Orange appelle les entreprises à coconstruire l'avenir de la 5G

Depuis Paris, Stéphane Richard, PDG d’Orange Group, a piloté jeudi sur scène une caméra au stade Vélodrome à Marseille, en direct et en duplex, afin de démontrer les possibles qu’offre la 5G pour les opérations à distance notamment. ©Amelie Laurin

La maison-mère d’Orange Belgique a appelé ce jeudi les industriels à mener une vraie réflexion sur les opportunités offertes par l’internet mobile ultra-rapide. L’idée? Avancer ensemble pour faire de l’Europe une figure de proue à l’échelle du monde.

"5G, un chiffre et une lettre qui vont changer la donne". La rengaine est connue. C’est pourquoi ce jeudi, Stéphane Richard, PDG d’Orange Group, a décidé d’aller un pas plus loin en direct du sommet dédié aux entreprises que tenait le géant mondial des télécoms au centre de Paris.

"Tout se joue maintenant entre nous. Vous, entreprises, industries, filières,... devez envisager dès maintenant les opportunités business qu’offre la 5G."
Stéphane Richard
CEO d’Orange Group

Le grand patron a appelé les industriels de ce monde à entrer dans une logique de co-construction de ce que sera demain l’internet mobile ultra-rapide. "Tout se joue maintenant entre nous. Vous, entreprises, industries, filières,... devez envisager dès maintenant les opportunités business".

Car la 5G, avec sa rapidité 10 fois supérieure à l'actuelle 4G et sa quasi absence de délai entre envoi et réception de données (latence), "n’est pas qu’une affaire de vitesse ou de connectivité. Non, c’est plutôt et avant tout un levier de changement des business models, de conversion de l’économie au digital en temps réel", a renchéri Helmut Reisinger, président d’Orange Business Services.

Testez la puissance de la 5G

La 5G, l’internet mobile à très haute vitesse, doit offrir des connexions plus performantes, plus fiables et surtout plus rapides que la 4G. Mais que signifie vraiment “plus rapide”? L’Echo vous propose de faire le test.

Un appel appuyé par la secrétaire d’État française à l’Economie Agnès Pannier-Runacher, présente pour l’occasion: "Il y a un enjeu de mobilisation des industriels. La 5G ne va tomber tout cuite dans leur bec. Il est important de commencer à expérimenter". Et ce, en particulier en France, alors que "dans d'autres pays industriels européens, il y a peut-être aujourd'hui plus d'intérêt à le faire. Je pense notamment à l’Allemagne".

Un message qui s’adresse aussi à la Belgique car, la dernière que nous avions fait le tour des grands patrons du pays, courant février, il ressortait que des projets concrets n’étaient pas à l’ordre du jour. Ce qu’on nous confirmait du côté du Beltug, l'association des décideurs TIC aux plus de 1.650 membres issus de 450 entreprises.

"Que l'on parle du retail, de l'industrie ou des hôpitaux, les entreprises ne peuvent faire usage de ce que l'internet mobile ultra-rapide a à offrir que s'il est rendu disponible."
Danielle Jacobs
Directrice du Beltug

Et pour cause, l’avènement de cette technologie nouvelle qu’est la 5G est bloqué pour l’heure, côté politique, par le report à la prochaine législature du processus d’attributions de fréquences (via un processus d’enchères dont les résultats vaudront pour une période de 20 ans et devant rapporter a minima quelque 700 millions d’euros, rien que pour les seules fréquences 5G), mais aussi de la révision des normes d’émission bruxelloises – actuellement de 6 volts par mètre, le régulateur des télécoms a indiqué que, pour que la 5G naisse, voire même tout simplement pour suivre la croissance des usages en données mobiles, il faudrait passer à 14,5 v/m, révision passant difficilement auprès d’une frange de la population pour des raisons de santé, bien que la norme ici mise sur la table reste bien en dessous de ce que préconise l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Que l'on parle du retail, de l'industrie ou des hôpitaux, les entreprises ne peuvent faire usage de ce que l'internet mobile ultra-rapide a à offrir que s'il est rendu disponible", résume Danielle Jacobs, directrice du Beltug.

Potentiel réel, mais concret?

Conscient de cette réalité, Orange avait dès lors convié une poignée d’entreprises aux profils très différents lors de son événement. L’objectif? Montrer que la 5G a un potentiel réel, que cette technologique n’est pas qu’une simple évolution, mais débouche bien sur une "véritable rupture", dixit Stéphane Richard, d’ordre temporel (basculement dans l’ère du temps réel avec des opérations à distance par exemple), architectural (des parts de réseaux pourront être réservées à des usages jugés prioritaires) et environnemental (ouvre à la gestion plus intelligente des ressources). En effet, "la 5G c’est la puissance de la fibre optique, sans fil et sans la latence".

