interview

Petra De Sutter: "Ecolo a dit oui à l'accord du gouvernement, ils ont donc dit oui à la 5G"

Petra De Sutter a pu découvrir ce mercredi l'intérêt de la 5G dans le secteur des drones lors de sa visite chez CAP Innove. ©Tim Dirven

La ministre des Télécoms était en visite à CAP Innove, mercredi, pour découvrir le potentiel des drones et de la 5G. Selon Petra De Sutter, fournir une "information neutre" au sujet de ces technologies est cruciale pour convaincre les réticents.

Ce mercredi, c’était journée excursion pour Petra De Sutter. La ministre des Télécoms a profité d'un événement organisé par Cap Innove pour s'intéresser au développement du secteur des drones en Belgique.

L'incubateur nivellois avait réuni une série d'acteurs du marché, dont Solvay et la Sabca, pour évoquer la question. L'occasion, aussi et surtout, pour les acteurs du secteur de rappeler leur impatience de voir la 5G débarquer sur nos ondes. Message bien reçu par la ministre, visiblement fort intéressée par la thématique du jour.

"Comme toutes les technologies, celle autour du drone a des aspects positifs et d'autres qu'on peut remettre en question. Mais de manière générale, je suis ouverte à l'innovation et je n'ai absolument pas d'a priori. Il faut encadrer l'évolution et rassurer ceux qui se sentent menacés", explique la ministre Groen qui évoque là les questions de survol, mais surtout celle du déploiement de la 5G que demande le secteur.

"La dernière chose faire serait de se moquer de ceux qui doutent."
Petra De Sutter
Ministre des Télécoms (Groen)

Plateforme d'information

La mission de rassurer chipote tellement la ministre qu'elle a décidé il y a quelques semaines de mettre en place une plateforme d'information, uniquement dédiée à la 5G. Un espace neutre où seront prochainement mises à disposition toutes les informations nécessaires pour cerner la thématique qui affole toujours les passionnés de théories du complot.

"La dernière chose à faire serait de se moquer de ceux qui doutent. Il faut une information neutre. On peut aussi demander l'intervention de spécialistes, comme des psychologues, afin d'analyser pourquoi nous en sommes arrivés à un tel niveau de méfiance."

Cela n'a rien d'anecdotique pour la ministre qui a déjà pu constater quelles pouvaient être les conséquences d'une mauvaise information. "Avec le covid, on a vu qu'une partie de la population, pourtant parfois très bien éduquée, et avec un esprit ouvert, s'est embarquée dans des théories antivaccins insensées. Il ne faudra pas qu'on en arrive à perdre ces personnes sur les questions de technologie."

"Ecolo ne s'oppose pas au déploiement, mais s'interroge sur comment on va le faire, ce qui est légitime. Il faut trouver l'équilibre."
Petra De Sutter

Convaincre les réticents

Il faudra encore convaincre. Sur Facebook, mais aussi encore dans la sphère politique où la 5G fait encore quelques réticents. Notamment chez les verts, pourtant la couleur de la ministre. "C'est compliqué", admet-elle. "Nous sommes alliés sur 99% des autres thématiques. Et on voit ce genre de différence avec d'autres partis sur d'autres questions", rappelle la ministre qui n'en est pas moins persuadée de la position de ses homologues francophones.

"Dans l'accord du gouvernement, tout le monde a été favorable au déploiement de la 5G", glisse-t-elle. "J'ai été engagée comme ministre des Télécoms. Si je m'oppose à la 5G, je vais contre l'accord du gouvernement et je dois donc le quitter. Ecolo a aussi dit oui à l'accord. Ils disent donc oui à la 5G. Ecolo ne s'oppose pas au déploiement, mais s'interroge sur comment on va le faire, ce qui est légitime. Il faut trouver l'équilibre."

"Le 26 mai prochain, nous prendrons notre décision finale de laisser ou non un nouvel opérateur entrer."
Petra De Sutter

La question du 4ᵉ opérateur bientôt réglée

En attendant de trouver comment les rassurer, Petra De Sutter avance. La vente aux enchères des fréquences indispensables au déploiement se dessine encore un peu. "J'espère vraiment qu'elle pourra débuter au plus tard en janvier 2022".

La question du quatrième opérateur devrait, elle, être résolue dans les prochains jours. "Dans l'accord du gouvernement, nous avions laissé une porte ouverte. Lors du prochain Codeco, le 26 mai prochain, nous prendrons notre décision finale de laisser ou non un nouvel opérateur entrer."

La question fait débat depuis des années et a sans cesse été repoussée. Une nouvelle étude avait d'ailleurs été demandée en début d'année pour faire la part entre les avantages et les inconvénients d'un tel chamboulement possible sur le marché. "C'est une question qui porte pour les vingt prochaines années, ce n'est pas rien. Fermer la concurrence durant autant de temps est une intervention sur le marché qui n'est pas négligeable."

Déploiement réaliste

Peu importe la décision, les règles pour les acteurs qui feront la 5G sont déjà connues. Notamment concernant la couverture, avec un souhait de la ministre d'atteindre, dès 2023, 70% de couverture. Sept Belges sur dix connectés à la 5G dans moins de deux ans, alors que la Belgique est en queue de peloton européen. Vraiment réaliste?

"Le problème n'est pas la méthode, mais la façon dont on l'applique et la volonté politique. Même si centraliser permet d'obtenir des décisions plus rapides."
Petra De Sutter

"On se base sur un rapport que nous avons commandé à l'IBPT (le régulateur du marché, NDLR) qui a mesuré la faisabilité du déploiement. Aucun opérateur n'est d'ailleurs venu se plaindre de l'agenda que nous avons avancé."

Le bout du tunnel semble donc enfin se rapprocher. Du moins à l'échelon fédéral. Les Régions ont encore la possibilité de ralentir le dossier en fonction des choix qui seront posés sur les normes d'émission des antennes à installer. Un nouvel exemple de cette bonne vieille lasagne institutionnelle, qui pose question sur l'intérêt d'un pouvoir aussi fragmenté pour un tel enjeu national.

"Je crois au fédéralisme de coopération. On doit investir pas mal de temps dans la concertation, mais quand on y arrive, on a beaucoup plus de légitimité. Le problème n'est pas la méthode, mais la façon dont on l'applique et la volonté politique. Même si centraliser permet d'obtenir des décisions plus rapides."

Les phrases clés

  • "Je suis ouverte à l'innovation et je n'ai absolument pas d'apriori."
  • "Dans l'accord du gouvernement, tout le monde a été favorable au déploiement de la 5G."
  • "Fermer la concurrence durant 20 ans est une intervention sur le marché qui n'est pas négligeable."
  • " Je crois au fédéralisme de coopération"

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