Ann Demeulemeester passe sous pavillon italien

Ann Demeulemeester avait cédé, en 2005, une majeure partie du capital à l'une de ses fidèles, Anne Chapelle. Elle avait ensuite lâché les rênes créatives en 2013.

La maison anversoise de la célèbre créatrice belge Ann Demeulemeester est reprise par l'italien Antonioli. Le montant de la transaction n'a pas filtré.

Deux ans après le belge Dries Van Noten, vendu à des Espagnols, c'est au tour d'une autre grande figure de la mode belge de changer de mains. Ann Demeulemeester vient, en effet, d'être rachetée par l'italien Antonioli, a-t-on appris.

Le deal inclut aussi bien les archives complètes de la marque anversoise que les bureaux, le flagship store situé dans la ville de Bart De Wever ou encore le showroom parisien de l'enseigne. Le montant de la transaction n'a par contre pas filtré.

Cela faisait quelques mois qu'une vente était évoquée, la maison anversoise rencontrant des difficultés financières.

Claudio Antonioli, fondateur du groupe homonyme de mode aux 8 magasins multimarques (Milan, Turin, Ibiza,...), est aussi connu pour avoir lancé en 2015 New Guards Group, une société au portefeuille bien fourni dans les marques de streetwear, avec notamment le label Off-White de Virgil Abloh, le nouveau directeur artistique des collections masculines pour Louis Vuitton (LVMH). Elle fut rachetée l'an dernier pour 675 millions de dollars par le site d'e-commerce dédié aux créateurs de mode Farfetch.

Déjà un pas de côté en 2013

Surprenant? Non. La styliste courtraisienne Ann Demeulemeester avait en réalité déjà passé les rênes créatives en 2013 à Sébastien Meunier (parti en juillet dernier), de même qu'elle avait cédé une majeure partie du capital en 2005 à l'une de ses fidèles, Anne Chapelle, qui reste actionnaire après l'opération avec les Italiens. Celle-ci – décrite un temps comme "l'une des femmes les plus puissantes de la mode belge" – était entrée comme managing director de l'entreprise en 1994.

Pour le reste, cela faisait quelques mois déjà que la vente était à l'étude, entend-on, la maison anversoise rencontrant des difficultés financières. Car si l'entreprise générait encore 21 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014, ce chiffre était désormais descendu à quelque 20 millions d'euros environ l'année dernière. Un sursaut avait toutefois été rencontré en début de cette année grâce à une collection automne-hiver 2020 ayant rencontré un franc succès.

20
millions d'euros
De 21 millions d'euros en 2014, le chiffre d'affaires est descendu à environ 20 millions l'an dernier.

Quant à savoir si l'entreprise était rentable, "comme dans toute autre entreprise, certaines années sont meilleures que d'autres", se limite-t-on à concéder du côté du management.

Après tout, s'il est bien un constat clair, c'est que le secteur de la mode est "sous pression". Et pour cause: "fournisseurs et producteurs exigent de plus en plus de paiements anticipés face au contexte actuel", souligne-t-on du côté de l'entreprise. "Or, les revenus arrivent de plus en plus tard en raison d'un paysage de vente au détail pulvérisé. En résulte une situation de tension qui pèse lourdement".

"Antwerp six"

Côté héritage, par contre, la situation est plus radieuse. Avec ses influences gothiques et bohémiennes, la créatrice Ann Demeulemeester a durablement contribué, outre à l'émergence d'un nom, à mettre Anvers sur la carte du monde de la mode avec ses coupes soignées et son glamour sombre.

Elle fait d'ailleurs partie, avec Dries Van Noten, du groupe dit des "Antwerp Six", du nom de ces designers, sortis des murs de l'Académie royale des Beaux-arts d'Anvers à la fin des années 80, qui ont marqué de leur esthétique radicalement distincte la scène internationale.

Forte du prix du jeune créateur le plus prometteur de Belgique en 1982, Ann Demeulemeester fait sa première apparition à Paris en 1992, après avoir fondé sa marque en 1985. De là, elle gravit rapidement les échelons pour finir par se hisser au rang de star de la mode féminine, avant de se lancer dans les vêtements pour homme peu après.

Porcelaine et luminaires

Depuis lors, la créatrice s'est reconvertie, formation en Belgique et à l'étranger (France et Angleterre) à l'appui , dans les porcelaines et les luminaires – ce qui explique d'ailleurs qu'elle ne participera pas à la relance de la marque qui porte son nom pour le compte d'Antonioli, nous dit-on. Avec une première collection lancée l'an dernier.

Ce qui a commencé comme une passion "pour le quotidien, mais aussi pour les dîners avec nos amis ou en famille", constitue désormais une véritable activité commerciale grâce au soutien des fondateurs la marque belge Serax et à un atelier à Kessel, en province d'Anvers.

"La fille de Flandre, a toujours suivi sa propre voie, sans se plier aux attentes des autres."
Patti Smith
Chanteuse et amie d'Ann Demeulemeester

En réalité, Ann Demeulemeester, "la fille de Flandre, a toujours suivi sa propre voie", écrit son amie de longue date, Patti Smith, dans l’avant-propos de la monographie qui lui est consacrée. Et ce, "sans se plier aux attentes des autres", en posant "des choix audacieux, inébranlables et radicaux".

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