interview

"Proximus a atteint ses objectifs de croissance avec un an d'avance"

©Kristof Vadino

Dominique Leroy, la CEO de Proximus, dit être opposée à la régulation du mobile. D’après elle, si Voo et Telenet avaient ouvert d’initiative leur réseau câblé et proposé des accords commerciaux, ils auraient évité l’intervention du régulateur.

Comment qualifiez-vous les résultats trimestriels de Proximus ?
Nous sommes franchement satisfaits des résultats. Nous avions revu la guidance à la fin du deuxième trimestre et les prévisions de croissance se confirment pour le troisième trimestre. Nous avons attiré de nouveaux clients dans toutes les branches. Nous sommes d’autant plus heureux que nous atteignons la croissance en 2015 alors que nous l’avions envisagée pour 2016.

C’est le fruit de beaucoup de transformations et de changements dans l’entreprise. Nous avons remis le client au centre de nos préoccupations. Nous avons changé beaucoup de choses au niveau de la télévision avec une interface beaucoup plus graphique et plus intuitive. Nous avons une offre sportive beaucoup plus intéressante (accord avec Eleven, Champions League, Jupiler League, Proximus League au niveau belge, mais également le Calcio, la Ligue 1 française, la Liga espagnole, la NBA, etc.). Nous avons signé un accord avec bpost pour aller changer jusqu’à 400.000 décodeurs et offrir le nouveau modèle à nos clients et leur permettre d’avoir accès aux dernières technologies disponibles. Nous poursuivons aussi les investissements pour amener la fibre optique le plus près possible de nos clients. En mobile, nous avons l’objectif de couvrir l’ensemble du pays en outdoor 4G pour la fin de l’année. Nous sommes aujourd’hui à 97,8%.

Ces bons résultats sont tout bénéfice aussi bien pour l’entreprise que les actionnaires…
Nous essayons d’avoir plus de ressources pour pouvoir investir plus. Nous avons fixé le dividende pour 3 ans à 1,50 euro par an jusqu’en 2016. L’objectif est d’investir plus. Par le passé, nous investissions environ 750 millions par an en réseau. Aujourd’hui, nous sommes passés à des investissements de 900-950 millions.

"Avec la nouvelle loi, l’engagement de contractuels ne sera plus une exception chez Proximus."

Que pensez-vous de la nouvelle loi en discussion sur la privatisation?
Elle a trois grands volets. Le premier volet, c’est de voir comment on peut changer la gouvernance au niveau de l’entreprise, c’est-à-dire avoir un conseil d’administration qui nomme le CEO, etc. Ce volet vise à rapprocher la gouvernance de celle d’une société privée. Le deuxième volet, c’est de changer des restrictions sociales qui n’étaient plus appliquées, comme le fait de n’engager que des fonctionnaires parce que nous sommes une entreprise publique. Ici, on a tout mis en conformité et c’est plus confortable. On va pouvoir engager des contractuels sans que ce ne soit une exception.

Et le troisième volet..
C’est le plus controversé. Il offre la possibilité au gouvernement de descendre sa participation sous les 50% (l’Etat détient aujourd’hui 53% du groupe, NDLR), avec une procédure simplifiée, c’est-à-dire un accord au niveau du conseil des ministres et un arrêté royal. Il y a un garde-fou important qui a été mis dans la loi. C’est que cette diminution de participation ne peut être faite que si elle a un sens économique et qu’elle se justifie par rapport à la création future de valeurs de l’entreprise. Cela permet d’éviter que quelqu’un dise qu’il faut se désengager de Proximus par idéologie ou autre. Je n’ai entendu aucun ministre dire pour l’instant qu’il avait l’intention de vendre Proximus à court terme.

"L’important, c’est d’avoir un actionnaire stable de référence qui garantisse l’ancrage belge de Proximus."

Cette possibilité pour l’Etat de descendre en dessous des 50% est-elle souhaitable?
J’ai toujours dit que ce qui est important pour moi, c’est d’avoir un actionnaire stable et à long terme. Nous sommes dans une entreprise où il y a énormément de transformations et où l’on investit beaucoup dans la transformation de nos réseaux. Cela veut dire que la rentabilité est sur le long terme. Pour cela, c’est important d’avoir un actionnaire stable. Est-ce que cela veut dire qu’il doit garder 53,5% de l’entreprise ou être un peu en dessous de 50%, ça, c’est le gouvernement qui décidera. Cela dépendra aussi du rapport qui sera rendu par Nomura et Leonardo à la mi-novembre. En fonction de tous ces paramètres, il faudra que le gouvernement décide. À titre personnel, ce qui est important, c’est d’avoir un actionnaire stable de référence, qui puisse assurer un ancrage belge à l’entreprise.

