interview

Zhang Wentao (Huawei): "Je n’ai pas vu une seule déclaration de Philippe De Backer disant qu’il souhaitait bloquer les entreprises chinoises"

Zhang Wentao, country manager de Huawei. ©Kristof Vadino

Une semaine après la sortie de Philippe De Backer sur sa volonté d’exclure "les vendeurs à haut risque", Zhang Wentao, le country manager de Huawei, reste détendu. Pour lui, il ne s’agit certainement pas d’une déclaration visant son groupe.

"On a décidé d'exclure tous les vendeurs à haut risque." La phrase lâchée par Philippe De Backer, le ministre fédéral des télécoms, est typiquement le genre d’annonce qui a de quoi effrayer n’importe quel fournisseur de réseau. Comme beaucoup de ses voisins, la Belgique réfléchit encore à la manière dont elle va installer la 5G sur son territoire. Et surtout avec qui. On sait donc que certains acteurs ne seront pas les bienvenus s’ils ne montrent pas patte blanche. Forcément donc, la déclaration lancée sans beaucoup plus de précision a fait tourner tous les yeux vers un certain Huawei. Depuis plus d’un an, l’entreprise de Shenzhen est accusée par le gouvernement américain d’espionnage. Une situation qui a récemment poussé l’Europe à se positionner. Plusieurs entreprises chinoises dont ZTE et Huawei sont désormais reprises dans une liste de fournisseurs à risque. Vu la situation, c'est difficile de ne pas faire un lien entre la sortie de notre ministre et la position de l’Europe. Ce n’est néanmoins pas l’avis de tout le monde et certainement pas de Huawei. Pour Zhang Wentao, le country manager du groupe chinois, il n’y a aucune interprétation à faire. Le message du ministre belge était adressé à tous les acteurs. Huawei reste donc bien dans la course.

"C’est une bonne chose que le ministre mette en avant la question de la sécurité."

Comment avez-vous pris l’annonce du ministre des télécoms ?

Nous apprécions le fait que la sécurité soit au centre des discussions. C’est un sujet qui a besoin d’une grande attention. Le monde entier fait face à ce même challenge. C’est donc une bonne chose que le ministre mette cette thématique en avant. C’est forcément aussi un challenge chez Huawei. Nous n’avons jamais eu le moindre incident. Comme vous le savez, depuis deux ans, nous sommes particulièrement observés. Nous avons été énormément testés mais sans aucun résultat prouvant des problèmes.

Vous tenez le même discours depuis plus d’un an. Le public et les politiques ont visiblement du mal à vous croire.

Je ne pense pas que l’on ne nous croit pas. Il n’y a jamais eu aucune preuve appuyant les accusations. J’ai l’habitude de dire que nous n’avons pas de backdoor mais une frontdoor et que chacun est le bienvenu pour voir ce que nous faisons. Il y a des rumeurs et certains points de vue politiques. Mais d‘un point de vue technique, il n’y a jamais rien eu de confirmé. La confiance devrait être construite sur les faits et les preuves. Ce qui passe en politique n’a rien à voir avec la confiance. J’ai parfois le sentiment que vous ne connaissez pas très bien notre entreprise et notre façon de travailler.

"J’ai parfois le sentiment que vous ne connaissez pas très bien notre entreprise et notre façon de travailler."

Le message envoyé par le gouvernement belge de ne pas vouloir "travailler avec des entreprises à haut risque" n’est pas vraiment positif pour Huawei.

Cette déclaration ne nous est pas directement adressée. Celle que j’ai vue est publique et destinée à tous les acteurs du secteur. Ce genre d’annonce se fait ici en Belgique mais aussi dans beaucoup d’autres pays. La cybersécurité est le fondement du développement de l’ICT. Il est normal qu’un gouvernement rappelle son importance.

Vous pensez vraiment que le ministre ne parlait pas de vous ?

Je suis peux être dans le faux et vous pouvez me corriger si je me trompe (il se tourne vers son porte-parole pour s’assurer qu’il dit juste, ndlr). Mais sur les deux dernières années, je n’ai pas vu une seule déclaration de Philippe De Backer disant qu’il souhaitait bloquer les entreprises chinoises. Il n’a d’ailleurs jamais mentionné directement Huawei. Il s’agit d’une déclaration générale sur un sujet important qui est la cybersécurité.

Avez-vous des contacts avec les opérateurs depuis l’annonce de Monsieur De Backer ?

Oui, nous sommes tous les jours en contact avec eux. La relation n’a pas changé.

"Nous espérons que nous travaillerons encore avec les opérateurs pour le déploiement de la 5G."

Quel est leur avis par rapport à cette annonce ?

La Belgique était dans la première vague des pays à travailler avec Huawei. À l’époque en 2008, les opérateurs étaient courageux de travailler avec une entreprise complètement inconnue. Quand nous sommes arrivés en Belgique, vous ne saviez même pas prononcer le nom de notre entreprise (il rit, ndlr). Depuis, nous sommes devenus l’acteur le mieux installé sur le marché. Nous travaillons avec tous les opérateurs et nous sommes devenus un acteur de confiance. Nous nous connaissons très bien et nous savons que nous avons une relation très professionnelle. Nous étions déjà là pour lancer la 2G, la 3G et la 4G. Nous espérons que nous travaillerons encore avec eux pour le déploiement de la 5G.

Vous estimez donc que la situation n’a pas changé et que vous avez toujours autant de chances de remporter des contrats pour le déploiement de la 5G en Belgique ?

Comme je viens de l’expliquer, nous avons désormais douze ans de relation. Je respecterai évidemment la décision de chacun. Nous avons mis en place le meilleur réseau et nous nous faisons confiance. Nous pensons être assez ouverts et qu’un traitement égal des différents acteurs est la bonne décision.

Si vous n’êtes pas directement visé par la sortie du ministre, pourquoi alors avoir publié cette semaine une étude estimant les pertes qu’engendrerait l’absence de Huawei sur le marché ?

Quand les rumeurs se répandent et que les gens ne cessent de parler, il faut bien répondre d’une façon ou d’une autre. Nous avons choisi de le faire par des chiffres.

Il n’y a donc, là non plus, aucun lien direct entre la sortie du ministre et votre cas particulier ?

C’était une réponse générale indiquant quel serait l’impact d’une mesure réduisant la concurrence.

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