Proximus, passeur de connectivité pour les supporters présents en Russie via Bics

©laurie dieffembacq

La filiale internationale de Proximus est prête pour l’événement sportif de l’été. Après tout, rien d’anormal. C’est son métier que de transporter la voix, les SMS et la data d’opérateur à opérateur dans le monde entier. 25% du roaming mondial passe par chez elle.

À quelques jours à peine du coup d’envoi de la Coupe du monde de football en Russie, il faut que tout roule. Les équipes s’activent donc en coulisse pour s’assurer qu’aucun faux bond ne se produira lors de l’événement sportif de l’été. "Nous avons renforcé tous les liens et mis en place des équipes dédiées pour être sûrs d’absorber les pics de trafic", explique l’homme qui nous accueille dans cet immense bâtiment souvent méconnu des piétons qui passent pourtant devant au quotidien.

"Nous avons renforcé tous les liens et mis en place des équipes dédiées pour être sûrs d’absorber les pics de trafic."

Derrière d’épaisses portes de verre, c’est tout un monde de connectivité qui se cache en plein cœur de Bruxelles, au Sablon. Un hub mondial qui connecte entre eux près de 700 opérateurs fixes et mobiles et emploie 550 personnes environ pour en garantir le bon fonctionnement.

Bienvenue chez Bics (pour "Belgacom International Carrier Services", à l’époque), filiale internationale de Proximus, chargée, entre autres, de gérer le transport de la voix, des SMS et de la data d’un opérateur à un autre lorsqu’un client utilise son GSM à l’étranger. "Notre QG est à Bruxelles, mais nos clients sont partout. L’on peut estimer que 25% du roaming mondial passe par chez nous, se félicite Daniel Kurgan, CEO. Un nombre plutôt en hausse."

De nombreux défis

Une bonne nouvelle pour cet acteur belge à l’envergure mondiale, mais qui n’empêche que les défis à relever sont nombreux. Tout d’abord, celui de la voix, c’est-à-dire les appels téléphoniques classiques, et des SMS, en perte de vitesse depuis quelque temps déjà, face à la montée en puissance des services tels que WhatsApp ou Skype. Si les volumes sont importants, les marges sont minimes. "Nous résistons bien parce que nous avons une grosse part de marché", dit le CEO.

Bics en chiffres
  • Née en 1997 comme division transport et vente en gros de Proximus.
  • En 2005, Swisscom entre au capital, suivi en 2009 par le groupe sud-africain de télécoms MTN.
  • Emploie aujourd’hui 550 personnes dans le monde.
  • Connecte entre eux près de 700 opérateurs fixes et mobiles.
  • A mis la main l’an passé surTeleSign, spécialiste de l’authentification et l’identification mobile, pour 230 millions de dollars, consolidé depuis novembre dans les comptes.
  • A enregistré un chiffre d’affaires de 1,32 milliardd’euros en 2017, en chute de 9,6% par rapport à 2016, liée à une baisse de l’activité historique de voix.

Ensuite, vient celui de la concurrence. Si certains acteurs jettent l’éponge face à cette tendance baissière des activités historiques, comme les géants des télécoms que sont AT & T et Verizon par exemple, ceux qui persistent sur le marché deviennent de plus en plus agressifs. Pour autant, "il n’y a pas un seul opérateur télécoms sérieux qui n’est pas client chez nous", sourit le patron, avant d’ajouter qu’une consolidation est possible aujourd’hui, mais que personne n’a encore pris les devants.

Enfin, reste la 5G où Bics souhaiterait pouvoir capitaliser sur son leadership mondial en roaming 3G et 4G, parce que ses clients ne vont pas tarder à lui demander une solution en la matière. "On va la développer, indique Daniel Kurgan, mais ce serait bien que l’on puisse amener une empreinte européenne. Pour cela, il faudrait qu’il existe un service actif et commercial en la matière."

Et c’est là que le bât blesse. Pour l’heure, seul le flou englobe le dossier 5G sur le Vieux continent. Pourtant, "ce serait bien qu’en Europe, on arrive à mettre en place un écosystème qui stimulera l’investissement en la matière", évoque le patron. "Parce que même si nous sommes actifs au niveau global, il n’y a rien à faire, nous sommes quand même européens. Dès lors, ce sera moins facile de se positionner comme le fournisseur leader de roaming 5G entre la Corée, le Japon et Taïwan… On va essayer, mais c’est quand même moins évident que de commencer par la France, la Belgique, l’Angleterre ou l’Allemagne."

3 questions à Daniel Kurgan, CEO de Bics

1/ L’acquisition de TeleSign commence à porter ses fruits.Une opération similaire est-elle possible?

A priori oui, mais c’est une hypothèse d’école. Par contre, là maintenant, il est clair que je ne vais pas réaliser une acquisition de la même ampleur. Tout d’abord, parce qu’il faut la financer. Bon, ça, ça se discute, ensuite, parce que nous n’avons pas les ressources disponibles pour mener à bien deux intégrations d’une telle taille en même temps.

2/ Membre fondateur de l’activité chez Proximus en 1997, CEO de Bics depuis 2006, pourriez-vous faire un pas de côté à terme?

Pas tant que l’on a des projets. Les télécoms aujourd’hui, ce n’est plus la mine d’or, la grande croissance, mais Bics est une belle société, un leader mondial même, dont le centre de décision est ici, en Belgique. C’est extrêmement motivant et passionnant.

3/ Pour continuer à grandir et à être concurrentiel, une ouverture du capital (Bics est détenu à 57.6% par Proximus, le reste par Swisscom et MTN) pourrait-elle être envisagée?

C’est une question à poser aux actionnaires. S’il y a des propositions, je les relaie au conseil d’administration et elles y sont discutées.

Partenaire des Gafa

Conscient des défis à relever dans son activité historique, Bics a décidé l’an passé d’aller voir ailleurs en rachetant l’américain TeleSign, spécialiste de l’authentification et de l’identification mobile, pour 230 millions de dollars. Une opération qui a permis à l’entreprise d’enregistrer un ebitda en hausse de 5,1% au premier trimestre par rapport à la même période l’an passé, alors en recul de 6,4% comparativement à 2016.

"L’on peut estimer que 25% du roaming mondial passe par chez nous."
Daniel Kurgan
CEO de Bics

Oui, mais qui "nous a aussi permis de mieux nous faire connaître sur le marché des entreprises digitales (lire les Facebook, Google, Uber,… NDLR) où nous voulions peser plus qu’auparavant", ajoute Daniel Kurgan. "TeleSign y est particulièrement bien implanté (travaillant par exemple pour 20 des 25 plus grands noms du secteur et générant environ 100 millions de dollars de chiffre d’affaires par an, NDLR)" avec une solution de "2-factor authentification", permettant, par exemple, de sécuriser son compte Facebook en ajoutant un code reçu par SMS en plus de son mot de passe.

Et c’était là l’un des objectifs de l’opération car, désormais, dès que l’intégration complète du service aura été menée à bien, "d’ici fin 2019", Bics pourra commencer à étendre la gamme de produits qu’elle fournit aux géants du net (et à leurs concurrents asiatiques). D’ailleurs, son patron a rendez-vous prochainement de l’autre côté de l’Atlantique à cet effet.

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