Que pensez-vous de l’attitude du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) qui a reporté sa décision sur l’ouverture du câble?
Les problématiques aujourd’hui en ce qui concerne le CSA sont principalement de prix. Il y a d’abord eu une ouverture du câble avec un premier prix, sur lequel ils se sont mis d’accord. Ce qui s’est passé, c’est qu’après, Mobistar est revenu à la charge et a demandé un prix plus bas. Aujourd’hui, il y a une deuxième demande avec un prix beaucoup plus bas. On se demande si ce prix n’est pas trop bas, dans la mesure où il y a toute une série de services qui ont été valorisés (système du retail minus)? Ils partent du prix vendu, ils enlèvent une série de services que le régulateur a valorisés à un montant X et aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui estiment que ces montants sont trop élevés, y compris nous. Proximus a fait des remarques au régulateur pour dire que la manière dont le prix a été calculé est peut-être un peu limite.

Êtes-vous confiante?
La question est de savoir quel est le prix correct sur le câble, sachant qu’il faut valoriser le plus correctement possible ces éléments. Un autre point important est qu’il y a encore une déduction supplémentaire pour le premier entrant, c’est quelque chose que l’on n’a jamais vu nulle part dans aucun marché. Ce serait une première européenne. C’est étonnant qu’un régulateur fasse ce genre d’offre.

"Personnellement, je suis contre la régulation. Elle est nécessaire quand un marché n’est pas concurrentiel. Il n’y a donc pas de nécessité de réguler le mobile."

Pensez-vous qu’il faut réguler le mobile?
Il n’y a pas de nécessité de réguler le mobile. Il y a aujourd’hui trois réseaux en Belgique, qui sont ouverts et il y a à peu près 20 opérateurs qui offrent des services mobiles. Personnellement, je suis contre la régulation quand elle n’est pas nécessaire. Elle fait sens quand un marché n’est pas assez concurrentiel. Mais à partir du moment où il est ouvert et est concurrentiel, il faut surtout diminuer la régulation parce que l’on vit dans une démocratie, dans un pays où il y a la libre entreprise et la libre concurrence. C’est un principe auquel j’adhère, il faut le garder. La régulation ne doit venir que dans les cas où cette libre concurrence ne se fait pas naturellement. Voo et Telenet auraient bien pu ouvrir leur réseau et proposer des accords commerciaux. Ils n’ont jamais accepté de le faire. On aurait pu éviter la régulation du câble. À un moment donné, le régulateur doit intervenir pour forcer cette ouverture.

Que pensez-vous de la décision de la Justice européenne qui a donné raison aux communes sur la taxe pylônes?
L’un de nos arguments a été rejeté au niveau de l’Europe.

©Kristof Vadino

Quelle est votre position au regard de la décision?
Je pense que les gouvernements régionaux et fédéral doivent dire ce qu’ils veulent. On pleure en Europe et en Belgique en disant que l’on n’a pas l’infrastructure digitale suffisante pour concurrencer les Etats-Unis et l’Asie. On dit qu’on n’a pas l’infrastructure adaptée pour pouvoir aider nos entreprises, nos start-ups à obtenir ce qu’elles veulent. La situation en Wallonie est la plus difficile puisqu’elle est la région la moins densément peuplée. Il y a des endroits en Wallonie où les gens n’ont pas une bonne connexion. Si maintenant on commence à taxer cette infrastructure, on est un peu schizophrène.

Il y a un plan numérique; mis en avant par la Région wallonne et son ministre de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS), dont le but est de développer l’économie digitale en Wallonie, en augmentant la qualité de l’infrastructure afin de favoriser les start-ups. Dans le même temps, on taxe l’infrastructure! Sachant en plus que mettre une infrastructure dans des régions peu peuplées, c’est très difficile en termes de rentabilité pour nous. Au plus on va rendre la rentabilité difficile, au moins on va aller dans ces régions. C’est là que je trouve que c’est un peu dommage qu’au niveau politique, on n’essaie pas de voir avec nous comment on pourrait trouver des solutions et justement investir dans ces régions où il n’y a pas suffisamment de couverture. Le choix de la taxe sur les pylônes ne va pas dans le sens de l’économie digitale.

Vous êtes d’accord d’investir à condition de supprimer la taxe pylônes?
Je ne pense pas qu’il faille faire du chantage, mais rationnellement, on doit regarder la rentabilité de l’investissement. Nous sommes aussi cotés en Bourse et les investisseurs privés s’attendent à ce que nous prenions des mesures rationnelles de rentabilité. Au plus vous allez augmenter le coût de l’infrastructure, au moins ce sera rentable.

"L’audition de Stefaan De Clerck dans le Kazakhgate n’entache pas notre image"

Que pensez-vous des développements du Kazakhgate dans lequel apparaît le nom de votre président Stefaan De Clerck?
Il est simplement entendu comme témoin. Il était ministre de la Justice à l’époque et il est normal qu’il soit entendu. Aucun reproche ne lui a été fait. Et cela n’entache pas l’image de l’entreprise.

Quid de la situation de votre prédécesseur, Didier Bellens, qui vient d’être blanchi en chambre des mises en accusation pour des faits de corruption?
Il était important que l’on puisse mettre les choses à plat et que la Justice fasse son travail.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés