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Les cinq questions que pose le rachat de VOO par Orange

Avec le rachat de VOO, Orange entre dans la cour des grands sur le marché belge. ©REUTERS

Le rachat de VOO par Orange va considérablement modifier l'équilibre sur le marché des télécoms. Comment et avec quelles conséquences? Réponse en cinq temps.

La signature n'est pas encore apposée en bas du contrat, mais les intentions sont déjà très claires. VOO va plus que probablement lier son avenir à Orange Belgique. Du côté des principaux intéressés, on préfère pour le moment temporiser et confirmer les informations qui ont fuité dans la presse lundi soir.  L'opération chamboulera forcément le marché et la concurrence. Analyse en cinq points clés de la situation et des évolutions à attendre.

1,2
milliard d'euros
Avec une capitalisation d'environ 1,2 milliard, Orange Belgique est d'ailleurs aujourd'hui un plus petit acteur que VOO.

1. Quel impact pour le marché?

Le rachat redistribue complètement les cartes dans le petit monde des télécoms belges. En récupérant l'infrastructure de VOO, Orange passe dans la cour des grands. Outre le fait que l'opérateur n'est désormais plus dépendant de la concurrence pour son offre fixe, il jouera désormais à armes égales avec Telenet. Un nouvel équilibre qui permettra notamment d'être dans une position beaucoup plus confortable lorsqu'il s'agira de négocier de possibles partenariats avec Telenet. Si Test-Achats regrette de voir disparaître une offre pour le public wallon, Orange devrait attaquer de façon bien plus large le marché du fixe.

"Aujourd'hui, la Wallonie a un retard sur la Flandre au niveau du câble."
Pascal Dormal
Consultant spécialiste des télécoms

2. Quelles seront les priorités d'Orange?

Si le réseau de VOO fonctionne, il mérite un sérieux coup de neuf. La priorité sera donc de rajeunir l'infrastructure. "Aujourd'hui, la Wallonie a un retard sur la Flandre au niveau du câble. Reste à savoir comment ils comptent s'y prendre, en développant le réseau en fibre jusqu’aux habitations ou en gardant une partie câblée", explique Pascal Dormal, un consultant spécialiste des télécoms. Pour se lancer dans un tel chantier, l'entreprise devra largement investir. Pour cela, elle pourra évidemment compter sur le soutien de sa maison-mère. "Orange a une véritable expertise dans le domaine. En France, c'est même l'opérateur qui a le réseau fibre le plus développé", assure Pascal Dormal. Outre l'appui technique, il sera aussi financier. Avec une capitalisation d'environ 1,2 milliard, Orange Belgique est d'ailleurs aujourd'hui un plus petit acteur que VOO. "Mais ce n'est pas la première fois qu'un acteur rachète un opérateur plus grand. Ce fut notamment le cas lors du rachat de SFR par Numericable."

27
candidats
Au moment des premières offres, 27 candidats potentiels au rachat de VOO ont pointé le nez.

3. Quelles sont les conséquences pour Telenet?

John Porter, le patron de Telenet, n'a jamais nié son intérêt pour le réseau wallon. Telenet étant actif sur les deux tiers de Bruxelles et en Wallonie via son offre mobile Base, le rachat d'un réseau fixe était la suite logique pour continuer à prendre de la place au sud du pays. Mais si ce qui ressemblait au plan A est aujourd'hui une option enterrée, l'opérateur flamand ne va probablement pas renoncer pour autant à sa volonté d'extension. "Lorsque l'on regarde ce qui se fait en Europe, quand le marché est convergent, il n'y a jamais un acteur qui se contente d'une seule partie du pays", explique Pascal Dormal. Un échange de bons procédés avec Orange pourrait être une option, chacun ayant un intérêt à utiliser le réseau de l'autre pour proposer une offre nationale. Mais il n'est pas exclu que Telenet aille aussi voir ailleurs. Guillaume Boutin, le CEO de Proximus, ne cesse d'ailleurs de faire des appels du pied au marché en rappelant son souhait d'ouvrir son nouveau réseau à tout le monde.

"Si Telenet avait récupéré le réseau de VOO, il aurait eu le double d'avance sur Orange."
Pascal Dormal
Consultant spécialiste des télécoms

4. Pourquoi ce rachat était-il indispensable pour Orange?

Le plan était planifié depuis l'arrivée du groupe en Belgique. Pour devenir un acteur durable, une offre convergente était indispensable. Jusqu'ici, Orange n'avait d'autre choix que de passer par la location des infrastructures de VOO. Une situation qui permettait au groupe d'exister sur ce marché, mais loin d'être idéale. Elle l'était encore moins depuis la réévaluation des tarifs de gros l'an dernier (les montants payés pour la location). À l'époque, la nouvelle manière de les calculer avait franchement déçu la direction d'Orange. "Telenet ayant déjà son réseau en Flandre avait déjà cet avantage. S'il récupérait le réseau de VOO, il aurait eu le double d'avance sur Orange", explique Pascal Dormal. La situation était forcément connue de VOO, qui a pu en profiter et voir arriver une offre au-dessus des attentes.

5. Pourquoi VOO a-t-il choisi Orange?

"L’offre d'Orange était la meilleure. Les critères sur la base desquels les offres ont été évaluées comprennent conditions financières, le projet industriel et le plan d’investissement de l’acheteur pour VOO et sa capacité à contribuer au développement et à la croissance future de VOO, le maintien et le développement de l’emploi." Voilà pour la version officielle de Nethys. L'offre de Telenet était légèrement en dessous de celle d'Orange. Du côté des garanties d'emplois, la situation d'Orange, qui doit construire ses équipes, était probablement aussi plus rassurante. La question de la concurrence a peut-être aussi eu son importance. Si le deal se fait, il devra encore être validé sur ce point. Cela ne devrait pas poser de problème. La question aurait été sans doute plus délicate en cas de rachat par Telenet. Le marché aurait alors davantage glissé vers une situation de duopole.

Petit rappel de potentiel

VOO vaut donc 1,8 milliard d'euros. En langage tech, c'est presque une double licorne. Un demi Galapagos ou un tiers de Colruyt pour ceux qui préfèrent la comparaison avec des membres du Bel20.  On avait tendance à l'oublier, mais Orange, l'un des plus grands opérateurs télécoms d'Europe, vient de le rappeler haut et fort: malgré sa position très loin d'être dominante sur le marché, ce petit acteur liégeois (et son réseau) est une véritable pépite. Cela s'est vérifié, il y a un an, dès la remise à l'étalage, après le fiasco de la vente au fonds Providence. Au moment des premières offres, 27 candidats potentiels ont pointé le nez. L'écrémage initial a retenu assez logiquement deux concurrents directs, Orange et Telenet. Mais aussi trois fonds. Autrement dit, des acteurs qui voyaient dans VOO un joli outil pour faire beaucoup de bénéfices rapidement.  Le potentiel est là.

La piqûre de rappel vaut le coup. Car depuis des années, le goût de trop peu reste souvent dans le fond de la gorge lorsqu'il s'agit de faire le point. Le réseau n'a pas fait assez d'investissements et est aujourd'hui en retard. La comparaison avec le succès de Telenet au nord du pays rappelle douloureusement ce qu'aurait pu devenir VOO au sud. La première bonne nouvelle, c'est qu'il n'est pas trop tard. L'autre, c'est que Renaud Witmeur et Laurent Levaux, qui ont mené à bien la mission de sauvetage, l'ont parfaitement compris. Le diamant qu'ils avaient entre les mains était encore trop brut. À Orange désormais d'entamer la taille.

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