Le Royaume-Uni exclut Huawei de son marché, la Belgique conserve sa ligne

Boris Johnson et son gouvernement durcissent le ton à l'encontre de Huawei et la Chine. ©REUTERS

Exit Huawei. Le gouvernement britannique va bannir le géant chinois des télécoms de son réseau 5G. La Belgique qui s'est inspirée de la position du Royaume-Uni ne compte cette fois pas suivre sa décision.

Le gouvernement britannique a durci sa position concernant Huawei. Ce mardi, il a fait part de son intention de bannir le géant des équipements télécoms de son réseau 5G.

Concrètement, l'achat de nouveaux équipements Huawei sera interdit dès la fin 2020. Et le réseau sera purgé des équipements existants, qui devront être retirés d'ici à 2027, a déclaré le ministre chargé de la Culture et du Numérique, Oliver Dowden. Ces annonces ont été faites à la Chambre des communes à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité nationale (NSC) présidée par le Premier ministre conservateur Boris Johnson.

Le Royaume-Uni reproche à Huawei de mettre en péril sa sécurité nationale. L'entreprise chinoise est soupçonnée de servir de cheval de Troie pour faciliter l'espionnage par le régime communiste au pouvoir à Pékin.

Huawei dénonce une situation "politisée"

Huawei a rapidement réagi à cette décision, la qualifiant de "décevante".
"Il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour quiconque au Royaume-Uni possède un téléphone portable", estime la firme. Huawei affirme que la mesure pénalisera l'efficacité du réseau mobile britannique, et exhorte Londres à reconsidérer sa position. Selon elle, cette décision n'est pas liée à la sécurité nationale du Royaume-Uni, mais à sa relation commerciale avec les Etats-Unis, publiquement opposés au développement international de Huawei.

"Il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour quiconque au Royaume-Uni possède un téléphone portable."
Huawei

Avant la Grande-Bretagne, l'Australie et le Japon ont aussi choisi d'interdire Huawei sur leur sol. Singapour ne lui accorde qu'un rôle secondaire pour son futur réseau 5G, préférant Nokia et Ericsson.

Quant aux États-Unis, ils ont multiplié les sanctions à l'encontre de Huawei, la frappant d'un embargo qui entrave ses possibilités de business avec des entreprises américaines.

La Belgique sur une voie médiane

La position prise par le Royaume-Uni est forte. Elle induit forcément pas mal d’interrogations pour les autres marchés. Pour l’heure, il n’y a pas d’unanimité européenne sur la manière de traiter cet épineux problème. L’initiative émise par le ministre britannique pourrait-elle servir d’exemple et inspirer Philippe De Backer, notre ministre en charge des télécoms ? Sans véritable ligne de conduite depuis des mois, la Belgique dispose depuis le début juillet d'un positionnement.

Concrètement, le gouvernement dressera prochainement une liste de fournisseurs télécoms à haut risque avec qui les collaborations seront limitées. Ces derniers seront toujours tolérés chez nous mais leur implication dans chaque nouveau contrat ne pourra pas dépasser les 35% de l’activité totale d’un opérateur. S’il souhaite travailler avec un tel fournisseur, l’opérateur devra donc faire appel à un ou plusieurs autres acteurs en parallèle pour compléter son infrastructure. Cette façon de travailler n’est pas rare dans le secteur. D’autres mesures restrictives sont également prévues. Les fameuses sociétés pas vraiment désirables ne pourront pas travailler sur des sites stratégiques et ne pourront pas prendre en charge le cœur du réseau, la partie la plus sensible de l’infrastructure. Précisons également que ces mesures sont uniquement prises pour le déploiement du prochain réseau 5G. Il n’est donc pas question (comme c’est la volonté en Grande-Bretagne) de retirer des installations actuellement en service.

"Nous gardons la ligne présentée la semaine dernière. Absolument rien ne change."
Le cabinet du ministre Philippe De Backer (Open VLD

La ligne belge était inspirée par celle du Royaume-Uni qui avait pris les mêmes décisions. Forcément donc, lorsque le gouvernement britannique annonce qu’il va aller (beaucoup) plus loin, le cas de la Belgique revient sur la table. Le cabinet du ministre De Backer coupe toutefois directement toute analyse hâtive. Non, la Belgique n’emboutera pas cette fois-ci l’initiative du voisin d’outre-Manche. "Nous gardons la ligne présentée la semaine dernière. Absolument rien ne change", assure le cabinet du ministre des télécoms.  

Liste d'acteurs à haut risque à finaliser

Pour l’heure d’ailleurs, la  liste n’est officiellement pas encore finalisée. Il est toutefois de notoriété publique que les sociétés concernées sont celles déjà pointées par l’Europe ayant, elle aussi, sa propre liste d’entreprises considérées comme à risque. On y retrouve notamment ZTE et Huawei. Malgré une situation qui semble plus qu’évidente, Huawei a une vision largement différente de la situation. La société de Shenzhen n’ayant jamais été nommée explicitement par Philippe De Backer, elle ne se sent pas davantage concernée par la menace que n’importe quel autre fournisseur.

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