La 5G n'arrivera pas en Belgique avant au moins 2020

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Quand bien même le dossier de la mise aux enchères des fréquences serait approuvé début février en comité de concertation, il ne serait plus possible d’aboutir en 2019. Le dossier du quatrième opérateur est aussi concerné.

Alors que la 5G est sur toutes les lèvres au niveau mondial, son introduction aurait pourtant pris du retard dans un relatif silence en Belgique, nous revient-il. De début 2019 à courant d’année, puis au dernier trimestre, l’émergence de l’internet mobile ultra rapide pourrait, in fine, ne se donner à voir que d’ici 2020, et ce, malgré l’aspect stratégique qu’il revêt.

En cause de ces multiples révisions d’agenda? Des divergences d’opinion entre différents niveaux de pouvoir autour d’un élément clé que sont les enchères sur les bandes de fréquence (nouvelles et existantes). Un processus extrêmement important puisqu’il doit permettre une répartition optimale du spectre à destination des opérateurs mobiles du pays afin qu’ils puissent fournir 2G, 3G, 4G et, demain, 5G, aux utilisateurs finaux. Et ce, pour une durée de 20 ans, signe de l’enjeu auquel fait actuellement face le secteur des télécoms.

"La perspective de pouvoir raisonnablement organiser ces enchères courant 2019 dans de bonnes conditions s’éloigne à grands pas."
Michel Van Bellinghen
Président du conseil du régulateur des télécoms (IBPT)

Approuvé, au départ, en première lecture au mois de juin par le Fédéral, le texte provisoire a traîné lors de son passage en comité interministériel avec les Régions, en raison notamment de divergences sur la révision des normes d’émission à Bruxelles – 50 fois plus strictes que ce que préconise l’OMS –, condition sine qua non au déploiement de la connectivité de demain.

Où en est-on à présent? Le dossier en est à la phase du comité de concertation – qui se tiendra début février – où il est à l’ordre du jour. On avance. Oui, sauf qu’au vu du retard accumulé, peu importe la décision qui en sort, "la perspective de pouvoir raisonnablement organiser ces enchères courant 2019 dans de bonnes conditions s’éloigne à grands pas", analyse Michel Van Bellinghen, président du conseil du régulateur des télécoms (IBPT).

Testez la puissance de la 5G

La 5G, l’internet mobile à très haute vitesse, doit offrir des connexions plus performantes, plus fiables et surtout plus rapides que la 4G. Mais que signifie vraiment “plus rapide”? Faites le test.

Du côté du (nouveau) ministre des télécoms, Philippe De Backer (Open Vld), qui gère le dossier malgré les affaires courantes, on va même plus loin. "Si le dossier est approuvé lors du comité de concertation prochain, les enchères pourront alors avoir lieu début 2020", soit plus tard que ce qui était prévu, en 2019. Et ce n’est qu’un minimum. En effet, il se peut aussi que le dossier ne puisse même "plus être soumis au Parlement courant de législature, et soit donc mis sur la table du prochain gouvernement". Une donne qui "pourrait alors considérablement retarder l’introduction de la 5G en Belgique", évoque le ministre, technologie pourtant cruciale pour l’industrie (et la mobilité de demain) qui pense sa stratégie en la matière en ce moment-même.

"Le dossier est crucial pour l’industrie. On ne peut pas rater le train de la 5G."
Philippe De Backer
Ministre des télécoms (Open vld)

Ce qui pourrait alors, hypothétiquement, déboucher sur un trou pour les caisses de l’État, la vente aux enchères des bandes de fréquence réservées à la 5G se devant de rapporter quelque 700 millions d’euros au Trésor, selon les estimations. Un montant qui pourrait être revu à la hausse dans les faits, comme cela a pu être observé dans d’autres pays européens déjà passés par des enchères similaires. Ce fut le cas de l’Italie, notamment, où les offres ont atteint 6 milliards d’euros, contre 2,5 initialement prévus.

