interview

Orange privilégie une alliance avec Nethys

©BELGA

Face à l’offensive Telenet sur VOO, Orange Belgique plaide pour un partenariat, sans dévoiler de prix.

Après la sortie de John Porter, patron de Telenet, samedi dans L’Echo, déclarant être prêt à débourser 1,3 milliard d’euros pour racheter VOO (Brutélé exclu), les regards se tournaient assez logiquement vers Orange Belgique. En effet, l’opérateur télécoms avait, le premier, indiqué dans un courrier que nous avions pu consulter, être intéressé par un rapprochement avec le groupe liégeois Nethys. Interrogé aujourd’hui, Michaël Trabbia, CEO d'Orange Belgique, dit avoir lu "avec beaucoup d’attention" l’interview du numéro un de son concurrent le plus crédible dans ce dossier. Il réagit en mettant en avant un autre modèle, celui d’une alliance avec Nethys et Brutélé.

Telenet s’est positionné, financièrement, dans le dossier VOO. Comptez-vous faire part d’une contre-offre au conseil d’administration de Nethys?
Avant de parler de montant, il est important de rappeler notre proposition et le modèle que nous proposons. Nous ne sommes pas dans une logique prédatrice. Notre ambition est de créer un modèle gagnant-gagnant pour les parties prenantes, ce qui concerne aussi bien les deux intercommunales que sont Nethys et Brutélé, les Wallons qui bénéficieraient dès lors d’une amélioration des services, mais aussi les salariés de Nethys du fait que nous n’avons aucune compétence en doublon en matière d’expertise câble.

Quid de l’aspect financier?
Le prix que nous pourrions proposer dépendra du modèle retenu. Je comprends que certains aimeraient être en possession du réseau fixe de VOO, mais ce n’est pas nécessairement notre cas. Les actionnaires publics conserveraient ainsi leur pouvoir de décision sur l’infrastructure, toucheraient un dividende régulier garanti et maintiendraient dans le même temps un centre de décision non seulement à Liège, mais surtout liégeois. Dans cette logique, et afin de rémunérer l’activité de service de VOO, nous pourrions les payer en cash, voire même un paiement en actions si tel est le souhait des pouvoirs publics.

"Nous sommes convaincus qu’il est nécessaire de lancer un grand plan d’investissement sur l’infrastructure en Wallonie et à Bruxelles, afin de préparer l’arrivée du très haut débit notamment."
Michaël Trabbia
CEO d'Orange Belgique

Quid de la valorisation de VOO?
De prime abord, il est clair que VOO a une valorisation significative. Toutefois, nous n’avons à ce stade eu accès à aucune information qui nous permettrait de mettre une valorisation sérieuse sur la table (ce qui peut s’expliquer par le fait que VOO n’est officiellement pas en vente, NDLR). Si tel était le cas, nous serions évidemment disposés à communiquer une proposition sur cette base dans les plus brefs délais.

Avez-vous demandé à recevoir ces informations?
J’ai vu que certains acteurs ont fait état de discussions avec Nethys dans la presse. Nous avons sollicité le conseil d’administration, mais n’avons à ce stade pas été reçus.

Une rencontre est-elle prévue dans les prochains jours, voire les prochaines semaines?
Aucun rendez-vous ne nous a été proposé à ce stade. Toutefois, nous comprenons que le conseil a annoncé que de nouvelles orientations stratégiques devaient être décidées prochainement.

À côté de cette vision se pose la question des fonds pour la mettre en œuvre du cotée de VOO… Seriez-vous prêts à suivre financièrement si vos destins venaient à être liés?
L’investissement est le premier moteur de notre projet industriel. Et sur ce point, nous sommes convaincus qu’il est nécessaire de lancer un grand plan d’investissement sur l’infrastructure en Wallonie et à Bruxelles, afin de préparer l’arrivée du très haut débit notamment.

Sauf que pour ce qui est de la fibre optique, certains vous reprochent une certaine frilosité, soit d’attendre qu’un autre acteur investisse lui-même, avec tout ce que cela comporte, pour lui proposer ensuite tranquillement une logique de partenariat…
Orange n’a pas à rougir de ses investissements. D’ailleurs, en pourcentage de notre chiffre d’affaires, le montant que nous consentons en Belgique est très important, ce qui se reflète dans la qualité de notre réseau 4G par exemple, reconnu comme réseau leader par de plus en plus d’enquêtes indépendantes. En ce qui concerne internet et le haut débit, nous avons toujours été candidats et volontaires à investir, mais force est de constater que pendant des années, le câble n’a pas été ouvert à la concurrence, ce qui ne nous a pas donné l’opportunité de nous y lancer et nous contraint encore aujourd’hui à recourir à la régulation pour y obtenir des conditions décentes. Une régulation qui, au passage, est ouverte à tous, y compris Telenet qui pourrait y recourir pour exister en Wallonie dans le fixe s’il le souhaitait.

"Le prix que nous pourrions déposer dépendra du modèle retenu."
Michaël Trabbia
CEO d'Orange Belgique

Vous dites avoir toujours été candidats et volontaires à investir, mais personne n’a encore entendu votre position…
Nous avons toujours maintenu que nous étions prêts à discuter de co-investir avec d’autres opérateurs. Alors si cela n’a toujours pas été possible à ce stade, je le regrette. Mais j’aimerais souligner que nous sommes toujours à l’écoute et à la recherche de nouveaux investissements en Belgique. Et dans cette logique, nous serons aidés par Orange Groupe (maison mère d’Orange Belgium, NDLR), premier acteur européen dans le déploiement de la fibre optique.

Aidés, c’est-à-dire qu’ils pourraient vous accompagner financièrement dans un rapprochement avec VOO?
Le courrier qui évoquait nos intentions était effectivement, comme révélé dans vos pages (L’Echo du 29/03, NDLR), cosigné par Orange Belgique et Orange Groupe. En fonction du modèle, ils nous ont clairement exprimé leur soutien et leur capacité à nous accompagner.

©Kristof Vadino

Financièrement aussi, donc?
Injecter du capital n’est pas quelque chose qui nous fait peur. Mais pour notre part, il ne s’agit pas d’une manœuvre de haute voltige financière à coups de milliards avec les conséquences que cela peut avoir. Il ne faudrait pas que le Wallon se réveille avec la gueule de bois en voyant sa facture…

C’est-à-dire?
Investir par la dette comme certains l’envisagent amène à une nécessité de générer du cash… et donc à terme, à l’augmentation du prix des offres. Ce n’est pas notre logique.

VOO nécessitera d’importants investissements dans l’infrastructure à l’avenir. Les chiffres qui circulent parlent de 500 millions d’euros, voire peut-être même plus. Comment analysez-vous cet élément?
Nous en sommes conscients et cela va d’ailleurs dans le sens du projet que nous avons présenté aux actionnaires de Nethys et de Brutélé dans la lettre qui leur a été adressée. Nous serons prêts à mettre un chiffre sur la table dès lors que nous aurons plus d’informations. Mais pour l’heure, les dirigeants se sont exprimés de manière claire en disant ne pas être à vendre.

Si votre proposition n’était pas retenue, au profit de celle de Telenet, cela ne suggérerait-il pas en quelque sorte l’échec de la percée belge d’Orange?
Je ne fais pas de fiction industrielle. Nous pensons simplement que notre proposition pourrait amener à un vrai marché concurrentiel avec trois acteurs convergents actifs partout dans le pays. Notre offre permettrait une réelle concurrence au bénéfice des Belges.

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