chronique

Pourquoi Agoria et Petra De Sutter refusent-ils le débat sur la 5G?

Cofondateur et économiste, Orcadia Asset Management

En détournant les études scientifiques et en considérant qu’être critique relève d’un problème psychologique, Agoria et Petra De Sutter ne font qu’alimenter l’opposition à la 5G.

Je n’y connais rien à la 5G, que ce soit sur le plan environnemental ou sanitaire ou encore économique, et suis tout sauf un adepte des théories du complot mais la manière dont les partisans de la 5G s’y prennent a tout pour susciter la plus grande suspicion.

Sur le plan économique, la 5G est présentée en lien avec la digitalisation comme une des pièces maîtresses de la relance économique. Outre que nous n’avons pas besoin de « relance » mais bien de réorientations et de réformes, au vu des applications potentielles de la 5G, on a peine à y voir un enjeu majeur. Nos entreprises ont besoin de main-d’œuvre bien formée et apte à apprendre et à s’adapter, bien plus que de 5G.

Etienne de Callataÿ. ©BELGAIMAGE

Sur le plan de la santé, que les partisans de la 5G osent dire que nous ne savons pas tout de ses effets. Sur ce que l’on sait, le danger de cancer apparaît limité mais néanmoins ne peut être écarté.[1] Mais ce n’est pas tout, car il y a ce que nous savons ne pas encore savoir. « Le Panel pour l’avenir de la science et de la technologie du Parlement européen a dévoilé hier les conclusions de ses études sur l’impact sanitaire et environnemental de la 5G. (…) l’étude déplore surtout qu’aucune étude adéquate n’ait été menée pour les fréquences supérieures à 24 GHz et qu’il est donc impossible d’évaluer les risques d’une exposition à long terme. ».[2]

Intérêt général et intérêt catégoriel

Sur le plan environnemental, The Shift Project, pas vraiment technophobe à en juger par le soutien de son Président J.-M. Jancovici à une prolongation du nucléaire, est formel : « Sur la 5G, un constat fait consensus : son déploiement en masse sur les territoires entraînera une augmentation de la consommation énergétique associée, notamment de par ses effets induits. »[3]

Il y a différentes manières de ne pas faire droit au débat. Tronquer l’analyse scientifique en est une. Insulter l’autre en est une autre, et Petra De Sutter s’y emploie

Dans l’Écho du 20 mai dernier, Bart Steukers écrit, en tant que CEO d’Agoria, que la 5 G «pourra accélérer la transition environnementale» et cite, à l’appui, une étude de l’Université de Zurich.

Voilà qui est doublement regrettable. C’est nier qu’il y a un débat sur le sujet… et c’est instrumentaliser cette étude dont la conclusion est pourtant d’une tout autre nature que ce que Mr Steukers laisse entendre: «Afin de mettre la 5G au service de la protection du climat, il est donc nécessaire d’exploiter systématiquement le potentiel de protection du climat des cas d’utilisation soutenus par la 5G et d’atténuer les risques qui pourraient conduire à une augmentation des émissions de GES (équipements TIC supplémentaires nécessaires, effets de rebond).»[4]

Pourquoi la seconde partie de la phrase est-elle ignorée par Agoria ? Pas par manque d’espace que Mr Steukers préfère utiliser pour plaider contre l’arrivée de nouveaux opérateurs. Tiens donc ! Pourtant, « un nouvel acteur télécom réduirait nos factures de 13% » avons-nous lu par ailleurs (L’Echo, 3 juin 2021). Intérêt général et intérêt catégoriel ne font pas bon ménage !

Pourquoi je suis méfiant

Il y a différentes manières de ne pas faire droit au débat. Tronquer l’analyse scientifique en est une. Insulter l’autre en est une autre, et Petra De Sutter s’y emploie. « On peut aussi demander l’intervention de spécialistes comme des psychologues afin d’analyser pourquoi nous en sommes arrivés à un tel niveau de méfiance », déclare-t-elle à l’Echo (14 mai 2021). Je ne pense pas souffrir d’un trouble psychologique en lien avec la 5G, la technologie ou l’action des pouvoirs publics, mais ai simplement lu des avis scientifiques crédibles évoquant des dangers potentiels, et les autorités ne semblent pas vouloir le reconnaître. Voilà pourquoi je suis méfiant.

En détournant les études scientifiques et en considérant qu’être critique relève d’un problème psychologique, Agoria et Petra De Sutter ne font qu’alimenter l’opposition à la 5G.

S’il vous plait, en disant cinq fois la même chose, ne nous prenez pas pour des idiots, admettez qu’il puisse y avoir des contre-arguments.

Que devraient-ils faire à la place ? C’est simple : débattre et envisager une solution intermédiaire. Reprenons la recommandation de The Shift Project: « Comment déployer une « 5G raisonnée», par opposition à une 5G de masse ? A quels usages se limiter et comment les choisir ? A-t-on vraiment besoin des services de la 5G à titre individuel et dans quelle mesure va-t-elle contribuer à réduire ou, au contraire, à augmenter la fracture numérique ? Ou doit-on privilégier des usages spécifiques (dans les domaines de la santé et de l’industrie par exemple) ? »

S’il vous plait, en disant cinq fois la même chose, ne nous prenez pas pour des idiots, pratiquez l’honnêteté intellectuelle, admettez qu’il puisse y avoir des contre-arguments, respectez les avis divergents et faites droit au débat.

Etienne de Callataÿ
Co-fondateur et économiste, Orcadia Asset Management

[1] Source : https://www.cancer-environnement.fr/289-Vol-102--Cancerogenicite-des-champs-electromagnetiques-de-radiofrequences.ce.aspx

[2] Source : Mathieu Pollet, 5G : une nouvelle étude déplore le manque de recherche sur les fréquences les plus hautes, Euractiv, 1er juin 2021, https://www.euractiv.fr/section/economie/news/5g-une-nouvelle-etude-deplore-le-manque-de-recherche-sur-les-frequences-les-plus-hautes/

[3] Source : The Shift Project, Impact environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G, Note de synthèse, mars 2021.

[4] Source : J. Bieset et al., Next generation mobile networks. Problem or opportunity for climate protection?, University of Zurich, October 2020.

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