analyse

"Proximus doit se transformer pour mettre la Belgique sur la carte digitale" (Dominique Leroy)

©BELGA

L’opérateur historique se prépare à une mue de fond, avec un plan de restructuration à la clé. A la lumière de ses résultats, se pose une question: où en est-il?

Avec 2018 derrière le dos, l’heure est désormais au bilan pour Proximus. En bref, l’année aura été marquée par un contexte de marché difficile pour l’opérateur historique. Pour autant, "nous avons atteints tous nos objectifs", évoquait ce vendredi Dominique Leroy, CEO, qui se dit "fière de résultats en ligne avec les attentes du marché", avec un chiffre d’affaires de 5,8 milliards d’euros (+0,5%), une marge directe en hausse à 63,5%, et un excédent brut d’exploitation (ebitda) d’1,87 milliard d’euros (+2,4%), "mais surtout encore forts au niveau commercial."

1/ Commercial: segmentation accrue des offres

Ce qui n’a rien eu d’une sinécure, de par l’omniprésence de promotions agressives de la concurrence, dit la patronne, quand l’effet de la concurrence des Netflix et autres WhatsApp connaît une "nette augmentation", tendance désormais aussi observée du côté du marché des entreprises. Pour autant, l’opérateur a tout de même connu une croissance de 3,5% de ses abonnements mobiles (4 millions de cartes désormais) sur l’année, réalité dopée par la généralisation progressive de l’illimité mobile et d’offres mieux segmentées pour les différents types de profils de consommateur, notamment jeunes.

Nous avons "une croissance du chiffre d’affaires de 7,5%, quand le revenu moyen par foyer a augmenté de 0,9% en un an."
Dominique Leroy

Une adaptation qui doit l’aider à l’avenir. Côté fixe, Proximus a attiré 48.000 nouveaux foyers sur 2018, qui utilisent quatre produits ou plus, signe de la réussite de stratégie de convergence entreprise il y a de ça quelques années déjà. "Cela se traduit par une croissance du chiffre d’affaires de 7,5%, quand le revenu moyen par foyer a augmenté de 0,9% en un an", a détaillé Dominique Leroy. Ce qui peut notamment s’expliquer du fait qu’"on a fortement diversifié notre offre côté contenu, point sur lequel on a peut-être été historiquement moins présent", à la différence d’un Telenet.

2/ Financier: "très peu endetté"

Un discours positif côté commercial, qui se retrouve aussi côté financier où Sandrine Dufour, CFO, a rappelé que Proximus est une société "très peu endettée". Du reste, si les dépenses domestiques se sont élevées à 1,65 milliard d'euros pour 2018, au niveau groupe, elles ont augmenté d’1,6% suite aux coûts opérationnels liés à l'acquisition de plusieurs entreprises.

Un élément ponctuel qui n’a pas permis de constater les "efforts structurels" menés par ailleurs. Pour ce qui est des prévisions 2019, chiffre d'affaires domestique et ebidta du groupe devraient, respectivement, "être pratiquement stable" et "rester sable" par rapport à 2018. Sinon, en lien avec l'engagement à 3 ans annoncé en 2016 déjà, le groupe a reconfirmé un dividende stable d’1,50 euro par action sur les résultats de 2018 et 2019.

3/ Social: 1.900 emplois dans la balance

Un but clair qui sera accompagné, au passage, d’un programme de réduction de coûts de l’ordre de 240 millions d’euros d’ici 2022. Ce qui passera, entre autres, par le (possible) licenciement de 1.900 personnes (pour 1.250 embauches de nouveaux talents) parmi les quelque 13.000 collaborateurs que compte l’opérateur.

Le plan #shifttodigital, de son petit nom, "amène des changements avec lui qui ne sont pas toujours facile", a reconnu Dominique Leroy, alors que les discussions avec les partenaires sociaux se poursuivent depuis l’annonce début janvier. Sur ce point, "nous sommes toujours en phase d’information et de consultation", dit-elle. "Nous avons eu 10 journées complètes d'information avec les partenaires sociaux et reçu plus de 500 questions auxquelles nous sommes encore en train de répondre. Nous espérons pouvoir entrer en phase de négociation dans les prochaines semaines, voire les prochains mois".

