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Les services de secours basculeront sur les réseaux GSM ordinaires

©BELGA

Les opérateurs télécoms vont devoir adapter leur infrastructure à cette fin.

Bientôt, nos services d’aide et de sécurité ne communiqueront plus entre eux via le réseau distinct Astrid. Plus de 70.000 agents de police, pompiers, ambulanciers et autres utilisateurs du réseau Astrid basculeront vers les réseaux GSM utilisés par le grand public. Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) et le ministre des Télécommunications Alexander De Croo (Open Vld) se sont mis d’accord avec les opérateurs.

Le gouvernement abandonne le réseau distinct Astrid, dédié aux 70.000 travailleurs des différents services d’aide et de sécurité.

Cela fait 20 ans que nos services d’aide et de sécurité utilisent Astrid. Au total, le réseau gère les communications de 750 organisations. Il s’agit de zones de police locale, de l’ensemble des services de la police fédérale, de tous les corps de pompiers, de la Protection civile, des douanes, de la Défense, de la Sûreté de l’Etat, des ambulanciers, des centrales d’urgence 100 et 112, mais aussi de sociétés de services aux collectivités, de transport public, de la Croix-Rouge, de firmes de gardiennage, etc. 

Mais vu que ces services échangent de plus en plus de matériel visuel, envoyé parfois par les citoyens, ils devront basculer vers un réseau à large bande. Le gouvernement aurait pu investir dans un nouveau réseau, mais il a opté pour une collaboration avec les opérateurs télécoms, qui seront obligés de prévoir les capacités adaptées aux services de sécurité. Cela se fera dans le cadre de la nouvelle adjudication des bandes de fréquences aux opérateurs télécoms.

Pourquoi faire appel aux opérateurs de télécoms?

Astrid utilise son propre réseau Tetra, qui fonctionne sur une bande de fréquence réservée aux services d’aide et de sécurité en Europe. Ce réseau Tetra est toujours utilisable pour la radiocommunication digitale et on continue à y investir. Mais vu que les services de sécurité souhaitent recevoir et échanger de plus en plus de données – comme des images de caméras – il s’est avéré nécessaire de basculer d’une "narrow band" vers un réseau à large bande. Le gouvernement aurait pu allouer un budget à Astrid pour déployer un nouveau réseau de ce type, mais il a préféré nouer des partenariats avec les opérateurs commerciaux pour des raisons budgétaires. La collaboration avec différents opérateurs offre par ailleurs davantage de flexibilité et de résistance en cas de problèmes de réseau.

Le porte-parole de Proximus Fabrice Gansbeke a déclaré qu’il s’agissait "d’une étape logique, et de la manière la plus efficace de permettre à Astrid d’accéder aux réseaux mobiles existants. Astrid est surtout prévu pour des échanges vocaux et de courts messages. Notre réseau offre des possibilités dans les échanges de data et d’images."

Les réseaux des opérateurs de télécoms sont-ils adaptés?

750
organisations
Astrid gère les communications pour plus de 70.000 collaborateurs de 750 organisations, dont les service de police, de pompiers et de Protection civile.

Auparavant, la technologie utilisée par les opérateurs privés pour les services au grand public ne convenait pas aux applications utilisées par les services de sécurité, comme les discussions de groupe, la localisation et la priorité accordée aux lignes de communication. Aujourd’hui, les réseaux sont utilisables si les opérateurs réalisent les adaptations de logiciel nécessaires. Astrid a mené de longues discussions avec les opérateurs pour s’assurer de leur capacité à assurer la continuité du service en cas de crise ou de panne de courant.

S’y ajoute le fait que les opérateurs commerciaux se basent principalement sur la densité de population pour décider de leur taux de couverture, avec comme objectif de rendre joignables un maximum de personnes. Les services de sécurité pensent surtout en termes de territoire: l’ensemble du pays est-il couvert? Mais la couverture des opérateurs de télécoms semble suffisante et dans les villes densément peuplées, à l’intérieur des bâtiments, ils offrent parfois une meilleure couverture que le réseau Astrid actuel. Et en cas de zones non couvertes, des antennes supplémentaires seront installées.

Que font les autres pays?

Aucun autre pays européen n’a jusqu’ici confié la totalité de la communication de ses services de sécurité au secteur privé des télécoms. Mais de nombreux pays l’envisagent ou ont déjà lancé le processus. Le mois dernier par exemple, après un appel d’offres, la France a choisi Orange (Business Services) pour fournir le réseau 4G à ses services de sécurité. Au Royaume Uni également, le processus est déjà bien avancé.

Qui va payer?

Cet été, le ministre des Télécoms Alexander De Croo (Open Vld) a reçu le feu vert du gouvernement pour une nouvelle adjudication des bandes de fréquences. Elle est prévue pour la fin de l’an prochain et les fréquences seront adjugées pour une période de 20 ans. Les premières licences 2G/3G des opérateurs mobiles viendront à échéance en mars 2021. Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) s’est assuré que lors de l’adjudication, les opérateurs de télécoms soient obligés de prévoir des capacités pour Astrid. Et ce, à leurs frais.

Ils devront notamment investir dans de nouveaux logiciels et équipements de réseaux, par exemple pour permettre des discussions de groupe entre les services d’aide. Le gouvernement financera les "mesures particulières" qui s’avéreront nécessaires, comme par exemple l’installation éventuelle de nouvelles antennes pour élargir la couverture. Tout sera fixé dans un arrêté royal que le ministre De Croo publiera avant l’adjudication des bandes de fréquences. L’autorité de contrôle du secteur des télécoms – l’IBPT – veillera à ce qu’il n’y ait pas de distorsion de concurrence.

Astrid a déjà coûté beaucoup d’argent au gouvernement. Après des années de sous-financement allant jusqu’à 115 millions d’euros, le gouvernement Michel a décidé en 2015 d’investir 123 millions d’euros dans Astrid. Le gouvernement devra continuer à investir dans le réseau Astrid jusqu'à ce que le basculement soit complet.

Quand aura lieu le basculement des services de sécurité?

La phase de basculement pourrait prendre de cinq à dix ans. Car même si les opérateurs télécoms sont prêts, il faudra prévoir une phase transitoire de plusieurs années pour faire basculer l’ensemble des services d’aide et de sécurité. Le réseau actuel Tetra peut encore fonctionner jusqu’en 2030, et jusqu’à cette date, Astrid continuera à investir pour garantir la continuité du service. Les utilisateurs recevront alors d’autres "appareils de radio", comparables à nos smartphones, mais "adaptés", par exemple avec un bouton rouge pour les appels d’urgence. Ces appareils existent déjà et sont notamment utilisés aux Etats-Unis.

Après le basculement vers les réseaux commerciaux, Astrid restera "gestionnaire" du réseau de communication des services d’aide et de sécurité: l’opérateur public décidera qui peut être abonné et quels sont les groupes de communication qui devront en faire partie, il jouera le rôle d’intermédiaire lors d’échange d’images entre les services, permettra le dispatching vers les centrales d’urgence, etc.

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