Bref, seule l’absence d’appareils grand public compatibles avec la 5G excusait donc jusqu’ici quelque peu la temporisation actuelle. Sauf que désormais, les grands constructeurs accélèrent, eux aussi, la marche, avec des bruits de smartphones prêts à être commercialisés fin d’année.

Un 4e opérateur aussi touché

En parallèle, il convient de souligner que le dossier des enchères sur les bandes de fréquence n’est pas limité qu’à la seule arrivée de vitesses mobiles supérieures. Non, il concerne aussi un autre point qui a longuement agité le secteur en 2018: l’arrivée potentielle d’un quatrième opérateur mobile de réseau sur le territoire de Proximus, Orange et Telenet.

Une porte qui avait été ouverte fin juillet par le gouvernement fédéral (suite au combat mené par Alexander De Croo, ex-ministre des télécoms), après qu’un acteur ait montré son intérêt pour le marché belge auprès du régulateur.

Depuis, c’est silence radio du côté du prédateur supposé. Par contre, les enchères sur les bandes de fréquence ont, elles, été prévues par le régulateur en fonction de ce désir de plus de concurrence dans le pays, avec une réservation de spectre à cet effet.

Un quatrième lot, contre trois précédemment, à acquérir (prix de départ fixé à 115,5 millions) a ainsi vu le jour dans le texte dessinant les contours des enchères, et ce, afin de permettre à un nouvel entrant de débarquer dans le pays s’il le veut… mais à des conditions (roaming national offert par les autres opérateurs à partir d’une couverture de 20% de la population, notamment) jugées trop favorables par les acteurs actuels.

Du côté de l’IBPT, Michel Van Bellinghen s’en défend: "Si le choix politique est fait d’aller dans cette direction, il faut que cela soit fait de telle manière qu’un quatrième opérateur ait une chance de viabilité." Ce qui a été acté dans le texte – qui pourrait être revu si le choix inverse était fait, soit garder trois opérateurs.

Du reste, le régulateur des télécoms ne pousse pas particulièrement à l’arrivée d’un 4e opérateur – qui devrait installer au moins un millier d’antennes pour assurer ses obligations de couverture, investissement estimé à 150 millions d’euros –, le marché mobile étant jugé assez concurrentiel en l’état, à la différence du fixe (TV/internet). Dans un rapport (demandé par le politique) de juin sur l’impact d’un tel développement, le régulateur concluait même qu’un nouvel entrant n’est "qu’une option qui doit finalement être laissée au choix du marché".

Régulation: de nombreux dossiers sur la table

En parallèle de ce dossier particulièrement important, le travail ne manquera pas en 2019 du côté du régulateur des télécoms. L’IBPT s’occupera notamment des suites de son importante analyse de marché, débattue pendant près d’un an dans le secteur, de laquelle étaient ressortis différents remèdes pour plus de concurrence dans l’internet et la télé.

Il en ira aussi bien de l’accompagnement de l’arrivée d’offres de référence en matière d’internet en solo (à prix abordable), que de la révision des tarifs de gros pratiqués entre opérateurs pour donner une bouffée d’oxygène à Orange (l’opérateur utilisant les réseaux de Telenet et VOO pour fournir ses services fixes).

En parallèle, dans un souci de transparence, différentes études sur les prix pratiqués (ainsi que sur le mécanisme "Easy Switch", permettant de passer plus facilement d’opérateur à opérateur dans le fixe depuis mi-2017) seront réalisées, de même que le site meilleurtarif.be et les cartes de couvertures réseau seront améliorées courant d’année.

Enfin, le régulateur passera en revue l’European Electronic Communications Code (EECC), récemment avalisé, afin de déterminer quelles sont les nouveautés et variations qu’il convient de transposer en droit belge. La Belgique dispose d’un délai de 2 ans à cet effet.

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