appel au marché mais aussi de garantir les quelque 500 emplois directs et indirects que représente Brutele. Cette relation particulière autour de Voo rend par ailleurs plus complexe un transfert au secteur privé. Ce dernier pourrait toutefois revenir à la charge après la vente à Enodia.

Le mandat proposé par le conseil d’administration devra être adopté individuellement par chaque commune actionnaire. Peut-être avant les élections. Ce mandat n’exclut en rien les acteurs privés qui seraient également candidats au rachat, confirment plusieurs sources proches du dossier. "La logique du plus offrant entrera en ligne de compte", prévient l’un d’entre eux. "Il ne s’agit à ce stade que d’analyser l’offre d’Enodia, pas de l’accepter bien sûr", ajoute un autre. Certains n’enterrent pas non plus l’idée de sorties individuelles de communes actionnaires mais cette option pourrait s’avérer coûteuse.

Bref, le jeu est en train de s’ouvrir dans ce dossier où les positions wallonnes commencent à bouger. De ce côté-là, c’est la commune de Charleroi qui mène la danse. Avec d’autres, elle aimerait obtenir de sa tutelle régionale la possibilité de consacrer les fruits d’une vente éventuelle à des investissements plutôt qu’à une réduction de sa dette. Ce qui n’est pas acquis à ce stade.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect