Une hausse des coûts va obliger Orange à revoir son offre

Michaël Trabbia, le patron d'Orange Belgique, est largement opposé au nouveau calcul des tarifs de gros proposé par les régulateurs. ©Tim Dirven

L’opérateur avait anticipé une baisse importante des montants à payer pour louer le réseau de ses concurrents. Le projet de réforme sur les montants à payer ne va pas dans ce sens. Orange se prépare donc à revoir son offre.

C’est le genre de surprise dont Orange se serait clairement bien passé. En début de semaine, la Conférence des régulateurs du secteur des communications électroniques (CRC) a présenté son projet de réforme du mode de calcul des tarifs de gros (les montants payés par des opérateurs pour louer l’infrastructure d’autres acteurs). Autrement dit, le forfait payé par Orange à Telenet et VOO pour utiliser leur réseau câblé.

"Les coûts sont augmentés artificiellement et cela permettra à nos concurrents de continuer leur politique de hausse de prix systématique."
Michaël Trabbia
CEO d'Orange Belgique

Le nouveau projet est piquant pour l’opérateur qui tablait sur une baisse conséquente. L’anticipation est loupée. Orange a fait ses premiers calculs et s’attend à une note toujours aussi salée. Depuis son arrivée sur le réseau belge en 2016, l’opérateur est en perte sur cette branche d’activités. Mais la stratégie mise en œuvre visait à en faire une activité intéressante financièrement à long terme. "En net, on parle déjà d’une perte cumulée de plus de 200 millions d’euros", explique Michaël Trabbia, le CEO d’Orange.

Qu’est-ce qui a changé depuis la première version de la réforme? La prise en compte de coûts supplémentaires à la charge des propriétaires de l’infrastructure. Incompréhensible pour le patron d’Orange. "Ils estiment que tous les 25 ans, le réseau câblé sera renouvelé. Cela n’a évidemment pas de sens. Nous ne sommes pas les seuls à le dire, c’est explicitement mentionné par l’IBPT dans le projet de décision", explique le patron d’Orange en citant deux articles d’un rapport présenté par le régulateur du secteur. "Les coûts sont augmentés artificiellement et cela permettra à nos concurrents de continuer leur politique de hausse de prix systématique".

Offres et prix adaptés

"Si le projet devait être validé, nous ne pouvons plus exclure la possibilité d'augmenter les prix à partir de l’an prochain."
Michaël Trabbia
CEO d'Orange Belgique

La différence entre l’anticipation d’Orange et les montants présentés est telle que le groupe se dit obligé de revoir ses plans d’attaque. "Nous sommes en train de revoir tout notre marketing. Il faut désormais s’attendre à revoir les prix repartir à la hausse en Belgique". Pour la première fois depuis son arrivée sur le marché belge, Orange devrait suivre la tendance. "Nous garderons notre promesse de ne pas toucher aux prix cette année. Mais si le projet devait être validé, nous ne pouvons plus exclure la possibilité de les augmenter à partir de l’an prochain", explique le patron. Autre conséquence possible, des changements dans l’offre de l’opérateur. "Nous étions en train d’étudier la mise en place d’une offre internet only (n’étant pas associée à un abonnement mobile, NDLR). Nous devrons aussi revoir comment la mettre en place".

 

Ces modifications ne devraient pas être les seules. "Ce que nous devons payer pour l’infrastructure va continuer à augmenter chaque année. Nous sommes en train de faire des estimations pour chacune de nos offres. Pour celles proposant des vitesses de connexion plus rapide (au-delà de 100Mbps), on constate une nette hausse, il faudra donc s’attendre, là aussi, à des augmentations de prix".

 

"Le marché n’en sortira en tout cas pas grandi."
Michaël Trabbia
CEO d'Orange Belgique

De là à imaginer des changements encore plus radicaux dans la stratégie d’Orange, comme un retrait de son offre d’internet fixe? "Non, car nous nous sommes engagés sur la durée et souhaitons rester présents. Mais lorsque l’on voit que nous sommes le seul acteur sur le marché à tenter notre chance avec ce principe (en louant des infrastructures, NDLR), c’est que ce système n’encourage pas vraiment la concurrence. Le marché n’en sortira en tout cas pas grandi". Le projet doit désormais être validé à l’échelon européen. Pour l’heure, Orange ne dispose plus vraiment de moyen d’action. "Si la décision est actée, il nous restera le recours en justice. C’est une possibilité que nous étudierons en temps voulu", assure le patron.

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