"Dans des environnements électriques, la sécurité est clé. Grâce à la technologie, les travailleurs n’auront plus forcément le besoin de toucher pour analyser la siuation."
Christel Heydemann
Présidente de Schneider Electric France

Schneider Electric a ouvert le bal, évoquant, fin 2019, dans son usine du Vaudreuil (non loin de Rouen), de tests de solutions de réalité augmentée en temps réel amenées à être utilisées par les techniciens de maintenance. "Dans des environnements électriques, la sécurité est clé. Grâce à la technologie, les travailleurs n’auront plus forcément le besoin de toucher pour analyser la siuation", a souligné Christel Heydemann, présidente de Schneider Electric France. Une avancée importante.

En parallèle, de par une meilleure gestion rendue possible, "la 5G va nous permettre de faire circuler 45% de trains en plus à l’horizon 2020", a poursuivi Benoît Tiers, directeur général Digital & Systèmes d'Information de la SNCF. Quand Orange et la RATP étudient cette année des transports collectifs autonomes et connectés en Ile-de-France. Bref, autant de témoignages qui ont amené le numéro un d’Orange Group à lancer: "nous déploierons d'abord la 5G pour les entreprises et les sites industriels". De par le potentiel offert.

"Nous, Européens, sommes meilleurs qu’on ne le pense."
Helmut Reisinger
CEO d'Orange Business Services

Plus globalement, sur l’avènement de la 5G, des tests sont actuellement menés dans 17 villes européennes par le géant français, dont Bruxelles – même si la filiale belge reste pour l’heure évasive sur le sujet –, avec l’objectif d’une commercialisation dès 2020. Pas plus tôt, car cela ne ferait de toute façon pas sens, en l’attente du spectre idoine, qui sera octroyé lors des diverses enchères (qui doivent encore avoir lieu de manière générale) sur le Vieux continent, de l’adaptation des antennes, puis, aussi, de la généralisation des appareils compatibles (côté consommateur ou entreprise).

De quoi amener l’Europe à une position de retard par rapport au reste du monde? "Nous sommes meilleurs qu’on ne le pense", tempère Helmut Reisinger. À la différence d’autres puissances internationales, comme la Corée du sud qui lançait le premier réseau commercial mi-avril, "nous lancerons la 5G ici avec un standard clarifié".

Du reste, Orange indique que, de son côté, le groupe a mis sur pieds un service de consultance à destination des campus industriels des grands groupes, l’idée étant de les accompagner dans leur réflexion quant aux possibles en matière de 5G. Ceci dans l’optique que les européens fassent figure d’exemple de par le globe.

Santé, frein au déploiement?

Céline Fremault, ministre bruxelloise de l’Environnement, l’affirmait fin mars dans nos pages: "Aujourd’hui, force est de constater qu’il est impensable pour moi de permettre l’arrivée de la 5G si je ne peux assurer le respect des normes protégeant les citoyens (faute d’antennes réellement abouties à évaluer, NDLR). Les Bruxellois ne sont pas des souris de laboratoire." La situation avait alors débouché sur le report du dossier de la révision des normes d’émission à la prochaine législature.

Désormais, c’est en Suisse où l’on assiste ces derniers jours à une levée de boucliers à l’égard de l’internet mobile ultra-rapide. Plusieurs cantons (Vaud, Genève, Jura) ont décidé de moratoires face au déploiement initié dans le pays par Swisscom, l’opérateur télécoms historique. L’idée étant d’attendre d’en savoir plus sur les effets de cette technologie sur la santé.

En peu de temps, voilà donc deux revers de taille, liés à des questions plus médicalo-biologiques que technico-économiques, qu’essuie la 5G. Un problème pour son développement? Comment combiner déploiement et prudence à la fois? "Il existe une norme européenne (soit la recommandation de l’OMS, 50 fois moins stricte que l’actuelle norme bruxelloise de 6 volts/mère, NDLR). Nous opérerons toujours en dessous", nous répond Helmut Reisinger, CEO d’Orange Business Services. Du reste, "le grand public doit bien comprendre que les antennes 5G, à la différence des 4G et 3G, n’émettent pas d’ondes en continu. Elles s’activent à la demande pour chaque utilisateur. Vous n’y êtes donc pas exposé de manière permanente. Ce qui joue d’ailleurs sur l’efficacité énergétique de la technologie en elle-même".

 

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