interview

Rémi de Montgolflier, CEO BeLux d'Ericsson: "C'est toujours plus facile d'effrayer que d'expliquer pourquoi il ne faut pas avoir peur"

Le CEO BeLux D'Ericsson estime que le politique doit se positionner une bonne fois pour toutes par rapport à la 5G. ©Dann

Un mois après le lancement officiel d’une 5G "light" en Belgique, les opposants à la 5G se font entendre sur les réseaux sociaux. Comme ce fut le cas pour la 3G et la 4G. Comment expliquer cette vague de contestation systématique? Un manque d’informations, selon Rémi de Montgolflier, le CEO BeLux d’Ericsson, une entreprise spécialisée dans le déploiement d’infrastructures télécoms.

Les oppositions au nouveau réseau remontent déjà au déploiement de la 3G. Comment expliquer à chaque fois une telle contestation?

Je ne suis pas sociologue, mais ce sont des notions qui ne sont pas simples. C’est toujours plus facile de faire peur aux gens que de leur expliquer pourquoi il ne faut pas avoir peur. On voit beaucoup d’infos circuler et qui ne sont pas factuelles, mais qui sont plus simples à diffuser qu’une étude scientifique qui démontre par A+B qu’il n’y a pas de danger. On est dans cette situation où on doit passer encore plus de temps à expliquer. Les questions posées sont légitimes et on n’y a pas assez répondu.

Êtes-vous responsable de ce manque d’informations?

Peut-être, mais nous sommes aussi un industriel du secteur et donc forcément considérés comme juge et partie. Les politiques doivent donc prendre aussi leurs responsabilités. Ils doivent dire, une bonne fois pour toutes, ce qu’ils veulent. Si l'on reste avec les normes actuelles à Bruxelles, cela revient à dire qu’on ne veut pas de la 5G. C’est une décision qui peut être prise, mais il faut le dire clairement.

Proximus a lancé sa 5G Light fin mars. Était-ce vraiment le bon moment pour une telle annonce?

"À chaque nouveau réseau, nous avons voulu anticiper en quoi il sera révolutionnaire. À chaque fois, on s’est trompé."

En tant qu’industriel, je considère que toute initiative qui tend à promouvoir la 5G est une bonne idée. Mais le lancement a montré qu’il faut passer beaucoup de temps à expliquer ce qu’est la 5G. Un climat serein est nécessaire pour installer la technologie.

Vu justement les nombreuses interrogations d’une partie du public, ne fallait-il pas attendre de sortir du confinement?

Il faut directement poser la question à Proximus. Je comprends ceux qui disent: "On ne voit pas l’intérêt de la 5G." Mais ma vision est plutôt: "Mettons d’abord la technologie en place et voyons ce qu’il en sortira." C’est comme ça que cela s’est fait auparavant. À chaque nouveau réseau, nous avons voulu anticiper en quoi il sera révolutionnaire. À chaque fois, on s’est trompé.

Face à une telle opposition sur les réseaux sociaux, comment gère-t-on l’image de marque d’un industriel du secteur?

"La 5G va tourner dans la même plage de fréquences que la 3G et la 4G. On n’est donc plus dans le principe de précaution depuis vingt ans."

On s’adapte en communiquant et en s’appuyant sur les recommandations de l’ICNIRP (qui recommande l’OMS, NDLR). L’institut montre que si on respecte les seuils actuels, il n’y a pas de danger pour la santé. On essaye aussi de valoriser l’aspect positif des réseaux pour la société. Le côté vertueux de la technologie. On peut imaginer comment aurait pu servir la 5G durant la crise actuelle. On aurait pu peut-être renvoyer les gens plus rapidement chez eux avec des objets de télémétries et de monitoring de pointe, ce qui est aujourd’hui impossible. Cela aurait permis de libérer les lits d’hôpitaux plus rapidement.

Les conséquences des ondes sur la santé à long terme étant encore inconnues, l’un des arguments des anti-5G est qu’il faudrait appliquer le principe de précaution. Qu’en pensez-vous?

L’ICNIRP ne dit pas qu’on ne connait pas les effets, mais que, pour le moment, on ne voit pas d’effet. La 5G va tourner dans la même plage de fréquences que la 3G et la 4G. On n’est donc plus dans le principe de précaution depuis vingt ans. Si on respecte les conditions et normes en vigueur, on peut avancer.

Et qu’en est-il des bandes millimétriques, aux fréquences bien plus hautes, qui pourraient également être utilisées pour déployer la 5G?

Elles ne seront pas disponibles en Belgique avant plusieurs années. La question est donc un peu prématurée.

Le déploiement de la 5G pourrait nécessiter beaucoup plus d’antennes. Cela ne pose pas de problème?

"La 5G pourrait réduire l’impact écologique des réseaux."

Si on garde les seuils d’émission à Bruxelles, qui sont les plus bas d’Europe, il en faudra effectivement beaucoup plus. Mais il y a donc un paradoxe à gérer. On ne veut pas remonter les seuils, car on pense que c’est bon pour protéger la santé, mais cela signifie alors augmenter le nombre d’antennes, ce qui n’est pas idéal. Si on se tenait au seuil de l’OMS, il n’y aurait pas besoin de plus d’antennes. Ailleurs en Europe, les opérateurs utilisent d’ailleurs les sites existants.

Avec le déploiement de la 5G, les défenseurs de l’environnement craignent d’importantes conséquences écologiques. Que leur répondez-vous?

En réalité, la 5G pourrait réduire l’impact écologique des réseaux. Dans un réseau, la consommation augmente linéairement avec le volume. En Belgique, le trafic augmente de 60, voire 70% par an. Si on ne modernise pas le réseau, la consommation électrique va augmenter. C’est comme une voiture. Un moteur qui sort aujourd’hui d’une usine consomme beaucoup moins qu’il y a dix ans. La 5G permet justement de réduire la facture énergétique des réseaux télécoms, qui va continuer à augmenter si on ne fait rien.

Mais la 5G aura pour conséquence de faire grimper la consommation de données en flèche.

Le volume va effectivement augmenter. Mais à puissance d’émission constante, la 5G transporte au moins dix fois plus de données et consomme moins. Il y a donc un double effet positif. Si on prend le bilan carbone complet, la technologie 5G est vertueuse.

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