L'IBPT donne des munitions à Orange contre les câblos

©REUTERS

L'IBPT a remis son projet de tarifs de gros pour l'accès aux réseaux des câblo-opérateurs. Un texte qui a entraîné le recul des actions Proximus et Telenet ce lundi matin.

Les actions Proximus et Telenet étaient sous pression ce lundi matin. En cause, un rapport de l'IBPT publié vendredi. Attendu depuis longtemps, le régulateur a émis son nouveau modèle de calcul permettant l'utilisateur du réseau des câblo-opérateurs (Telenet, Brutélé et Nethys), à savoir les tarifs de gros.

Selon le régulateur, les câblo-opérateurs devront "ouvrir leurs réseaux à la concurrence et pratiquer des prix équitables pour leurs services." Les opérateurs alternatifs, par exemple Orange  qui souhaite lancer cet été une offre "internet only", devraient voir facilitée leur utilisation des réseaux.

Des années de lobbying

Petit rétroacte d'un dossier qui s'est traduit par plus de huit années de lobbying intense. Alors que Proximus connaissait une régulation de son réseau depuis la fin des années 90, les câblo-opérateurs, actifs dans la TV distribution, ont profité de l'évolution technologique pour offrir le téléphone via internet. La question de leur régulation s'est donc posée vers 2008-2009, partant du constat que, si le monopole du réseau de Proximus était régulé, il n'y avait aucune raison que ce ne soit pas le cas pour les câblos.

En 2011, l'IBPT (responsable pour l'infrastructure) et les régulateurs régionaux (CSA, VRM et Medienrat, responsables pour le contenu), ont décidé l'ouverture du câble. Quelques mois plus tard, ils déterminaient une logique de tarification d'accès au réseau. Le modèle alors utilisé visait le prix final des services des câblos, réduit d'un pourcentage X. Très vite, les opérateurs alternatifs ont dénoncé des tarifs peu équitables et très élevés dans un marché télécom belge très onéreux.

"Nous avions une décision positive qui visait l'ouverture du câble, mais elle restait très chère permettant à peu d'acteurs alternatifs de sauter sur cette opportunité", explique David Wiame, de Test-Achats. Seul Orange Belgique (ex-Mobistar) a franchi le pas lui permettant de lancer son offre "Love". Mais, très vite, l'opérateur a dénoncé des tarifs d'accès qui ne lui permettaient pas de rentabiliser son offre. Depuis Orange, d'autres opérateurs et Test-achats militaient pour une révision des tarifs. C'est chose faite.

Nous avions une décision positive qui visait l'ouverture du câble, mais elle restait très chère permettant à peu d'acteurs alternatifs de sauter sur cette opportunité.
David Wiame
Test-Achats

Méthode utilisée

 L'IBPT a donc revu le modèle de calcul et se fondant sur certaines caractéristiques propres à chaque opérateur:

• les économies d’échelle;
• l’historique des investissements; 
• les caractéristiques de sa zone de couverture (nombre de bâtiments, nombre de ménages…).

Concrètement, la philosophie est autre: le régulateur part de zéro pour son calcul. Il ajoute le montant nécessaire à l'offre de chaque service, ce qui permet un coût plus proche de la réalité et plus affiné.

Une marge de 5 à 10% a été incluse dans les tarifs pour les débits Internet de plus de 200 Mbps, et ce afin de préserver les incitations à l’investissement. Les prix ont été calculés année par année pour la période 2019-2023.

Trois catégories

Le projet de décision de l’IBPT propose des prix pour trois catégories:

• l’accès Internet seul ('broadbandonly');
• l’accès à la télévision;
• l'accès combiné de ces deux services.

Deux mois pour réagir

Désormais, les parties prenantes ont jusqu'au 6 septembre pour faire part de leurs remarques. Des remarques qui peuvent faire évoluer la décision de l'IBPT, annonce le régulateur dans un communiqué. Objectif: la fixation des tarifs d'ici la fin de l'année

L'objectif des régulateur est une saine concurrence. Celle-ci devrait entraîner des tarifs moindres pour les consommateurs.

Dans le chef de Test-Achats, on affirme procéder pour l'heure à l'analyse approfondie du document de l'IBPT. "Obtenir un tarif plus faible, c'est un point positif", indique David Wiame. "Ce prix est-il encore trop élevé ou trop faible, c'est encore difficile à dire d'autant que nous n'avons pas chez Test-Achats tous les éléments de la structure des coûts des câblos."

Tant chez Telenet que chez Orange, on ne souhaitait pour l'heure faire aucun commentaire. Il est toutefois fort à parier que, dans les prochaines semaines, le premier dénoncera un tarif qui lui empêchera de gérer correctement son réseau; là où le second tentera de faire valoir un tarif le privant de la rentabilité adhoc.

Quant au consommateur, l'objectif des régulateurs est une saine concurrence. Celle-ci devrait entraîner des tarifs moindres pour les consommateurs. "Cela permettra peut-être une pression sur les prix dans le secteur des télécoms, ce qui n'a plus été le cas depuis 5-6 ans, où, au contraire, chaque année les opérateurs procèdent à des augmentations", conclut David Wiame. 

En réaction à la publication de ce projet tarifaire, l'action Proximus ouvrait en recul de 1,8% contre 4,4% pour Telenet. A contrario, Orange Belgium s'appréciait de 1%.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n