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Cameleon, la relance expérimentale

Journaliste

Après validation par le fisc, les travailleurs de Cameleon peuvent entrer au capital de la société.

Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait. Cette maxime attribuée à Mark Twain peut s'appliquer à la nouvelle direction de Cameleon, ce trio en passe de réussir son pari. Pour reprendre une société après une faillite, avec des fonds limités et en imaginant faire participer les travailleurs à cette aventure entrepreneuriale, il fallait au minimum de l'audace et de l'imagination. Et sans doute une bonne dose d'inconscience.

Dès l'annonce de la reprise de la société, la nouvelle direction a annoncé son intention d'impliquer les travailleurs qui le souhaitaient en leur permettant de monter au capital de Rengo, du nom de la structure mise en place pour relancer Cameleon. À dire vrai, à ce moment, la proposition jetée sur un coin de table ressemblait à s'y méprendre à un voyage sans bagages, une excursion non prévue dans une contrée inconnue. La clé pour faire de cette promesse une réalité a été compliquée à trouver. Il a fallu passer par un ruling du service des décisions anticipées du fisc, mais la piste envisagée était la bonne et les feux ont fini par passer au vert.

La relation au risque d'un travailleur salarié n'est pas la même que celle d'un entrepreneur indépendant.

La solution trouvée est innovante et en cela, elle est enthousiasmante. Mais le plus intéressant dans cette aventure est d'avoir réussi à entraîner des travailleurs qui n'étaient pas du tout préparés à cela. De l'aveu même de la direction, il a fallu les informer, les former puis les rassurer. La relation au risque d'un travailleur salarié n'est pas la même que celle d'un entrepreneur indépendant.

Comment expliquer à ces travailleurs les contours de leur nouvelle position? Quels sont leurs droits et devoirs en tant qu'actionnaires? Quand et comment peuvent-ils s'exprimer? Va-t-on convoquer une assemblée générale à l'heure de changer deux châssis et de repeindre trois portes? C'est cela et mille autres points qu'il a fallu aborder à grands renforts de groupes de travail. Car, et c'est une possibilité offerte par le nouveau code des sociétés, si les travailleurs détiennent 8% du capital de Cameleon, ils possèdent également 24% des droits de vote. Ce qui veut dire qu'ils deviennent un partenaire à part entière de la direction, que leur voix compte et qu'elle sera entendue. Ce projet est noble et expérimental, mais la route sera longue et parfois semée d'embûches, il faudra donc être prudent. Même s'il ne s'agit que d'une cinquantaine de travailleurs, Cameleon fait aujourd'hui office de laboratoire développant une solution qui pourrait être dupliquée dans d'autres dans des structures plus grandes. Et ça, c'est intéressant.

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