Vers une guerre des tranchées dans l'OPA sur Orange Belgium?

L'action Orange Belgium chutait de 5% ce mardi matin après la sortie de sa maison-mère. ©REUTERS

Pour Orange, le prix de 22 euros par action est son dernier mot. Mais Polygon, qui détient 5,3% du capital d'Orange Belgium, a de quoi gêner le groupe français.

Et donc Orange n’en démord pas. Pas question de relever les conditions de son OPA sur sa filiale belge. Il l’a affirmé clairement ce mardi matin, le prix de 22 euros par action est "définitif".

Concernant la valorisation des fameuses tours de téléphonie, le groupe balaie les critiques, affirmant que la réglementation distingue le marché belge des tours des autres marchés européens. Pour Polygon Global Partners, la société d’investissement qui détient 5,3% du capital d’Orange Belgium , au contraire, elles valent au moins 8 euros par action. Pas de valeur cachée dans ces tours, rétorque Orange.

"Nous sommes d’accord avec la plupart des arguments avancés par Polygon."
David Vagman
Analyste chez ING.

La sortie, ce matin, du géant français a douché les spéculateurs : le titre chutait de 5,1% à 22,15 euros.

L'arme de Polygon

La messe est-elle dite pour autant? Pas sûr. On pourrait même assister à une guerre de position, Polygon disposant avec sa participation d’une arme permettant d’empêcher une offre de reprise ("squeeze-out") et donc de bloquer la radiation d’Orange Belgium souhaitée par l'offrant.

Il pourrait même rallier à sa cause des petits actionnaires. Un appel en ce sens a été lancé hier aux Pays-Bas par un investisseur. Et rappelons que Polygon a fait appel aux services de Deminor (lire l'encadré).

La société d’investissement bénéficie aussi du soutien indirect d’ING ,qui est le seul broker parmi les 20 qui suivent la valeur à viser un objectif de cours nettement supérieur au prix de l’offre, soit 29 euros. Rappelons que pour Polygon, l’action vaut plus de 40 euros.  

Trois éléments de valorisation

"Nous sommes d’accord avec la plupart des arguments avancés par Polygon, qui sont en réalité tout à fait conformes à ceux que nous avons développés la semaine dernière", souligne David Vagman, analyste chez ING.

Conseillée par Ondra, Polygon a mis à jour son analyse en tenant compte du business plan 2021-2024 d’Orange Belgium, dévoilé dans le prospectus de l’offre. En dehors des tours et de certains points déjà évoqués, l’analyste estime que trois autres éléments de valorisation méritent l’attention des investisseurs.

Tout d'abord, pour plusieurs raisons, Polygon et Ondra ne déduisent pas la perte possible de 19 millions d’euros d’ici 2022 du contrat MVNO (opérateur virtuel) de Mobile Vikings. Ils ajoutent donc 4,2 euros par action à la valorisation de l’expert indépendant.

Ils estiment, en outre, que les coûts à venir liés à la mise aux enchères du spectre mobile ont un impact limité. La suppression du poids de la 5G apporte 4,7 euros de plus par titre.

Enfin, Polygon et son conseiller financier jugent que les frais de 17 à 19 millions d’euros par an liés à l’utilisation de la marque Orange devraient être exclus de la valorisation, ce qui apporterait 5,4 euros de plus par action.

Pour en savoir davantage, le document complet de Polygon est disponible ici.

"La mobilisation des actionnaires est grandissante"

Mandaté par Polygon, Deminor estime également que le rapport de Degroof Petercam tend à surestimer les coûts et sous-estimer la croissance. Le cabinet de conseil financier et juridique souligne en particulier qu'aucune valeur n'est attribuée au portefeuille de tours de télécommunications d’Orange Belgium.

Deminor précise que Polygon n’a pas l’intention d’apporter ses titres au prix de 22 euros par action. Il rappelle, par ailleurs, que dans d'autres cas où les actionnaires minoritaires se sont mobilisés pour faire échouer une OPA simplifiée, cela n'a pas porté préjudice à leurs intérêts, bien au contraire.

Deminor met également en avant le calendrier particulier de l’offre (vacances de Pâques) et le timing relativement serré (deux semaines, soit le minimum légal). "On peut légitimement s’interroger s’il n’existe pas une volonté d’inciter des actionnaires à prendre une décision à la hâte contraire à leurs intérêts."

Enfin, Deminor constate que l’initiative de Polygon n’est pas une initiative isolée et que la mobilisation des actionnaires est grandissante depuis la publication du prospectus. Les actionnaires qui le souhaitent peuvent prendre contact avec Deminor (orange@deminor.com).

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