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Veut-on vraiment des champions industriels?

Rédacteur en chef adjoint

Proximus et Orange Belgique écartent le chinois Huawei au profit des européens Nokia et Ericsson. Mais il faut que les politiques suivent.

L’Union européenne n’est pas là pour "nourrir et dorloter" ses industriels. Expression pour le moins cash. Elle nous venait de la non moins cash commissaire Margrethe Vestager lorsque les critiques avaient fondu sur l’exécutif européen après son refus d’adouber la fusion l’année passée entre les géants français Alstom et allemand Siemens. Comprenez en filigranes : laissez la concurrence stimuler l’innovation, le marché fera le reste. Message entendu cinq sur cinq, semble-t-il, car c’est la concurrence et l’innovation qui nous amènent deux champions européens dans la 5G : Nokia et Ericsson. Et les annonces ce vendredi de Proximus et Orange Belgique sont là pour nous le prouver : les deux opérateurs belges ont choisi le finlandais et le suédois pour le déploiement de leur réseau au détriment du chinois Huawei.

Certes, les accusations américaines d’espionnage et les réticences européennes ont sans doute fait tomber la balle du bon côté, quoi qu’en disent les intéressés. Mais l’accord a porté sur un autre avantage : le prix, concurrentiel par rapport à celui des Chinois. À telle enseigne que nos deux opérateurs annoncent qu’ils dénoueront progressivement d’autres contrats avec Huawei dans les réseaux historiques des plus anciennes générations que sont les 2G, 3G et 4G.

L’Europe, et singulièrement la Belgique, ont accusé un retard considérable. En témoigne le blocage des discussions à Bruxelles qui reporte toute décision sur le déploiement de la 5G à… mi-2021.

Certes aussi, poserions-nous : que pèsent ces choix en provenance d’un pays aussi petit que la Belgique ? Ce serait oublier qu’Orange France a fait le même choix. Qu’Ericsson a également conquis Vodafone au Royaume-Uni et au Portugal, ainsi que Swisscom. Et que Nokia vient juste de signer avec BT. Sans compter certains autres gros opérateurs qui doivent encore faire leur choix.

Ericsson et Nokia, donc, potentiels champions européens. Mais au niveau mondial ? La bataille n’est pas gagnée. Le coréen Samsung vient de signer avec Verizon, l’un des trois mastodontes américains. Son avantage est considérable. D’abord, Samsung est omniprésent sur toute la chaîne de valeur : les réseaux, les smartphones, mais aussi les puces. Mais surtout, le colosse a pu se faire les dents sur son marché domestique : la Corée du Sud, premier pays au monde à avoir déployé la 5G. Là où l’Europe, et singulièrement la Belgique, ont accusé un retard considérable. En témoigne le blocage des discussions à Bruxelles qui reporte toute décision sur le déploiement de la 5G à… mi-2021. Morale de l’histoire ? On ne doit pas "nourrir et dorloter" nos champions, certes. Mais ils ne peuvent devenir mondiaux que si la politique affiche une réelle ambition numérique. Ce qui, dans les faits, n’est pas toujours le cas.

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