analyse

Un mariage mort-né, KPN lâche Dominique Leroy

©REUTERS

L’histoire d’amour n’avait pas encore officiellement débuté qu’elle s’arrête déjà. KPN ne veut plus de Dominique Leroy comme CEO.

Officiellement ex-CEO de Proximus depuis vendredi 20 septembre, le plus compliqué semblait derrière pour Dominique Leroy. Entre la gronde des syndicats souhaitant son départ immédiat et les interrogations sur un possible délit d’initié, les dernières semaines à la tête du télécom ont été plutôt agitées.

Le feuilleton se termine sur un épisode encore plus douloureux pour l’ex-patronne. Son (ex-)futur employeur, l’opérateur néerlandais KPN, a décidé de renoncer à l’engager. Les suspicions de la FSMA et de la Justice belge sur un possible délit d’initié ont refroidi l’opérateur hollandais. Dominique Leroy se retrouve désormais sans emploi. Une situation inattendue qui amène son lot de questions.

1/ Comment expliquer la décision de KPN?

Depuis l’annonce des perquisitions chez Proximus et au domicile de Dominique Leroy, le groupe néerlandais se faisait le plus discret possible. La communication était d’une extrême prudence, se limitant systématiquement à des "prises d’acte de l’évolution de la situation". Ce lundi, la coupure est nette et la justification donnée par KPN tient en une ligne: la durée de la procédure à l’encontre de Dominique Leroy n’est pas prévisible et cette incertitude de timing n’est pas dans l’intérêt de KPN.

La procédure actuellement en place entraîne une incertitude qui n’est pas bonne pour l’entreprise. C’est cet élément qui a motivé notre décision.
Stijn Wesselink
porte-parole de KPN

Merci, au revoir et aucune autre explication donc? Peut-être pas. L’opérateur doit faire depuis deux ans avec une régulation plus sévère. En raison de son activité de vente d’abonnements, le télécom est désormais considéré comme une institution de crédits par l’autorité des marchés financiers (AFM). La régulation, notamment sur les questions d’expertise et d’honorabilité ("fit and proper"), est donc renforcée. Une enquête pour délit d’initié est donc sans doute mal vue.

Mais le problème ne serait pas là. "Il n’y a pas de lien à faire entre la réglementation et notre décision", explique Stijn Wesselink, l’un des portes-parole de KPN. "La procédure actuellement en cours entraîne une incertitude qui n’est pas bonne pour l’entreprise. C’est cet élément qui a motivé notre décision", martèle-t-il. D’autres éléments ont sans doute amené à cette décision. La position du VEB, une association d’actionnaires par exemple. Il y a une dizaine de jours, Paul Koster, son directeur, expliquait être en faveur d’un report de l’arrivée de Leroy, tant que toute la lumière n’aurait pas été faite sur la question.

2/ Quelle solution chez KPN?

Dominique Leroy avait été approché pour remplacer Maximo Ibarra, parti de façon surprenante à la fin du mois de juin, seulement un an après sa nomination. La solution avait donc rapidement été trouvée et le planning était déjà en place: présentation de Dominique Leroy aux actionnaires lors d’une AG le 28 octobre et prise de ses fonctions le 1er décembre. Désormais, l’entreprise doit repartir d’une page blanche. En attendant, elle compte sur Joost Farwerck, l’actuel COO, pour assurer l’intérim.

"KPN semble être capable d’annoncer très rapidement la sélection d’un nouveau candidat. Des candidats en interne devraient toujours être très intéressés."
David Vagman
Analyste chez ING

Visiblement habitué à ne pas se limiter dans ses recherches, KPN pourrait opter pour une stratégie différente cette fois, en interne. "KPN semble être capable d’annoncer très rapidement la sélection d’un nouveau candidat. Des candidats en interne devraient toujours être très intéressés", note David Vagman, analyste chez ING. "Après la saga Leroy, le conseil de surveillance pourrait être tenté de mettre un terme le plus vite possible à l’incertitude liée à cette nomination."

3/ Quel impact sur Proximus?

Pour Proximus, rien ne change. Dominique Leroy n’est plus la CEO du groupe depuis le vendredi 20 septembre. Dès l’annonce de son départ, le processus classique pour trouver un nouveau patron a été mis en place. Le comité de nomination a sélectionné il y a deux semaines un chasseur de têtes pour chercher de nouveaux candidats.

"On espère pouvoir sortir le nom de premiers candidats pour la fin du mois d’octobre", explique Stefaan De Clerck, le président du conseil d’administration de Proximus. Dès l’annonce du départ de Dominique Leroy des premiers candidats se sont présentés spontanément.

4/ Que va devenir Dominique Leroy?

Désormais sans emploi, l’ex-patronne pourrait techniquement faire partie des candidats à sa propre succession. "Il s’agit d’un procédure ouverte à tous mais j’ignore si elle y pense. Tout le monde a le droit de postuler, mais sa dernière position était de mettre fin à sa collaboration avec Proximus", explique encore le président du CA. Un retour est-il vraiment envisageable? Pour un administrateur, il sera en tout cas bête de ne pas étudier la question si elle venait à se poser.

"Comme les meilleurs couples qui ont eu un moment difficile et qui décident de se remettre ensemble", glisse-t-il. En pleine reprise de négociation sur l’implantation du plan "shift to digital", les syndicats préfèrent eux ne pas s’exprimer sur la question. Mais un retour de Dominique Leroy à son poste serait très certainement une pilule difficile à avaler.

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