analyse

Proximus est désormais seul maître à bord chez Bics

©Wouter Van Vooren

Après avoir songé vendre une partie de ses actions, Proximus reprend finalement l'intégralité de Bics. Un nouvel investissement lourd mais logique, selon Guillaume Boutin.

La période est visiblement aux emplettes chez Proximus. Moins de deux mois après avoir fait l'acquisition de l'opérateur Mobile Vikings pour la coquette somme de 130 millions d'euros, l'opérateur semi-public a décidé ce mardi de ressortir le chéquier. Proximus vient de confirmer le rachat des 42,4% de parts de Bics qui lui manquaient. Le tout pour 217 millions d'euros. L'opération lui permet en parallèle de récupérer l'entièreté de la société américaine TeleSign, rachetée par Bics il y a quelques années et active dans l'identification digitale.

57,6%
Parts de BICS
Avant le rachat de Bics, Proximus partageait l'actionnariat avec Swisscom (22,4%) et MTN (20%).

Nouveau CEO

Fondée il y a plus de deux décennies, Bics est une entreprise spécialisée dans la gestion des communications et les transferts de données internationaux. Jusqu'ici, l'entreprise était codétenue avec Swisscom (22,4%) et l'opérateur sud-africain MTN (20%).

"Matteo Gatta, le nouveau CEO de Bics, est l'un des meilleurs cerveaux de Proximus et relèvera admirablement ce nouveau défi."
Guillaume Boutin
CEO de Proximus

La situation ne satisfaisait plus ce dernier. L'opérateur africain avait fait part de son souhait de sortir de l'actionnariat. "Une réflexion pour trouver une solution a donc débuté il y a deux ans, avant même mon arrivée", précise Guillaume Boutin, le CEO de Proximus. Plusieurs possibilités étaient alors à l'étude. En juillet dernier, il était même question d'une sortie, au moins partielle, de l'opérateur belge. Proximus était alors prêt à se défaire de 8,6% et ainsi perdre sa majorité. Laisser le pouvoir de décision à un nouvel actionnaire avait permis d'attirer les candidats. Les négociations avec un nouvel acquéreur étaient tout proche d'aboutir durant l'été. Les discussions prirent toutefois brusquement fin, remettant le sujet au placard.

Le dossier revint finalement sur la table il y a quelques semaines avec la nomination du nouveau CEO de Bics, Mattéo Gatta, signe avant-coureur que le dossier avait repris des couleurs. "Cette nomination faisait partie du renouveau que nous souhaitions mettre en place. Daniel Kurgan, qui fut CEO durant des années, a fait un excellent travail, mais nous avions besoin d'une autre vision. L'entreprise évolue très vite. Par exemple, la voix qui était l'activité essentielle auparavant n'est plus qu'une partie minoritaire du travail", explique le patron de Proximus.

"Je connais très bien Matteo Gatta pour avoir déjà travaillé avec lui (avant sa nomination, le nouveau CEO de Bics était le monsieur réseau du groupe, NDLR). Il est l'un des meilleurs cerveaux de Proximus et relèvera admirablement ce nouveau défi, de même que Joseph Burton, le nouveau CEO de TeleSign", assure le patron de Proximus.

Virage à 180 degrés

De potentiel vendeur à actionnaire unique, Proximus a opéré un solide 180 degrés par rapport à la dernière sortie officielle du groupe, l'été dernier. Rien de surprenant toutefois pour le CEO de Proximus. "Il fallait changer la stratégie. Toutes les éventualités ont toujours été étudiées. Celle-ci nous permet d'obtenir une véritable agilité. Il n'y aura plus de minorité de blocage, ce qui facilitera le travail et l'accélération."

"Notre ambition est clairement de faire de Bics et de TeleSign deux leaders mondiaux sur leur marché."
Guillaume Boutin

La nouvelle liberté de fonctionnement enthousiasme d'ailleurs le patron. "Notre ambition est clairement de faire de Bics et de TeleSign deux leaders mondiaux sur leur marché. En réalité, c'est déjà le cas pour Bics, qui gère 30% du trafic mondial du roaming. L'objectif là est de conforter notre position. Pour TeleSign, l'ambition est d'en faire une licorne (une entreprise tech non cotée et valorisée à plus d'un milliard d'euros, NDLR) et nous allons y parvenir", explique Guillaume Boutin.

Très peu connue du grand public, la société Bics tourne plutôt bien et est une source de revenus non négligeable pour Proximus. Les derniers chiffres de l'entreprise indiquent un ebitda de plus de 131 millions d'euros. Le montant représente environ 10% de l'ebitda total réalisé par Proximus. En cinq ans, Bics a ainsi versé pour 192 millions d'euros de dividendes à Proximus.

350 millions dépensés en deux mois

L'entreprise était visiblement alléchante. En l'espace de trois mois, Proximus a tout de même dépensé près de 350 millions d'euros pour acquérir un opérateur mobile et l'actionnariat complet du spécialiste du roaming.

Depuis son arrivée à la tête de Proximus, Guillaume Boutin martèle pourtant à l'envi que sa priorité est le développement de son réseau fibre. L'ambition est belle, mais elle coûtera 1,3 milliard d'euros par an. De quoi s'interroger sur l'intérêt de dépenser un tiers de milliard à un moment où les factures s'annoncent lourdes. "Cela n'a rien d'illogique, au contraire, c'est même complémentaire à notre ambition de devenir une entreprise de software et de plateformes", explique le patron.

Guillaume Boutin est aussi serein car son groupe peut se le permettre. Proximus dispose d'un niveau d'endettement relativement bas comparé à ce qui se fait habituellement dans le secteur des télécoms. "Ces acquisitions n'auront d'ailleurs aucune conséquence sur nos plans financiers. Le dividende ne sera pas affecté", assure le chef d'entreprise. "Mais désormais nous allons passer à l'exécution", sourit-il. Les emplettes sont donc terminées pour un moment au moins.

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