Du reste, si la confidentialité est maintenue d’ici à la phase suivante, la patronne a tout de même rappelé son objectif de "devenir une entreprise digitale entièrement centrée sur le client", ce qui doit aussi permettre de "mettre la Belgique sur la carte du digital". L’opérateur veut "être sur le premier écran de chaque smartphone en Belgique". 

Pour ce faire, il entend travailler, entre autres, côté employés, à la mutation de ses agents de call centers en "coaches digitaux", à l’évolution de ses boutiques en "experience stores", à "l’embauche et de la reformation de sa force de travail vers des employés technophiles", de même qu’à la refonte des manières de travailler ou encore des règles en matière de ressources humaines pour "s’assurer d’être à jeu égal avec la concurrence locale" – certains des avantages dont bénéficient les statutaires ont, historiquement, été élargis aux contractuels, "héritage du passé qui nous handicape aujourd’hui."

4/ Régulation: une pression supplémentaire

Surtout que le cadre légal n’aide pas, d’après l’opérateur. À la veille de l’entrée en vigueur, le 15 mai, de la régulation des tarifs des appels internationaux en Europe, Dominique Leroy a rappelé un impact de 100 millions d'euros en 3 ans sur l’Ebitda suite à suppression des frais de roaming dans l’Union. La patronne a clairement souligné une "pression régulatoire supplémentaire" à laquelle doit faire face Proximus, de par les conséquences de l’ouverture du câble, de l’arrivée d’un nouveau simulateur de tarifs, de la facilité accrue de changer d’opérateur fixe ("Easy Switch"), ou, encore, d’un possible 4ème opérateur.

5/ Diversification: acquisition de "petites sociétés à l’expertise très pointue"

©EPA

Pour faire face à cette donne, de même qu’à l’érosion d’activités classiques comme la téléphonie fixe ou les cartes prépayées, l’entreprise vise notamment la diversification, permettant d’aller chercher de la croissance hors de ses métiers historiques. A cette fin, "nous avons réalisé de nombreuses acquisitions de petite sociétés mais à l'expertise très pointue" (cybersécurité, mobilité intelligente,...) sur 2018, a souligné la CEO.

Au total, Proximus aura consacré 51 millions d'euros à la croissance externe l’an passé, dopant ainsi de 24 millions d'euros les revenus de ses activités ICT (et raflant des opportunités aux acteurs traditionnels du secteur). Pour la suite, il se murmure que l’opérateur pourrait d’abord envisager de digérer toutes ces opérations – d’ailleurs, il n’y aurait pas de nouveau dossier à l’étude pour l’heure – avant de poursuivre, même s’il restera ouvert aux opportunités.

6/ Intégration: le fournisseur de services au Gafa permet à Bics de grandir à nouveau

"En 2018, nous avons investi pour plus ou moins un 1,019 milliard d'euros", sans compter le renouvellement des contrats foot de 2017.
Sandrine Dufour

Une stratégie qui semble porter ses fruits, du moins dans un cas spécifique. En effet, le pari à 230 millions de dollars de Proximus de racheter, en 2017, via sa filiale internationale Bics, l’américain TeleSign qui fournit des services digitaux aux Gafa, a permis à une activité jusque-là en recul progressif dans ses métiers traditionnels d’enregistrer un ebitda en hausse de 7,7%. "On peut désormais parler d’une intégration réussie avec la concrétisation de synergies", commente Sandrine Dufour, CFO.

7/ Investissements: effort maintenu

Du reste, Proximus oeuvrera à poursuivre ses dépenses d'investissement (Capex) à un rythme similaire à l’année écoulée. "En 2018, nous avons investi pour plus ou moins un 1,019 milliard d'euros", sans compter le renouvellement des contrats foot de 2017, évoque Sandrine Dufour. "On a fourni beaucoup de travail pour continuer à améliorer notre réseau". Côté fibre, un déploiement a été effectué dans 9 villes en 2018. Proximus en veut 7 de plus en 2019.

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