analyse

Porte ouverte pour un 4e opérateur mobile

Alexander De Croo, ministre des Télécoms, lors de la conférence de presse du gouvernement fédéral le 24/07/2018 ©BELGA

C’est décidé, le gouvernement permettra l’entrée d’un nouvel acteur sur le marché mobile lors de la vaste mise aux enchères du spectre qui aura lieu courant de l’année prochaine. A la clé, l’exécutif attend 680 millions d’euros minimum de l’opération.

Entrez c’est ouvert, tel est en substance le message lancé ce mardi par le gouvernement fédéral. Après d’intenses tractations, l’exécutif a finalement opté pour un cadre permettant l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile (de réseau) en Belgique, et ce à des conditions de concurrence qu’il juge "correctes et équitables vis-à-vis des opérateurs en place".

L’idée? Que l’opération débouche pour le consommateur sur une baisse des prix, plus d’innovation et un déploiement plus rapide de la 5G dans le pays… mais aussi sur quelque 679 millions d’euros minimum pour l’État, partagés entre Fédéral et entités fédérées, à l’occasion de la vaste mise aux enchères du spectre qui aura lieu courant de l’année prochaine – opportunité historique puisque ses résultats vaudront pour une période de 20 ans.

Pour tout savoir sur l'accord budgétaire conclu par le Fédéral ce mardi 24 juillet, lisez:

Notre explication en 4 points:

Notre live de la journée avec toutes les réactions: 

Nos analyses: 

Le secteur fait la moue

L’on s’en doutait, les réactions du secteur ne se sont pas fait attendre suite à cette décision. Proximus en tête. L’opérateur historique "regrette la décision du gouvernement", indiquait-il dans un communiqué publié en matinée, prise de position qu’Alexander De Croo, ministre des Télécoms, a rapidement taclé: "Proximus ferait mieux de se préparer plutôt que de critiquer son actionnaire majoritaire".

"Proximus ferait mieux de se préparer que de critiquer son actionnaire majoritaire."
Alexander De Croo
Ministre des Télécommunications

De manière plus générale, Agoria, fédération des entreprises technologiques représentant les opérateurs, dit espérer que la décision prise par l’exécutif "reflète une vision à long terme pour le marché", nous confie Ilse Haesaert, experte télécoms. La fédération a réitéré sa mise en garde sur l’emploi, l’investissement et la qualité de service.

Tout reste à faire

Des réactions fortes face à une porte désormais grande ouverte – et à un acteur européen ayant fait montre d’un intérêt concret récemment, sous couvert d’anonymat –, mais qui n’empêche que rien n’est fait pour autant, ce que le régulateur des télécoms (IBPT) encourageait mi-juillet, plaidant pour que l’option soit "laissée au choix du marché, s’il existe un intérêt commercial", et non poussée à tout prix.

Réserver la possibilité à un nouvel entrant ne veut donc pas dire qu’il se développera pour de bon et de manière pérenne dans le pays.

En 2011, Telenet Tecteo BidCo avait d’ailleurs acquis la quatrième autorisation 3G, avant de faire marche arrière. Tout comme Voyacom (aux mains du chinois Datang) ou encore Broadband Belgium. Réserver la possibilité à un nouvel entrant ne veut donc pas dire qu’il se développera pour de bon et de manière pérenne dans le pays. Pour le patron d’Orange Belgique, il n’y a d’ailleurs tout bonnement "pas de business case" pour cela, quand les différents marchés à quatre opérateurs sont passés à un modèle à trois ces dernières années.

Et pour cause, les freins sont nombreux, des permis de bâtir et d’environnement à obtenir pour tout déploiement à l’obligation (progressive) de couverture nationale endéans les 8 ans, ce qui passera par l’érection à court terme d’au moins 1.000 antennes (pour un coût estimé à 150 millions d’euros par l’IBPT) nécessaires à son fonctionnement dans le pays.

Et ce, sans compter l’impossibilité de revendre son lot sur une période de 6 ans, mesure devant éviter les comportements de spéculation. En revanche, le protocole d’accord signé jeudi soir entre le gouvernement bruxellois et les opérateurs télécoms pour faire de la capitale la première ville équipée de 5G de Belgique d’ici 2020 constitue une avancée pour draguer un acteur étranger.

Enfin, se pose évidemment la question du timing. En effet, "le dossier doit encore passer en comité interministériel avec les Régions, puis en comité de concertation en septembre, on espère , avant d’être étudié au Conseil d’État pour finalement que le parlement vote la loi (afin de modifier l’article 30 qui définit ce que doit payer un opérateur pour quelles bandes de fréquence, NDLR). De là, les arrêtés royaux seront seulement publiés pour fixer les conditions d’accès au marché mobile, ce qui permettra enfin à l’IBPT de commencer à préparer les enchères", explique Jimmy Smedts, porte-parole du régulateur. "L’on devrait alors être au deuxième, voire plutôt même au troisième trimestre de 2019".

En y ajoutant le nécessaire déploiement d’infrastructure, processus long et intense de par, notamment, les nombreuses demandes de permis à effectuer, quand bien même un nouvel acteur entamerait les démarches pour investir le marché, il ne faudrait pas s’attendre à en voir les premiers développements avant 2021 environ.

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