Orange-VOO: ce que les analystes en pensent

Michael Trabbia, CEO d'Orange Belgium. ©Dieter Telemans

L'offre d'Orange Belgium sur VOO pourrait susciter l'intérêt d'autres acheteurs potentiels, souligne un analyste. Un autre estime que les synergies entre VOO et Telenet sont plus évidentes que celles avec l'ex-Mobistar. Le titre Telenet a pris 4%.

C’est donc en prenant leur plus belle plume que le patron d’Orange Belgium et son responsable au niveau de la maison-mère ont déclaré officiellement à Nethys leur intérêt pour le câblo-opérateur VOO. Dans leur missive, ils évoquent "une opportunité unique de combiner nos forces pour donner naissance à un acteur majeur au sud du pays". Un Telenet wallon en quelque sorte.

Pour les observateurs du monde des télécoms belges cette initiative est tout sauf une surprise. C’était même téléphoné, oserions-nous écrire.

Mais ce n’est pas pour autant que le rapprochement aura bien lieu, même si Orange assure qu’il pourra soumettre une offre engageante "dans un délai court".

Un challenge pour Orange

Pour Ruben Devos, analyste chez KBC Securities, les synergies entre VOO et Orange Belgium ne manqueront pas au niveau du réseau, du mobile, du marché B2B… En plus, ce rachat éventuel permettra à l’ex-Mobistar de devenir propriétaire d’un réseau fixe.

Cela dit, cela constituera un véritable challenge pour Orange "de glisser son pied dans la porte" dans la mesure où la filiale de Nethys et Telenet ont collaboré intensivement dans le passé essentiellement dans le mobile. Ils ont dernièrement conclu un accord d’opérateur virtuel (MVNO) de cinq ans. Mais vu les influences politiques à l’œuvre chez Nethys, il va être compliqué pour un groupe flamand détenu par des Américains d’acquérir une société wallonne, estime Ruben Devos. "De plus, l’approche d’Orange pourrait donner naissance à un processus d’offre plus formel auquel d’autres parties intéressées pourraient participer."

Davantage de synergies avec Telenet

Stefaan Genoe de Degroof Petercam va même plus loin. Bien sûr, reconnaît-il, contrairement à Telenet, Orange Belgium a plus une culture francophone mais il existe davantage de synergies entre Telenet et VOO. Telenet dispose désormais d’un réseau mobile en Wallonie (Base) et il gère un réseau câblé. "Les risques d’intégration seraient plus limités assure-t-il. Telenet a acquis de l’expérience en intégrant et en développant un câblo-opérateur comme SFR Belux."

Plus d'un milliard d'euros

VOO acquis par Telenet: le scénario en chiffres

Dans une note publiée il y a trois jours, le Credit Suisse avait étudié de près le scénario d’un rachat de VOO par Telenet qui donnerait naissance à un cablo-opérateur de taille nationale.  Dans leur note, les analystes tablaient sur une valorisation de VOO à hauteur de 1,56 milliard d’euros en cash ce qui correspond à onze fois l’Ebitda. Ce rachat provoquerait une hausse de l’endettement de Telenet légèrement au dessus de la fourchette 3,5-4,5 fois l’Ebitda à 4,7 fin 2018 pour redescendre à 4,2 fin 2019.

Si Telenet consolide VOO dès le début de 2019, le deal serait relutif à hauteur de 17% pour le bénéfice par action et à hauteur de 16% pour le cash-flow libre par action en 2022.

La nouvelle entité Telenet/VOO générerait un taux de croissance annuel moyen entre 2019 et 2023 pour le chiffre d’affaires, l’Ebidta et le cash-flow libre de respectivement 2%, 5% et 7%.

 

Reste la valorisation et le financement de cette éventuelle acquisition. Pour Stefaan Genoe, qui reste à "conserver" sur Orange Belgium avec un objectif de cours de 18 euros tant cette dernière que Telenet pourraient se payer VOO, dont la valeur devrait clairement excéder le milliard d’euros. Pour rappel Telenet a acquis Base, il y a deux ans, pour un montant de 1,3 milliard.

Son estimation de l’Ebitda du câblo wallon, dont la visibilité sur le compte de résultat est limitée, diffère quelque peu de celle de son collègue de KBC Securities. Il avance un chiffre autour de 100 millions d’euros alors que Ruben Devos l’estime entre 130 et 150 millions d’euros. "Il est essentiel qu’Orange Belgium reçoive l’appui financier de sa maison-mère, note ce dernier dans la mesure où il devrait générer un cash-flow libre de 90 millions d’euros en 2018 contre 400 millions pour Telenet". Il continue de conseiller un achat de l’action avec un objectif de 25 euros.

Tout comme ces deux analystes, le marché reste aussi circonspect face à l'offre d'Orange Belgium. Le titre limitait son gain à 1,3% à 15,56 euros en fin de matinée. Par contre, le titre Telenet prenait plus de 3%.

Potentiel de hausse de 28%

Globalement, les analystes financiers sont assez partagés sur l’action Orange Belgium. Huit parmi ceux recensés par Bloomberg recommandent de l’acheter, douze de la conserver et trois de la vendre. L’objectif de cours moyen (19,87 euros) présente un potentiel de hausse de 28% par rapport au cours actuel. Le broker le plus optimiste est New Street Research avec un "target" de 27 euros, Goldman Sachs étant le plus sceptique (14 euros).

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