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reportage

Bicloo veut faire des miracles de vos vieilles chambres à air

Valentin De Rodder (à droite), le "joyeux fondateur" de Bicloo, vient de s'associer à Maxime Delehouzée (à gauche) pour développer son entreprise. ©Wouter Van Vooren

Bicloo transforme les vieilles chambres à air en portefeuilles, sacoches ou casquettes. Réutilisation des matières et économie circulaire sont au cœur du projet.

Pour Valentin De Rodder, tout est parti d'un profond malaise par rapport à ses activités. Commercial pour une marque de vélo et un distributeur hollandais, ce Tournaisien était également impliqué dans le projet citoyen de monnaie locale du Tournaisis, le Yar.

"J'étais en pleine schizophrénie. D'un côté, j’importais des choses qui venaient de très loin et d'un autre côté, je tentais de relocaliser les choses", témoigne-t-il. Après sept ans comme commercial, décision est donc prise. Valentin quitte son boulot. Il part voyager un an pour voir ce qui se fait à droite à gauche dans l'univers du vélo et de l'économie circulaire.

De retour dans sa terre natale, il tient son idée. "On jette en moyenne sa chambre à air tous les ans. Avec 7 millions de vélos en circulation en Belgique, on se retrouve vite avec des milliers et des milliers de tonnes de déchets", déplore-t-il. Des déchets qui viennent "lester les bateaux qui repartent vers l'Asie", ajoute Maxime Delehouzée, un ancien du secteur des assurances également à la recherche de sens qui s'est associé au projet il y a un mois.

L'idée est de mettre sur pied une vraie économie circulaire. En bout de course, ces chambres à air usagées deviennent ainsi des portefeuilles, des casquettes de cycliste ou des sacoches d'ordinateur totalement made in Belgium, et ce même s'il est souvent inscrit made in China ou Taiwan sur des morceaux de chambres à air. Le "surcyclage" ou "upcyling" par excellence, qui consiste à revaloriser des matières sans dépense d'énergie pour les déconstruire.

Des sacoches Bicloo. ©Wouter Van Vooren

Pour arriver à cette prouesse, Valentin a enfourché son vélo et est parti à la recherche de partenaires potentiels dans sa région. Il trouve ses doublures, tirettes et rubans rigides dans des entreprises de Courtrai et Waregem (Elasta, Hartex et Kroko).

Production locale

Le volet production se passe dans l'ASBL Les Érables, une entreprise de travail adapté de Tournai. Ici, près de 200 personnes s'affairent à de la production et de l'assemblage en tout genre. Il y a par exemple cette spécialité maison qui consiste en des matelas isolants entièrement sur mesure. Il y a aussi des productions pour des tiers, comme des équipementiers automobiles, une designer de sacs, des entreprises qui ont besoin d'assemblage de paquets cadeaux de fin d'année ou même Colruyt pour du packaging. "Je suis un vrai adepte de la relocalisation", sourit Olivier Huyghe, le directeur des Érables.

"Nous faisons dans le réemploi, pas dans le recyclage."
Valentin De Rodder
Fondateur de Bicloo

Le partenaire idéal pour Valentin De Rodder. Sur place, celui-ci explique: "4 à 8 personnes des Érables travaillent sur nos produits quasi tout le temps. Un portefeuille, c’est deux heures et demie de travail. C'est pour cela qu'il coûte 50 euros", pointe-t-il.

Les chambres à air sont attachées les unes aux autres pour créer une matière première résistante, qui est ensuite retransformée en une série de produits. Bicloo, pour vieux vélo, est ainsi née.

Jeune projet

Le projet est encore jeune. Les prototypes ont à peine un an. Très rapidement, les produits de Bicloo ont trouvé leur place dans une vingtaine de boutiques de cycles, design ou zéro déchet.

D'ici la fin de l'année, Bicloo devrait compter une quarantaine de points de vente physiques, essentiellement en Wallonie et à Bruxelles. Valentin De Rodder a encore un carnet d'adresses bien fourni de son travail de commercial. Il rappelle qu'il y a 1.700 vélocistes en Belgique, sans compter les autres boutiques susceptibles d'accueillir ses produits. Bicloo commence d'ailleurs à s'insérer en Flandre et se vend également à Amsterdam et Paris. Évidemment, les produits se vendent aussi en ligne.

"Quand vous subsidiez l'achat d'un vélo électrique, vous subsidiez la Chine!"
Valentin De Rodder

Pour financer ses débuts, Bicloo a lancé une campagne de crowdfunding en mars sur la plateforme Ulule. "Nous avons obtenu 165% des fonds", se félicite De Rodder, soit plus de 8.000 euros. 3.200 produits sont déjà sortis des ateliers, pour des prix oscillant au détail entre 20 et 100 euros.

Le plan financier de Bicloo prévoit 4.500 unités cette année. "Nous voulons gonfler le stock doucement avec une croissance organique. C'est du simple bon sens pour ne pas mettre de risque sur la table", détaille le fondateur.

Du réemploi plutôt que du recyclage

La matière première, qui ne manque pas, est récoltée dans des magasins de cycles, chez Decathlon et autres. "Nous sommes une filière de tri et de valorisation  de produits orphelins. Nous faisons dans le réemploi, pas dans le recyclage", insiste le fondateur.

On touche une corde sensible chez ces entrepreneurs quand on parle du recyclage, qui est selon eux souvent un moyen de maintenir en place une économie linéaire plutôt que circulaire. "Le recyclage a un coût énergétique important, avec par exemple la refonte et la reproduction", estiment-ils de concert. Pour eux, le réemploi et la réutilisation ont donc bien plus de sens.

Cette aventure ne serait néanmoins pas possible sans soutien public. "Être un écoentrepreneur circulaire et social, c'est un gros défi. C'est un monde encore subsidié", avoue Maxime Delehouzée. Mais il rappelle aussi que la TVA sur ce type d'activité est réduite en France et pas en Belgique.

"On pense qu'un changement de comportement d'achat arrive. Jusqu'ici il n'y avait pas d'alternative au made in China."
Valentin De Rodder

"Quand vous subsidiez l'achat d'un vélo électrique, vous subsidiez la Chine!", s'exclame De Rodder, pour qui un soutien à une économie circulaire locale est bien plus vertueuse.

Leurs bureaux sont basés dans l'open space du hub créatif de Tournai, TechniCité. La coopérative Azimut les soutient dans leur développement. La création d'une vraie entreprise dans les statuts est prévue pour janvier.

Les jeunes entrepreneurs regardent vers le B2B. Pourquoi ne pas convaincre des PME industrielles qui "veulent changer" de travailler avec eux sur des produits? Surtout que Les Érables est un spécialiste du sur-mesure. Bicloo travaille par exemple avec des brasseries pour remplacer le pack de 6 en carton par un pack réutilisable fait de ses matériaux. "On pense qu'un changement de comportement d'achat arrive. Jusqu'ici, il n'y avait pas d'alternative au made in China. Il faut changer cela", conclut De Rodder.

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