Orange et Bouygues ouvrent la voie à la fusion

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La maison-mère de Mobistar, Orange, et Bouygues Telecom confirment la tenue de "discussions" en vue d'un rapprochement.

Orange et Bouygues ont confirmé être en "discussion" en vue d'un rapprochement entre l'opérateur historique et Bouygues Telecom, ouvrant la voie à une consolidation du secteur des télécoms en France.

"Un accord de confidentialité a été signé ce jour (mardi) par Bouygues et Orange", précise le groupe industriel et de construction dirigé par Martin Bouygues, alors qu'Orange (ex-France Telecom) évoque "la reprise de discussions préliminaires avec le groupe Bouygues". "À ce jour, aucune décision n'a été prise et rien ne garantit l'issue de ces discussions préliminaires", assure toutefois Bouygues dans son communiqué.

Orange souligne que, même s'il explore "les opportunités du paysage français des télécoms", "ses investissements et ses positions lui permettent une totale indépendance".

Il ajoute que ces discussions ne sont "pas contraintes par un calendrier particulier et ne s'engagent pas sur un schéma prédéfini".

La réussite d'une éventuelle fusion, suspendue à son acceptation par les autorités de la concurrence en France et à Bruxelles, entraînerait le passage de quatre à trois opérateurs dans l'Hexagone, où le nouvel ensemble ferait face à Free et SFR-Numericable sur l'un des marchés les plus concurrentiels d'Europe.

Orange "pense depuis un moment qu'il y a une certaine logique dans une consolidation en France", avait rappelé lundi à l'AFP le patron d'Orange, Stéphane Richard, tout en précisant que l'opérateur ne se lancerait pas "dans une opération qui ne sera(it) pas créatrice de valeur".

Le ministère de l'Economie s'est refusé à tout commentaire, rappelant qu'Emmanuel Macron avait expliqué, en décembre, ne pas avoir de "position de principe" concernant le nombre d'opérateurs tant que les investissements fixe et mobile sont assurés.

Une position qui a évolué puisqu'en juin, lors de l'offre d'Altice, maison-mère de Numericable-SFR, M. Macron avait estimé que l'heure n'était pas à la concentration avec "quatre opérateurs qui ont chacun leur place". Martin Bouygues avait rejeté en juin dernier une offre de 10 milliards de Patrick Drahi, patron d'Altice (maison-mère de Numericable-SFR), et n'était pas plus favorable à un accord avec Xavier Niel, fondateur d'Iliad.

En cas de succès des discussions, Orange, dont l'Etat est le premier actionnaire pourrait avoir à se séparer de cinq milliard d'euros d'actifs, et s'engager à limiter les conséquences sociales pour les employés de Bouygues Telecom.

A la publication des communiqués, les titres de Numericable-SFR , Iliad sont partis à la hausse. La perspective du passage de quatre à trois opérateurs de téléphonie mobile en France, qui pourrait mettre un terme à la guerre des prix dans le secteur

→ En Belgique, Orange est actif via la marque Mobistar

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Que pensera l'Europe d'un tel rapprochement?

Une possible fusion, suspendue à son acceptation par les autorités de la concurrence en France et à Bruxelles, entraînerait une consolidation du secteur dans l'Hexagone, une situation qui profiterait également à Numericable-SFR et Free, dans un marché particulièrement concurrentiel.

Mais en la matière, la position de la Commission européenne s'est durcie au cours des derniers mois, la Commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager préférant la consolidation supranationale à des rapprochements entre opérateurs nationaux.

Le nouvel ensemble représenterait plus de 60% de part de marché en valeur, et 54% en ce qui concerne le nombre de clients, sur le mobile, très loin devant Numericable-SFR avec 30,3% du marché, et Free, à 15,7% en nombre d'abonnés.

A l'heure actuelle, Orange concentre un peu plus de 38% des clients mobiles, alors que Bouygues s'intercale entre Numericable-SFR et Free, avec 16,2% de part de marché.

"Cela ne s'est jamais produit en Europe pour l'instant, de voir le numéro un sur un marché national racheter le numéro trois", a rappelé Stéphane Dubreuil, consultant spécialiste des télécoms.

En cas de succès des discussions, Orange, dont l'Etat est le premier actionnaire, pourrait avoir à se séparer de cinq milliards d'euros d'actifs. Le principal concerne les infrastructures réseaux de la filiale télécoms de Bouygues, qui pourraient intéresser Free, dernier arrivé sur le marché et pour l'heure le moins équipé de tous.

"Free a un besoin moins pressant d'un réseau déjà installé qu'il y a six mois, lors de l'offre d'Altice, mais récupérer une partie du réseau de Bouygues Telecom lui permettrait de gagner énormément de temps, notamment en vue de la fin de son contrat d'itinérance avec Orange", prévue pour 2017, a expliqué Sylvain Chevallier, spécialiste des télécoms et associé chez BearingPoint.

Le nouvel ensemble pourrait, en revanche, être tenté de conserver une partie des fréquences que possède Bouygues Telecom. "Chacun de leur côté, Orange et Bouygues Telecom sont bien pourvus en fréquences, par rapport à leur taille, mais les fréquences d'Orange seules ne suffiraient pas à assurer un service satisfaisant pour l'ensemble des clients en cas de rachat", a ajouté Sylvain Chevallier.

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