Le tricot bio et écoresponsable à fond dans l'air du temps

©Anthony Dehez

Le tricot fait son grand retour. Il attire aujourd’hui jeunes et moins jeunes. Frank Ribbens, passionné de l’aiguille, a créé une boutique en ligne de laine bio et écologique. Son pop-up store sera ouvert jusqu’au 28 juillet à Matonge.

La mode est un éternel recommencement. Les habitudes de nos grands-mères ne font pas exception. Le tricot n’est désormais plus l’apanage des mamies aux lunettes qui glissent sur le nez. Il touche aussi les plus jeunes, notamment les personnes actives. Si vous cachiez cette passion comme une honte inavouable, vous pouvez désormais porter vos aiguilles avec fierté.

Sur internet, les cours et ateliers de tricot à destination de tous abondent. Même la chaîne de magasins Veritas s’y est mise. Un filon de laine à exploiter. Pour La Filandière, boutique bruxelloise spécialisée en laine, c’est surtout la façon de tricoter qui a changé. "Le tricot est devenu plus rapide, il touche plus de gens. Ils veulent faire des choses plus éphémères. Ils s’y mettent un temps puis passent à autre chose. ça touche tout le monde à un moment ou un autre. C’est plus un passe-temps, moins une passion."

"Le tricot permet aux gens derrière leurs bureaux de créer du concret."
Frank ribbens
propriétaire de greener wool

Des fervents passionnés du tricot, il en existe pourtant toujours. Frank Ribbens en est le chef de… file. Il a ouvert, il y a deux ans, une boutique en ligne de laine bio, Greener Wool. Pour lui, le retour du tricot tient au train de vie actuel. "Les gens passent leurs journées au bureau, derrière leur ordinateur. Ils perdent la notion du concret. Avec le tricot, ils peuvent créer quelque chose d’authentique de leurs propres mains. Ils peuvent toucher ce qu’ils font."

Grand fan de bio… et de tricot, Frank veut, à l’époque, combiner ses deux amours. Problème: il ne trouve pas de laine bio à sa disposition. Il décide alors simplement de créer sa propre laine biologique pour répondre à ses besoins. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Produits locaux et écolos

Après avoir travaillé 19 ans dans la même société, Frank fait l’objet d’un licenciement collectif. Avec l’aide de son frère infographiste, il crée sa boutique en ligne où il vend aujourd’hui sa laine. Son concept: utiliser des moutons vivant dans des réserves naturelles du Limbourg avec Natuurpunt, une association volontaire pour la protection de la nature en Flandre, et éliminer tous produits chimiques, engrais et pesticides. "On lave tout avec des savons bio, donc on retrouve parfois de minuscules brins d’herbe dans la laine, sourit Frank. Alors qu’avec la laine traitée chimiquement, on brûle toute matière végétale et on blanchit avec du chlore, nocif pour l’environnement, mais aussi pour les employés."

Le piqué du tricot souligne aussi le soin apporté aux animaux, à l’inverse des moutons mondialement maltraités. Sans oublier l’importance du fairtrade et du recyclage des eaux. "Je veux mettre en avant la qualité et l’utilité des choses. J’aimerais éliminer tout le plastique du matériel." L’entreprise de Frank pourrait presque obtenir le label de la laine la plus responsable au monde. Mais la barrière géographique détend les mailles de son rêve. Il existe bien trois petites filatures chez nous, mais elles ne sont pas assez importantes pour ses besoins. "J’utilise donc une filature en Angleterre, elle est à 700 km d’ici et c’est la plus proche, regrette Frank Ribbens. On a perdu notre culture de la laine."

Son entreprise Greener Wool doit également se frotter à la concurrence de la "mauvaise laine", ce textile presque converti en polyester à force de traitements chimiques. Sans compter les coûts pharamineux de la production. Laver la laine, c’est cher, tondre un mouton, bien plus encore. Il n’enregistrait à ses débuts que des pertes et devait constamment sortir l’argent de sa poche pour couvrir les frais de sa boutique en ligne. À présent, il ne paye plus que les stocks de ses produits.

Mais Frank ne se découd pas. Il a ouvert mardi un pop-up store à Matonge pour toucher plus de gens. Sa boutique éphémère de deux semaines se donne des airs de bobo chic, tapis coloré et musique classique en finitions. Il espère élargir son stock pour l’hiver prochain, la période la plus florissante sur le marché.

Pourtant, il veut mettre les points sur les i: pas d’emballement. "Je ne veux pas engager d’autres personnes. C’est une très petite entreprise, une activité complémentaire, et ça le restera. Les marges dans le secteur ne sont pas assez élevées." Armé de ses deux aiguilles, il se tient prêt à affronter les nœuds serrés du marché… et à vaincre l’hiver prochain à la force de la laine.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content