analyse

Pour l'IBPT, "rien ne justifie une augmentation des prix chaque année"

L’IBPT a décidé de revoir sa manière de réguler les prix pour l’accès aux réseaux des câblo-opérateurs. Le montant à payer pourrait bien chuter.

Une révolution tarifaire dans le monde des télécoms est-elle (enfin) en marche? Visiblement, l’IBPT, le régulateur du secteur, ne serait pas contre. C’est bien connu, la Belgique n’est pas vraiment la championne des prix bas pour ce qui est de l’accès internet, télé et mobile. Le constat était d’ailleurs encore confirmé il y a une grosse semaine par le régulateur lui-même, qui faisait le bilan pour 2018. On apprenait ainsi que les prix avaient encore augmenté l’an dernier. Si la hausse est moins importante que l’année précédente, ailleurs en Europe, la tendance est plutôt à la baisse des prix.

Afin de redynamiser la concurrence et voir les prix enfin baisser, l’IBPT a donc décidé de revoir sa copie concernant la régulation du câble belge. Actuellement en Belgique, tous les acteurs télécoms ne disposent pas de leurs propres infrastructures. Certains opérateurs comme Orange préfèrent l’option location d’un réseau existant. Pour éviter que les prix ne s’envolent, l’IBPT régule depuis 2010 les tarifs proposés par les propriétaires de câble aux opérateurs alternatifs. Un bon moyen de favoriser la concurrence et faire entrer de nouveaux acteurs. Du moins sur papier.

Ancien modèle de calcul

Dans la pratique, l’opération n’a pas vraiment porté ses fruits et les prix n’ont cessé de grimper depuis la régulation. Pourquoi? Car le modèle de régulation des prix n’était tout simplement pas efficace. Il reposait sur un modèle de "retail minus". Pour calculer le prix à payer par les opérateurs alternatifs, l’IBPT se basait sur les prix proposés par les opérateurs aux clients, auxquels l’institut soustrayait un pourcentage.

"Nous avions opté pour cette option car elle semblait être efficace et la plus simple et rapide à mettre en place", explique Axel Desmedt, membre du conseil de l’IBPT. Aujourd’hui, il admet que le principe avait ses limites. "Il faut savoir reconnaître ses torts. Cela n’a pas été plus rapide et cela a amené d’autres problèmes. Notamment au niveau de la stabilité des prix, puisque chaque nouvelle offre avait une influence sur les opérateurs alternatifs. Cette solution n’a pas rempli son objectif", explique encore le responsable.

Se baser désormais sur les coûts

L’IBPT propose donc de revoir son modèle. Pour son calcul de prix, l’institut veut désormais plutôt partir des coûts enregistrés par les opérateurs, auxquels une série d’éléments seront ajoutés, dont une marge pour l’opérateur loueur. Ce nouveau modèle devrait complètement modifier la donne des prix. Le calcul exact étant des plus complexes, rien ne vaut un exemple.

Nous pouvons espérer mettre en place les nouveaux tarifs à partir de l’année prochaine et donc voir rapidement les prix baisser.
IBPT

"Un opérateur alternatif qui aurait 80.000 clients par zone de couverture, qui diffuserait 120 canaux numériques et dont les clients consommeraient en moyenne 1,2 Mbps à l’heure de pointe, paierait les tarifs suivants pour l’année 2019: entre 13 et 16,5 euros pour l’internet seul selon l’opérateur loueur et entre 15 et 19 euros pour un pack internet-télé contre 20,29 euros actuellement", détaille dans un tableau l’IBPT.

Processus de consultation

La proposition de l’IBPT n’est toutefois pas encore actée. "Nous sommes dans un processus de consultation. Nous attendons donc désormais les commentaires des différents acteurs et nous pourrions donc apporter quelques modifications. Ils ont jusqu’au 6 septembre pour nous communiquer leurs remarques", explique Axel Desmedt. Le régulateur espère toutefois rapidement passer à l’étape suivante. "Il y a encore une série de validation à faire, notamment à l’échelon européen, mais nous pouvons espérer mettre en place les nouveaux tarifs à partir de l’année prochaine et donc voir rapidement les prix baisser", explique-t-on à l’IBPT. Avec un marché plus accessible, il n’est pas à exclure de voir arriver de nouveaux acteurs. "C’est tout à fait possible", confirme le responsable de l’IBPT.

13
euros
Selon un analyste, le prix de gros pour le service "internet only" d’Orange pourrait passer de 20,29 euros à 13 euros environ.

Orange et Telenet ont préféré ne pas communiquer sur le sujet, expliquant vouloir d’abord analyser en profondeur la proposition émise par l’IBPT, qui s’étale tout de même dans un document de 150 pages. Le consommateur devrait, lui, apprécier ce changement. "Nous n’avons pas d’objectif sur un niveau de prix à atteindre. Cela sera au marché de jouer son rôle. Nous devons reconnaître qu’en Belgique nous avons de très bons réseaux avec une excellente connectivité. Le fait de payer un peu plus qu’ailleurs peut donc se justifier. Mais est-ce que cela justifie une augmentation des prix chaque année? Pour nous la réponse est non", conclut Axel Desmedt.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n