analyse

Proximus, entreprise télécom cherche patron idéal

©BELGA

Dominique Leroy quitte Proximus. Les qualités nécessaires pour la remplacer ne sont plus forcément les mêmes qu’à sa nomination.

L’annonce du départ de Dominique Leroy digérée, il faut désormais penser à lui trouver un remplaçant. Le choix sera complexe et les aptitudes nécessaires pour occuper le siège de CEO sont nombreuses. L’image un poil poussiéreuse de Belgacom est aujourd’hui bien loin. Avec la transformation digitale, chez Proximus, on parle désormais plateforme en replay, télévision interactive et même cloud gaming. Une dynamique qui collerait plutôt bien avec un visage moderne et fin connaisseur de ces questions. "Il ne faudrait pas nécessairement une expérience télécom", explique d’ailleurs Bruno Wattenbergh, senior advisor et ambassadeur de l’innovation chez EY.

"Le marché est bien maîtrisé chez Proximus, c’est par contre moins le cas pour les nouveaux business models et les services digitaux qui représentent l’avenir de l’entreprise". Un profil spécialisé dans la technologie et l’innovation sera également une des clés selon le cabinet de recrutement Russell Reynolds.

Être orienté innovation et technologie

À la nomination de Dominique Leroy, le chasseur de tête était déjà à la barre pour trouver le successeur idéal de Didier Bellens. "À l’époque, la priorité était de trouver un profil orienté consommateur, ce qu’était Dominique Leroy, puisqu’elle était en charge du commercial, explique Jean Van den Eynde, managing director du cabinet. Aujourd’hui, l’aspect technologique est encore plus important. Avoir une excellente vision de l’innovation et de la technologie est essentiel."

Proximus a de plus un service de ressources humaines efficace et compétent. Il ne serait donc pas utile d’engager un spécialiste de la restructuration. Le message envoyé ne serait d’ailleurs pas très bon.
Chasseur de tête

Le "shift to digital" est aussi accompagné d’un solide plan de restructuration. Un spécialiste de ce genre d’opération délicate ne serait-il dès lors pas un bon candidat? "Il y a gros à parier que les syndicats vont profiter de ce départ pour remettre en question des éléments du plan. Une bonne connaissance du milieu syndical et une solide expérience de la négociation avec les délégations seront nécessaires", ajoute Bruno Wattenbergh.

La qualité est essentielle mais fait désormais pratiquement partie de la boîte à outils de tout bon patron. "Proximus a de plus un service de ressources humaines efficace et compétent. Il ne serait donc pas utile d’engager un spécialiste de la restructuration. Le message envoyé ne serait d’ailleurs pas très bon", explique encore le chasseur de tête.

L'argent, pas le motif premier

Prendre la direction du navire Proximus, c’est devenir le capitaine d’une des entreprises les plus importantes du pays, composée de 13.000 travailleurs avec un chiffre d’affaires de plus de 4,5 milliards d’euros. Un sérieux défi qui valorise. Un peu moins du côté du salaire. C’est connu, mais pour devenir le patron du géant, il ne faut pas être motivé en priorité par l’argent. Proximus ne joue tout simplement pas dans la même cour que ses concurrents sur le marché européen.

Satisfaire les actionnaires

Il faudrait une expérience des négociations avec le monde politique et les institutions.
Bruno Wattenbergh

Parmi les autres qualités nécessaires, la ténacité figure aussi en haut de la liste. À la tête de Proximus, il faut pouvoir se plier en quatre pour satisfaire l’actionnaire public: assurer un dividende, continuer à investir dans l’innovation, proposer un prix bas pour le consommateur et ne pas trop toucher à l’emploi.

"Le futur CEO va devoir composer avec ces objectifs incompatibles. Il faudrait donc une expérience des négociations avec le monde politique et les institutions", confirme Bruno Wattenbergh. Mission compliquée mais pas impossible. "C’est souvent la critique que l’on fait aux entreprises publiques. Mais les actionnaires privés aussi ont parfois des attentes différentes qu’il faut combiner. Madame Leroy y parvenait bien et sa relation avec l’État était assez bonne, ce qui prouve que c’est possible", glisse le spécialiste du recrutement.

Et comme si la question du remplacement du CEO n’était pas assez complexe, les renouvellements de postes importants à la tête du télécom semi-public sont nombreux. Stefaan De Clerck, le président du CA, arrive à la fin de son mandat tout comme sept autres sièges des quatorze qui composent le conseil d’administration.

Les challenges sont donc nombreux, mais pas insurmontables. "La situation est d’ailleurs sans doute plus simple à gérer que lors du remplacement de Didier Bellens. À l’époque, le CA n’était pas soudé. Aujourd’hui, la situation est plus sereine et une véritable équipe s’est créée. La position du politique est aussi bien différente et certainement moins sur les dents que lors du précédent changement de direction", explique Jean Van den Eynde. C’est déjà ça.

Notre dossier sur la démission de Dominique Leroy

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