La Belgique se passera des Chinois pour le cœur de son réseau 5G, avec quelles conséquences?

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Certains acteurs étrangers ne pourront plus livrer d’équipements aux opérateurs belges pour l’installation d'une partie du réseau 5G. Dans le viseur, les entreprises chinoises Huawei et ZTE.

Pour avoir la 5G, il faut une infrastructure. Dans le domaine, plusieurs entreprises mènent une bataille féroce pour empocher les marchés nationaux et convaincre les opérateurs de choisir leurs services. Nokia et Ericsson sont les têtes de gondoles au niveau européen et Huawei et ZTE mène la danse du côté chinois. Les deux fournisseurs asiatiques étaient d’ailleurs en très bonne position en Belgique pour empocher un ou plusieurs contrats d’installation auprès des opérateurs belges que sont Proximus, Orange et Telenet. C’était sans compter sur la méfiance des autorités européennes et les soupçons grandissants d’espionnage des fournisseurs chinois. Plusieurs pays européens ont déjà pris des mesures drastiques en la matière, la Belgique prend la même direction à demi-mot.

Le ministre Phillipe De Backer a fait part ce mercredi de la décision du Conseil national de sécurité de "limiter l’accès aux infrastructures 5G pour les protéger". Par cette phrase, il est difficile de ne pas y voir un message adressé à Huawei et ZTE, mais pour l’instant ce n’est pas encore officiel.

L’exemple britannique

À bonne source, L’Echo apprend que la Belgique devrait suivre l’exemple britannique. Concrètement, cela signifie que certains acteurs étrangers ne pourront plus livrer d’équipements aux opérateurs belges pour certaines parties sensibles de l’infrastructure 5G.

Sans surprise, Huawei et ZTE, qui sont repris par la Commission européenne sur une liste d’opérateurs qualifiés à "haut risque", font partie de ces acteurs étrangers. Pourtant, ces derniers ne seraient pas bannis du territoire belge et encore moins des contrats pour les infrastructures. La restriction d’accès ne concernerait que le noyau et la colonne vertébrale du futur réseau, à savoir la fibre. Pour d’autres parties du réseau, comme les antennes, les opérateurs belges pourront utiliser des équipements chinois, mais seulement pour maximum 35% des sites 5G en Belgique. Toujours selon nos informations, il faut ajouter à cela que les équipements chinois ne pourront pas être placés sur des sites sensibles et dans des zones géographiques sensibles. 

Quelles conséquences?

1. Quels fournisseurs pour les opérateurs belges?

Avec de telles mesures, les opérateurs belges seront forcés de se tourner vers des fournisseurs européens qui ont les grâces des institutions du continent et qui ont une cote de confiance bien plus élevée que Huawei ou ZTE. Nokia et Ericsson font figure de favoris et ont déjà un pied sur notre territoire. Il est même possible que d’autres acteurs émergent au niveau international, c’est en tout cas la volonté d’un G7 dédié à la question à l'initiative du Royaume-Uni pour concurrencer la domination chinoise.

2. Un retard à l’allumage

Il faut s’attendre avec cette décision à un léger retard supplémentaire pour voir la Belgique disposer d’un réseau 5G opérationnel. Le choix des fournisseurs devait s’effectuer dans les prochains jours pour les opérateurs télécoms. S’ils ont surement préparé ce scénario, ils vont certainement devoir ajuster et renégocier certaines offres avant de poser un choix définitif. De toute façon, les opérateurs attendent toujours la mise aux enchères de licences 5G.

3. Quel coût supplémentaire?

À l’époque de la 3G, c’est le prix qui avait fait basculer le choix des opérateurs belges vers les fournisseurs chinois. Pour la 5G, les Chinois sont toujours moins coûteux que leurs concurrents, il devrait donc y avoir un surcoût pour les opérateurs. L’IBPT, le régulateur belge des Télécoms, l'évalue à plusieurs centaines de millions, mais il faut y apporter une nuance. Les opérateurs avaient à l’époque estimé le surcoût de manière maximaliste, il devrait donc se situer en deçà de cette estimation. 

4. Que va faire Proximus de son réseau 5G naissant?

Au sein des opérateurs belges, Proximus fait figure de pionnier en matière de 5G avec le lancement cette année de la 5G ‘light’, un ersatz de 5G dans plusieurs communes du pays, non sans polémique. L’opérateur ne devrait pas devoir changer son matériel puisqu’il s’agit d'une version limitée de la 5G, qui utilise l'infrastructure existante. Pour la véritable 5G, le spectre doit encore être mis aux enchères.

5. Les conséquences diplomatiques

Une fois les modalités entérinées, il faudra surveiller les conséquences internationales de cette décision. En Angleterre, suite à la décision du gouvernement d’envisager de bannir Huawei de son infrastructure 5G nationale, le géant chinois a répliqué en menaçant de se retirer du financement d’un projet nucléaire sur le territoire britannique. Les intérêts internationaux chinois et ceux de ses champions technologiques domestiques vont de pair.

 

 

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