interview

"Le calcul des prix de gros actuel empêche une vraie concurrence" (CEO d'Orange Belgique)

©Dieter Telemans

Comment relancer la concurrence sur le marché des télécoms? L'IBPT veut revoir la manière dont sont calculés les tarifs de gros, payés par les opérateurs alternatifs à Telenet, Voo et Brutélé. Du côté des gagnants, le "loueur" Orange a évidemment le sourire. Mais pour Michaël Trabbia, le CEO d’Orange Belgique, tout n’est pas encore parfait.

Comment relancer la concurrence sur le marché des télécoms? Depuis des années, l’IBPT, le régulateur du secteur, se casse les dents sur cette question. Mais l’institut ne renonce pas et a finalement dévoilé vendredi dernier sa nouvelle stratégie. Le gendarme du secteur veut revoir la manière dont sont calculés les tarifs de gros, payés par les opérateurs alternatifs à Telenet, Voo et Brutélé, qui se chargent de les héberger. Le nouveau modèle devrait diminuer les prix de gros et donc tirer vers le bas les tarifs payés par les consommateurs. Lundi, l’annonce a eu son petit effet piquant sur le cours de Telenet. Du côté des gagnants, le "loueur" Orange a évidemment le sourire. Mais pour Michaël Trabbia, le CEO d’Orange Belgique, tout n’est pas encore parfait.

"Le plus étonnant au final, c’est le temps qu’il aura fallu pour en arriver à cette situation plus ou moins normale."

Quelle est votre première réaction suite à la proposition du régulateur?
Cela va dans le bon sens, d’autant plus que nous partons de très loin avec des prix de gros qui étaient à la base à environ 28 euros. Aujourd’hui, les tarifs sont toujours très élevés, si bien que nous sommes le seul acteur alternatif à avoir résisté. Et encore, notre offre n’est aujourd’hui toujours pas rentable. Mais depuis le début, nous avions anticipé cette évolution et pouvions nous appuyer sur notre offre mobile. Le calcul des prix de gros actuel empêche la mise en place d’une vraie concurrence. Le plus étonnant au final, c’est le temps qu’il aura fallu pour en arriver à cette situation plus ou moins normale. Mais il y a encore des points à améliorer.

"La baisse des prix au sud du pays est trop marginale."

Lesquels?
Nous relevons deux éléments importants. Le premier concerne les prix. Si l’on s’attarde sur ceux présentés dans l’illustration du document de l’IBPT, nous sommes en accord avec les chiffres pour le nord du pays. Pour l’offre internet-télé, les prix de gros devraient tourner autour des 15 euros, ce que nous avons anticipé depuis le début. Nous avons en revanche des interrogations concernant les prix au sud, notamment dans l’environnement de Nethys. On passerait de 20,29 euros à environ 18 euros. C’est une baisse que nous trouvons trop marginale. Nous savons que les marchés au nord et au sud sont différents, mais nous ne comprenons pas les raisons d’une telle différence. L’autre point d’attention concerne la dynamique des prix des tarifs de gros.

C’est-à-dire?
Nous considérons que l’évolution présentée par l’IBPT pour les années à venir n’est pas bonne. Dans son document, le régulateur fait des projections pour les prix de gros pour 2020 mais aussi 2021, 2022 et après 2023. Comme nous n’avons pas les coûts réels à venir, le régulateur se base sur des hypothèses. Leur position est trop conservatrice. Certaines augmentations ne sont pas justifiées. Nous allons donc faire part de nos commentaires sur ces deux points. Mais dans l’ensemble, le travail de l’IBPT est bien documenté et nous ne remettons pas en cause le sens global de leur décision.

"Nous pouvons désormais nous attendre à une rentabilité sur nos offres."

Avec ces nouveaux prix de gros, peut-on s’attendre à ce qu’Orange soit encore plus agressif dans sa politique de prix?
La marge d’évolution sera mince. Nous pouvons désormais nous attendre à une rentabilité sur nos offres. Mais elle restera faible, tout simplement parce que les prix que nous proposons étaient déjà basés sur ces prix-là. La nouvelle grille de prix pourra en revanche nous permettre de découpler encore davantage nos offres et pourquoi pas, offrir un pack uniquement internet-télé, sans le mobile, ce que nous ne pouvons pas faire pour le moment. Notre objectif est de donner au client ce qu’il veut. S’il n’a pas besoin du mobile, c’est inutile de l’enfermer dans une offre avec du mobile.

Ne craignez-vous pas l’arrivée de concurrents?
Non, certainement pas. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes sur un marché qui souffre d’un excès de concurrence. Il est donc effectivement possible que d’autres acteurs voient désormais un intérêt à se lancer sur ce marché. Mais nous accueillons cette possibilité avec beaucoup de sérénité.

"Nous ne sommes pas sur un marché qui souffre d’un excès de concurrence."

Vous avez annoncé une offre internet only, quand arrivera-t-elle?
Nous considérons qu’il y a un gros manque à boucher de la part de la concurrence. Nous avons effectivement annoncé ce lancement pour l’été et nous y sommes. Cela va donc arriver très bientôt mais nous ne souhaitons pas encore donner de date précise ni de prix.

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