"Que ce nouvel opérateur télécom sorte du bois"

©BELGA

Michaël Trabbia, CEO d'Orange Belgique, appelle l'éventuel 4e opérateur télécom à se montrer plutôt que "de déstabiliser le marché". Il a écrit en ce sens au gouvernement fédéral pour lui faire part de ses inquiétudes.

Samedi dernier, au lendemain de la publication d'une importante analyse du régulateur des télécoms, Michaël Trabbia, CEO d'Orange Belgique , martelait déjà dans L'Echo: "Le rapport de l'IBPT sur l'impact d'un quatrième opérateur (de réseau, NDLR) mobile confirme bien que le problème de concurrence n'est pas dans le mobile, mais bien dans le fixe. Les prix ont baissé ces dernières années et, globalement, le rapport dit qu'il y aurait un problème d'un marché à quatre acteurs. Quatre réseaux  (celui de Proximus, de Telenet, d'Orange, et d'un éventuel quatrième acteur, NDLR) en Belgique, cela ne tient pas. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il y ait de business case pour un nouvel entrant dans le pays."

Crainte de spéculation

Une réalité qui n'empêche pourtant la spéculation dans le secteur depuis la divulgation mi-juin de l'intérêt concret d'un acteur européen pour investir la Belgique, via le déploiement d'un réseau, ce qu'appelle le ministre compétent, Alexander De Croo (Open VLD), de ses voeux.

"Si cet acteur est si sérieux, qu'il sorte du bois. Qu'il montre qu'il ne s'affaire pas simplement à déstabiliser le marché, entré dans une période d'incertitude depuis lors"
Michaël Trabbia
Pour Michaël Trabbia, si cet acteur est  si sérieux, " qu'il sorte du bois. Qu'il montre qu'il ne s'affaire pas simplement à déstabiliser le marché, entré dans une période d'incertitude depuis lors", et ce, alors même qu'un opérateur comme Orange travaille à lancer une offre internet-only, de même qu'à l'avènement de la 5G.

Le patron a donc pris sa plume et a écrit en ce sens au gouvernement fédéral pour lui faire part de ses inquiétudes, a-t-on appris ce vendredi. Il lui a demandé à pouvoir être auditionné, afin de faire entendre les éléments absents de l'analyse du régulateur, document "établi dans l'urgence, sans consultation et sans candidat déclaré". De nombreux points noirs qui appellent à une écoute plus importante du secteur, d'après Michaël Trabbia, pour qui le gouvernement porte "une lourde responsabilité" dans ce dossier.

De son côté, Agoria, fédération de l'industrie technologique, a elle aussi mis en garde contre cette arrivée d'un quatrième entrant, évoquant la perte de 6.000 emplois, moins de couverture et des réseaux 20% moins rapides comme conséquence à un nouvel opérateur mobile de réseau sur le marché. 

Sur le terrain commercial

14.000, c'est le nombre de nouveaux clients qu'a attiré Orange Belgique  avec son offre convergente "Love" au deuxième trimestre de l'année. Résultat, l'opérateur peut désormais se vanter d'une base de quelque 136.000 abonnés, deux ans après son incursion dans ce créneau.

136.000
abonnés
Orange Belgique totalise désormais 136.000 abonnés convergents, deux ans environ après son incursion dans ce créneau.

Si la part de marché de l'entreprise reste marginale en comparaison avec des Proximus, Voo ou Telenet, elle souligne tout de même un changement sur le marché, que la récente révision de régulation devrait encore accentuer dans les prochains mois. En effet, le système de tarification des prix de gros (prix pratiqués entre opérateurs) va notamment être revu sur un modèle (dit de "cost plus") qui devrait donner une bouffée d'oxygène à Orange.

Côté mobile, Orange a ajouté 26.000 clients nets au deuxième trimestre, portant sa base d'abonnés mobile à 2,36 millions dans le pays, et ce, alors que le prépayé (les cartes sans abonnement) continue à chuter, tendance désormais devenue traditionnelle, mais que l'opérateur a ici particulièrement limité, avec sa "meilleure performance des 11 derniers trimestres" (-6.000 unités).

Du reste, au niveau financier, le chiffre d'affaires sur le semestre a augmenté de 3,1% comparativement à la même période l'an passé, pour atteindre 619,6 millions d'euros. "Et ce, sans avoir augmenté nos prix, ni en 2017, ni en 2018, alors même que la régulation poussait les prix de gros à la hausse", a taclé Michaël Trabbia.

Une hausse qui aurait pu être plus importante, s'il n'avait pas fallu composer avec une baisse des revenus de gros (prix pratiqués entre opérateurs) liée au départ des clients Telenet et Lycamobile -conséquence du rachat de Base qui a permis à l'opérateur de mettre la main sur son propre réseau mobile - qu'Orange hébergeaient jusqu'alors. Sinon, les revenus du core business de l'opérateur ont eux bondi de 6,7%, tirés principalement par la Flandre qui semble particulièrement apprécier l'offre Love proposée dans un contexte de hausse des prix.

Par ailleurs, l'EBITDA consolidé est lui en baisse, à 127,3 et 66,7 millions d'euros aux premier et second trimestres, contre 146,5 et 78,1 millions d'euros il y a un an. Là encore, cette baisse s'explique par ces départs d'opérateurs mobiles virtuels (MVNO), mais aussi par les effets de la réglementation "Roam Like at Home" (RLaH) début juillet 2017, qui a supprimé les frais d'itinérance au sein de l'Union pour les consommateurs. Ce dernier point a encore pesé pour 15 millions d'euros sur l'EBITDA au premier semestre, mais, "dès le prochain trimestre, il n'aura plus d'impact", rassure Arnaud Castille, CFO d'Orange Belgique. Du reste, pour ce qui est des MVNO, l'impact est chiffré à 23 millions d'euros perdus, plus 7 millions attendus sur le second semestre 2018, soit 30 millions au total, ce que l'arrivée des clients de Medialaan (Mobile Vikings et Jim Mobile) compensera quelque peu, de par leur consommation importante de data, à partir du printemps 2019, nous dit-on, même s'il sont moins nombreux.

Pour la fin d'année, Orange Belgique confirme ses objectifs financiers, pointant vers "une légère augmentation du chiffre d'affaires et un EBITDA ajusté entre 275 et 295 millions d'euros". "Nous sommes assez confiants au sujet de la guidance", a appuyé le CFO.

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