Labille: "Je me demande ce que font les CEO avec autant d'argent"

©Siska Vandecasteele

Le ministre (PS) des Entreprises publiques revient sur une semaine mouvementée, notamment le "non" de l'Etat aux rémunérations des administrateurs de Belgacom.

"Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience." La citation est de Jean Jaurès. Elle orne le grand tableau au ton rouge devant lequel Jean-Pascal Labille prend la pose pour la photographie. Avec le "non" aux rémunérations qu’il a brandi publiquement à l’AG de Belgacom, le ministre des Entreprises publiques vient de connaître la semaine la plus mouvementée de ses trois mois de mandats. "J’ai toujours soutenu qu’il faudrait agir sur la question une fois que le budget serait voté."

Belgacom c’était l’opportunité de mettre les choses à plat, de partir au combat contre "le culte de l’argent". "Je n’ai pas d’animosité. Je respecte le travail des dirigeants de la société. Je sais ce que signifie le terme ‘autonome’ collé au dos d’'entreprise publique’. Mais, en tant qu’actionnaire de référence, j’ai le droit, comme d’autres l’ont chez Bekaert ou BNP, de dire que je ne suis pas d’accord".

Sa griffe, lui, l’homme débarqué du privé et de la présidence de l’Union nationale des mutualités socialistes, il l’imagine comme une main de fer dans un gant de velours. "Je suis là pour un mandat. C’est fascinant. Je n’ai pas le temps de réfléchir plus loin. Je m’amuse. Ce qui compte, ce sont les valeurs que vous parvenez à défendre."

S’attaquer à Belgacom et au salaire de ses dirigeants c’était symbolique?

Non, cela va au-delà. Il est question de montrer l’exemple. Nous parlons d’une entreprise dans laquelle l’État belge conserve des parts majoritaires, dont certaines pratiques méritent plus de transparence, d’éthique. Je n’attaque pas, mais nous nous trouvons parfois au bord de l’indécence.

Qu’est-ce qui vous choque?

Nous sommes en temps de crise. Tout le monde se serre la ceinture: le peuple, l’État… Est-ce normal qu’un administrateur chez Belgacom touche 5.000 euros pour chaque réunion à laquelle il assiste? Qui peut prétendre à cela en Belgique? C’est contre cette politique un peu incompréhensible, et je tempère mes mots, que je m’oppose en tant qu’actionnaire.

Didier Bellens mérite-t-il, lui, un salaire de 2,4 millions d’euros annuels pour diriger Belgacom?

On entre dans un autre débat, sur lequel je me montrerai plus prudent. Nous devons nous pencher sur la question avec les partenaires de la majorité. C’est imminent.
Certains paramètres entrent en compte pour juger de ce qui est raisonnable, même si personnellement je trouve excessif que le patron de Belgacom gagne dix fois plus d’argent que notre Premier ministre…

Retournons la question: le salaire d’Élio Di Rupo est-il assez élevé, au vu de ses responsabilités?

Je ne suis pas celui qui vous dira que le politique doit gagner plus. Ne comptez pas là-dessus (sourire).

Comme juger, alors, du juste salaire?

Avec Belgacom, comme exemple, on parle d’une grande entreprise. Elle joue un rôle important. Elle se débat dans un monde des télécoms très concurrentiel, rempli de défis technologiques, parfois contre des acteurs mondiaux. Mais elle reste une société publique. Idéalement, il fait parvenir à mettre sur pieds un "benchmark" objectif qui se reposerait sur les rémunérations en vigueur dans son secteur tout en tenant compte de son statut spécifique.

Existe-t-il un consensus là-dessus?

C’est la première chose sur laquelle je dois et je vais me pencher avec mes collègues.

Quand peut-on attendre une décision?

Aussi vite que possible même si l’on touche à un sujet délicat. Je l’espère pour l’été.

Votre prédécesseur Paul Magnette avait un temps évoquer un plafond salarial…

Une technique parmi d’autres serait, en effet, de définir un coefficient fixant l’écart qui peut exister entre la paie d’un patron et le salaire médian pratiqué dans son entreprise. Pour moi, il s’agit de la méthode la plus adaptée. Mais je ne décide pas seul.

Avec un revenu maximal de 800.000 euros, comme déjà évoqué?

Je ne veux pas citer de chiffres. Je veux d’abord comparer. Quelle que soit la décision, des gens vont trouver que c’est beaucoup, d’autres que c’est trop peu...

Ce serait beaucoup moins que ce que gagnent aujourd’hui Didier Bellens ou Johnny Thys (Bpost). Accepteront-ils?
Un contrat est un contrat nous y sommes liés. L’intention n’est pas, non plus, de pénaliser les cadres d’un niveau inférieur qui ont obtenu des garanties, en fonction du travail accompli. Soyons clairs. Ce qui est certain c’est que si l’on revoit, on revoit la baisse. Pour Belgacom, entreprise publique autonome, je ne pense par exemple pas que les émulations d’un Carlos Brito (ABinbev) ou de Carlos Slim, dans les télécoms, peuvent être considérées comme des références acceptables au moment d’établir un nouveau standard.

Mais trouvez-vous, en soi, acceptable qu’un dirigeant gagne autant?

Vous me posez la question, j’y réponds. Je me demande parfois ce que font ces CEO avec tout cet argent…

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