interview

Ramon Fernandez, CFO d'Orange: "Rien ne garantit que nous pourrons encore offrir 22 euros plus tard"

Ramon Fernandez (Orange) : "La Belgique est un marché très important pour nous. L'OPA nous permettrait de poursuivre notre développement et soutenir au mieux notre stratégie." ©Thomas Padilla/MAXPPP

Ce vendredi se clôturera l'offre de rachat d'actions opérée par la maison mère d'Orange. Ramon Fernandez, CFO du groupe, explique en exclusivité à L'Echo les intentions et attentes de l'opérateur.

À son annonce, la communication a fait beaucoup de bruit. Orange souhaite sortir de bourse son entité belge. Pour cela, l'opérateur français propose 22 euros par action. Cette offre a été rejetée en bloc par le groupe Polygon, qui détient un peu moins de 5,3% des parts et considère le prix juste à 40 euros/action. Intenable pour Ramon Fernandez, CFO du groupe, qui en dit plus sur les raisons d'une telle opération.

Pourquoi souhaitez-vous réaliser cette opération de rachat?

La Belgique est un marché très important pour nous. L'OPA nous permettrait de poursuivre notre développement et soutenir au mieux notre stratégie. Plusieurs autres opérateurs en Europe ont déjà fait ce type de mouvement. La cotation entraîne une série de contraintes. En parallèle, Orange Belgique a suffisamment de ressources et n'a pas besoin des capitaux que pourrait lui amener le marché. Du coup, lorsqu'on se penche sur la balance intérêt-inconvénient, on voit que la cotation n'est pas indispensable.

Comprenez-vous la réticence d'une partie des actionnaires minoritaires, dont Polygon, qui estime votre offre sous-évaluée?

Nous estimons que notre offre est correcte et juste. Il suffit de regarder comment se porte le marché des télécoms depuis dix ans. Avant notre annonce, le cours de l'action était de 16 euros, à 22 euros nous offrons une prime de 36%. Depuis, le secteur n'a quasi pas évolué. Si on compare aux six derniers mois, la prime est même de 43%. Sur les 25 analystes qui nous suivent, seulement deux considèrent l'offre trop basse.

"Avant notre annonce, le cours de l'action était de 16 euros, à 22 euros nous offrons une prime de 36% ."

Certains actionnaires minoritaires estiment que votre parc de tours est sous-évalué. Selon les estimations de Polygon, l'action devrait valoir huit euros de plus, rien que pour cet aspect. Que leur répondez -vous?

Que leur calcul est très théorique. Particulièrement en Belgique, où la régulation nous impose de partager les antennes quand c'est possible. En parallèle, le partenariat mis en place avec Proximus va également renforcer cette stratégie. Par ailleurs, ce n'est clairement pas notre stratégie de vendre les tours, et ce serait  une opération financière en réalité destructrice de valeur pour l’actionnaire.

Vous avez pourtant créé votre propre "Towerco" en précisant à l'époque que le "groupe étudiera la possibilité d’intégrer d'autres actifs européens d'infrastructure".

C'est effectivement le cas pour certains marchés, mais certainement pas pour la Belgique. C'est d'ailleurs clairement précisé dans notre document associé au rachat. Nous considérons, vu la structure du marché en Belgique, que c'est en conservant les tours que nous les exploitons au mieux.

"Polygon nous a fait part de sa réaction tout de suite, donc nous ne sommes pas surpris. "

Pensez-vous que Polygon acceptera finalement votre offre?

Ils nous ont fait part de leur réaction tout de suite, donc nous ne sommes pas surpris. Mais s'ils sont tellement persuadés qu'Orange Belgique vaut près du double, il aurait été logique de les voir en acheter massivement et depuis longtemps. On n'a pas vu ce mouvement.

Que ferez-vous si vous ne parvenez pas à obtenir suffisamment d'actions pour sortir le titre?

Nous n'avons pas mis en place un seuil qui annulerait l'opération si nous n'obtenons pas toutes les parts souhaitées. Si le taux n'est pas suffisant, le titre restera donc simplement coté. Nous offrons 22 euros aujourd'hui, mais rien ne garantit que nous pourrons le faire plus tard. L'opération se fait aussi à ce moment, car nous avons récupéré 2,2 milliards d'euros lors d'un litige avec l'État français, ce qui nous donne les moyens de réaliser l'opération maintenant.

Orange Belgique profite d'effets saisonniers

En attendant l'échéance de son opération, le groupe publiait ce mercredi ses résultats du premier trimestre de l'année. Orange Belgique a enregistré un revenu de 330,4 millions d'euros, en baisse de 1% sur base annuelle, mais qui reste bien installé dans le consensus des analystes. L'ebitda est lui en forte hausse par rapport à 2020. Celui-ci grimpe de 12,8% et se situe dans la partie haute des estimations. Le bon résultat s'explique par des effets saisonniers. "Si l’on exclut ces effets, la croissance de l’ebitda aurait atteint +4,6 % sur un an à 65 millions d’euros", précise le groupe. Du côté opérationnel, Orange Belgique continue à attirer les nouveaux clients aussi bien mobiles que sur le câble.

Les phrases clés

  • "Sur les 25 analystes qui nous suivent, seulement deux considèrent l'offre trop basse."
  • "Lorsqu'on se penche sur la balance intérêt-inconvénient, on voit que la cotation n'est pas indispensable."
  • "C'est en conservant les tours que nous les exploitons au mieux."
  • "Si le taux n'est pas suffisant, le titre restera donc simplement coté."

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