Proximus à la chasse aux millions pour son projet fibre optique

L'opérateur dispose de plusieurs cordes à son arc pour financer son projet de déploiement de la fibre optique. ©Peter Hilz

Après sa filiale BICS, Proximus s’interroge sur son positionnement dans Be-Mobile. Revoir ses investissements est une solution pour récupérer des millions pour son projet fibre optique. Mais d’autres options sont également sur la table.

Connecter 2,4 millions de ménages belges à la fibre optique d’ici 2025. Sur le marché fixe, l’ambition de Guillaume Boutin, le patron de Proximus, est désormais bien connue. Si son réseau cuivré fonctionne bien et a l’avantage d’être particulièrement bien fourni, il a fait son temps. Place donc à l’avenir et à la vitesse de la lumière. Le côté piquant d’une telle ambition se situe en bas de la facture. Implanter un réseau de fibre optique coûte un sacré paquet d’argent. En chiffres, cela donne des montants à investir qui dépassent le milliard d’euros.

Comment financer tout ça? Le patron de Proximus dispose de plusieurs cordes à son arc, certaines plus solides que d’autres. Français d’origine, Guillaume Boutin a surement dû jeter un coup d'œil attentif à ce qui se passe actuellement dans son Hexagone natal. Là-bas aussi, il est largement question d’investissement dans la fibre optique. Avec le sérieux avantage pour les opérateurs que le gouvernement français s'est décidé à  donner un joli coup de pouce pour amener la connexion 2.0 chez ses citoyens. Le plan "France très haut débit", lancé en 2013, prévoit un investissement de 20 milliards d’euros pour connecter 80% des Français à la fibre optique d’ici 2022. Merci Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique, et ses prédécesseurs, visiblement convaincus de l’intérêt de connecter les Français au très haut débit. Guillaume Boutin a donc sûrement pensé à frapper chez Monsieur De Backer, le ministre fédéral des Télécoms, pour lui faire part de la bonne idée de ses compatriotes. Il y a probablement aussi très vite renoncé. Si un soutien était peut-être envisageable il y a quelques mois, le Covid-19 a mis fin au débat avant même qu’il ne soit mis sur la table. L'État a aujourd’hui des feux à éteindre ailleurs.

Le charme des partenariats

Il faudra donc se passer de l’aide publique. Mais il ne faut pas nécessairement y aller seul pour autant. Le travail en partenariat est d’ailleurs devenu la marque de fabrique du patron. Quand il parle très gros projets, Guillaume Boutin aime s’entourer. La collaboration récente avec Belfius sur le développement de l’app MyProximus et le partenariat avec Orange sur l’infrastructure mobile en sont les meilleurs exemples. Aujourd'hui, une collaboration sur la partie fixe paraît même presque une évidence. Le CEO le martèle dès qu’il le peut, son réseau fixe est ouvert et tous ceux qui veulent y participer sont les bienvenus. Le déploiement se fera d'ailleurs avec Eurofiber et Delta Fiber, deux entreprises spécialisées dans la mise en place de la technologie. Le patron aimerait encore aller plus loin et pourquoi pas, embarquer un concurrent dans l’aventure. L’appel du pied à Telenet n’est même plus caché sous la table.

Le patron le martèle dès qu’il le peut, son réseau fixe est ouvert et tous ceux qui veulent y participer sont les bienvenus.

Partager la note allègerait la comptabilité. Mais il faudra, quoi qu’il arrive, régler encore une bonne partie de la facture. Proximus a forcément besoin de cash. Le patron a déjà commencé à rassembler sa cagnotte. Il a d’abord diminué le dividende, le faisant passer de 1,5 à 1,2 euro par action. Une décision forte qui n’avait plus été prise depuis l’arrivée de Dominique Leroy à la tête du groupe. Gain estimé: 100 millions d’euros par an. La société a des comptes sains. C’est plutôt une bonne nouvelle lorsqu’il s’agit d’aller parler avec son banquier. Proximus pourra ainsi augmenter sa dette, a priori sans trop de problèmes, de 600 millions d’euros.

"Il s’agit [les interrogations sur les investissements dans les filiales BICS et Be-Mobile] d’une remise en question qui a lieu régulièrement et qui est un processus sain."
Proximus

Pour boucler le budget, l’opérateur peut aussi faire l’inventaire de ce dont il n’a plus besoin. Ou du moins, revoir les investissements qui ne sont plus considérés comme indispensables. Les discussions ne sont désormais plus cachées. Les investissements dans BICS et Be-Mobile pourraient être les premiers revus à la baisse. "Il s’agit d’une remise en question qui a lieu régulièrement et qui est un processus sain", relativise-t-on chez Proximus. Difficile de donner tort à la communication de l’entreprise qui n’aurait rien à gagner à hâter les annonces de baisse de participation. En réduisant ses parts dans une série de filiales, elle pourra toutefois récupérer plusieurs dizaines de millions d’euros.

Diminuer la brique

Enfin, la voilure immobilière devrait également être revue à la baisse. En avril dernier, Guillaume Boutin avait confirmé étudier l'option. De quoi faire rentrer jusqu’à 700 millions d’euros supplémentaires. L'idée semblait intéressante depuis longtemps. Elle paraît encore plus évidente aujourd'hui. Chez Proximus, le télétravail est encore largement la norme. Au point de se demander si les emblématiques tours à côté de la gare du Nord à Bruxelles sont encore si indispensables que cela. Depuis un certain confinement, débuté en mars, la question doit forcément se poser.

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