analyse

Nethys a les mains libres pour relancer le processus de vente de VOO

La nouvelle direction de Nethys (Renaud Witmeur, à droite, et Laurent Levaux) va pouvoir lancer un nouveau processus de vente de VOO. ©Anthony Dehez

Après avoir pris connaissance de l'ordonnance de suspension de la vente de VOO à Providence, Nethys a fait savoir qu'elle n'irait pas en appel de la décision. Une nouvelle procédure de vente sera lancée après l'été.

On dit merci qui? Merci Orange! Sans le savoir, en lançant son action en suspension de la vente de VOO, l'opérateur de téléphonie vient de rendre un fameux service à Nethys. Dorénavant, la société dirigée par Renaud Witmeur a les mains libres pour relancer la procédure de vente de VOO. Du côté de Nethys, on confirme cet état de fait et on annonce qu'une nouvelle procédure sera lancée après les vacances d'été. C'est une aubaine pour Orange. L'opérateur de téléphonie, défendu par Olivier Clevenbergh et Sébastien Ryelandt (Strelia), avait intenté son action en suspension, estimant avoir été discriminé lors de la première procédure de vente qui avait débouché sur des négociations exclusives puis une convention de vente avec le fonds américain Providence.

Pour faire simple, le tribunal a estimé que l'accélération du processus de cession des trois actifs de Nethys (VOO, Win et Elicio) paraît révéler la volonté de se réserver un gain (la répartition de certains actifs de Nethys) de manière déloyale, en mettant tout en œuvre pour éviter l'application d'un décret et en dissimulant sciemment tant l'existence de la vente que les conditions à Enodia (le maison mère de Nethys), ceci au détriment de l'intérêt collectif et au détriment des autres candidats, dont Orange.

Deux ventes frappées de nullité

Au passage, l'ancienne direction de Nethys et Providence sont rhabillés pour l'hiver à peu de frais. "OTP Luxco (le véhicule luxembourgeois de Providence) paraît avoir prêté son concours à la réalisation de cet objectif déloyal des négociateurs de la convention", lit-on dans l'ordonnance rendue lundi matin. La juge dit également que Providence ne pouvait pas ignorer l'existence du décret gouvernance ni le contexte de son adoption. Pour la juge, la première convention de vente datée du 23 mai 2019 prévoyant un intéressement pour Stéphane Moreau et Pol Heyse devait être frappée de nullité. Comme devait l'être la seconde vente datée du 24 décembre 2019. Celle-ci, négociée par la nouvelle direction, avait supprimé l'intéressement dû au management et le prix avait été revu à la hausse.

Mais ce n'est pas tout. Cette nouvelle convention de vente prévoyait une clause qui, pour l'instant, était passée sous les radars. Négociée par la nouvelle direction de Nethys, elle prévoit l'annulation pure et simple de la vente si le deal n'était pas conclu le 30 juin, soit faute d'accord entre les parties, soit à la suite d'une décision judiciaire de suspension ou d'annulation. Et, cerise sur le gâteau, si tel était le cas, Nethys et Providence ne pouvaient réclamer d'indemnités l'un à l'autre. C'est ce qui a permis à Nethys d'avoir les mains libres et de pouvoir repartir d'une page blanche. 

"Nethys a pris connaissance de l'ordonnance et va la respecter. Nous allons lancer un nouveau processus de vente en septembre."
Renaud Witmeur
CEO de Nethys

Et c'est exactement ce qu'il va se passer. "Nethys a pris connaissance de l'ordonnance et va la respecter. Nous allons lancer un nouveau processus de vente en septembre", nous a déclaré Renaud Witmeur, le CEO de Nethys. C'est une bonne chose. Comme il souhaitait, Orange va pouvoir refaire acte de candidature. Comme Providence d'ailleurs, si le fonds le souhaite. En cas de forte concurrence, le prix pourrait être supérieur à celui proposé par Providence. C'est l'espoir de Nethys. 

Par contre, sur le plan opérationnel, la suspension de la vente de VOO est une petite bombe interne qui risque de paralyser financièrement tous les plans de Nethys à court terme. Tout d'abord parce que VOO a besoin d'argent. En décembre, Renaud Witmeur et Laurent Levaux, respectivement CEO et président du conseil d'administration de Nethys, estimaient que "sans un partenaire et un projet de croissance, VOO pourrait disparaître". D'après leur analyse, les raisons sont à trouver dans un triple défi qui attend VOO. 

"Un défi stratégique, notamment lié à l'arrivée probable à court terme de nouveaux entrants, à la concurrence féroce entre les acteurs en présence et l'accélération du développement de substituts. Un défi financier parce que VOO a un historique de croissance de l'ebitda trop faible et des cash-flows systématiquement négatifs de l'ordre de 50 millions. Le dernier défi, vital pour la société, est qu'elle doit poursuivre un plan d'investissement à court terme de l'ordre de 300 millions que VOO ne peut financer au vu de ses résultats et que l'actionnaire Nethys ne peut pas davantage assumer." Bref, que va-t-il arriver à VOO si le processus de vente est gelé pendant une année ? Nethys va-t-il, seul, procéder à ces investissements stratégiques ? En a-t-il les moyens ? Toutes ces questions feront l’objet d’une analyse interne dans les prochains jours. La bonne nouvelle, c’est que VOO devrait terminer l’année 2020 sans brûler de l’argent. 

"Il faut rassurer les équipes et surtout les personnes qui travaillent dans l'activité de VOO. La situation n'aura pas d'impact sur l'emploi", a pour sa part assuré Julie Fernandez Fernandez, la présidente du conseil d'administration d'Enodia. 

Enfin, le management de Nethys pourrait profiter de ce délai pour négocier en amont le rapprochement de VOO avec Brutélé pour vendre le tout à un acteur externe. Affaire à suivre de près!

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