Après une année record, LVMH se dit "prudent" pour 2020

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Le numéro un mondial du luxe a dévoilé des résultats records pour 2019, avec un bond de 15% de son chiffre d'affaires. S'il cite un contexte difficile à Hong Kong, le groupe ne fait pas mention d'un quelconque impact du coronavirus.

No China, no party. Ces quatre mots – écrits par l’analyste de Jefferies Flavio Cereda la semaine dernière – résument à eux seuls les principales inquiétudes des investisseurs concernant les activités de Moët Hennessy Louis Vuitton (LVMH  ). Quel impact auront la crise du coronavirus et les mesures sanitaires qui en découlent sur les ventes du leader mondial du luxe? La question mérite d’être posée quand on sait que l'Asie (hors Japon) représente environ 30% de son chiffre d’affaires, ce qui en fait sa principale source de revenus.

"Pendant longtemps, les grandes entreprises de luxe ont paru imperméables aux conditions difficiles en Asie. Même si les troubles prolongés à Hong Kong ont nui aux ventes et que les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont poursuivies en toile de fond, leurs actions ont continué de progresser" en bourse, rappelle Andrea Felsted, chroniqueuse pour Bloomberg Opinion et spécialisée dans les secteurs de la distribution et du luxe. En 2019, LVMH a signé la deuxième plus forte hausse au sein du CAC 40 avec un bond de 60,42%. Ses concurrents n’ont pas non plus à rougir de leurs performances: Kering   a grimpé de 42,18% l’an dernier, Hermès   de 37,42% et Richemont de 20,73%.

Mais, comme le constate Andrea Felsted, le virus chinois a changé la donne… Depuis le 17 janvier, les valeurs du luxe sont particulièrement malmenées par les investisseurs. LVMH a perdu plus de 7%, de même que Kering et Richemont. Une chute qui leur a coûté environ 30 milliards d'euros en termes de capitalisation boursière.

30
milliards d'euros
En termes de capitalisation boursière, le coronavirus a déjà coûté près de 30 milliards d'euros à LVMH, Kering et Richemont.

"Confiance prudente pour 2020"

La publication des résultats annuels de LVMH ce mardi soir était donc très attendue. Pas pour les chiffres en eux-mêmes. Les analystes s'attendaient de manière générale à un bilan 2019 solide, porté notamment par la belle dynamique au sein de sa division "Mode et Maroquinerie", qui représente environ 40% de son chiffre d'affaires. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le numéro un du luxe n'a pas déçu les attentes. 

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"LVMH réalise une nouvelle année record tant au niveau des ventes que des résultats", a annoncé son CEO Bernard Arnault. La société a fait état d'une hausse de 15% de son chiffre d'affaires en 2019, à 53,7 milliards d'euros. Soit légèrement plus qu'espéré par les analystes (53,6 milliards selon Bloomberg). Son résultat opérationnel courant a par ailleurs atteint 11,5 milliards (+15%) et le résultat net part du groupe s'élève à 7,2 milliards (+13%).

Mais ce que voulaient connaître les intervenants de marché, ce sont les perspectives du groupe français pour l'année en cours et surtout son avis sur la crise sanitaire en Chine. Certains craignaient que face à une trop grande inconnue, LVMH n'imite le fabricant de spiritueux Rémy Cointreau   - également très actif en Asie - qui a décidé la semaine dernière de suspendre ses objectifs annuels et à moyen terme. Mais rassurez-vous, il n'en est rien.

LVMH évoque simplement dans son communiqué un "contexte géopolitique incertain" et indique aborder 2020 "avec une confiance prudente". "Le groupe se fixe à nouveau comme objectif de renforcer son avance sur le marché mondial du luxe". On n'en saura pas davantage...

Buy the dip?

Côté analystes, on se montre moins laconique. "Les résultats [du secteur du luxe] au premier trimestre 2020 pourraient être impactés sans ternir la croissance annuelle", estime Isabelle Carpentier, gestionnaire de fonds chez Edmond de Rothschild Asset Management. "De plus, environ la moitié des achats par des consommateurs chinois sont désormais réalisées localement, ce qui permet de limiter les conséquences des éventuels voyages supprimés". Et d'évoquer également "le possible transfert des ventes sur internet".

"Les résultats [du secteur du luxe] au premier trimestre 2020 pourraient être impactés sans ternir la croissance annuelle"
Isabelle Carpentier
gestionnaire de fonds chez Edmond de Rothschild Asset Management

La banque d'investissement américaine Morgan Stanley pense de son côté que les facteurs de croissance sous-jacents à moyen et long terme restent encore "très solides" pour les valeurs du luxe. Du point de vue de ses analystes, chaque chute importante en bourse dans les prochains mois est donc une opportunité de se jeter sur des actions de "haute qualité", pour lesquelles les investisseurs avaient du mal à trouver un nouveau point d'entrée auparavant.

Leur avis n'est toutefois pas partagé par tout le monde dans les salles de marché. Pour Aneeka Gupta (WisdomTree), il est encore trop tôt pour se précipiter sur ce secteur. Elle s'attend à une pression baissière pendant au moins un trimestre, voire plus si la crise du coronavirus empire.

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