Publicité

"Ce ne sont pas les talibans qui ont gagné, mais l'État qui s'est effondré"

Herat est tombée aux mains des Talibans le 13 août après des combats assez soutenus ©AFP

L'entreprise belge Traitex avait lancé une usine de lavage de laine cachemire en Afghanistan il y a 7 ans. L'outil a été saisi par les talibans.

Alors que l'usine verviétoise de lavage de laine Traitex panse encore ses plaies et achève de nettoyer les affres des inondations de la mi-juillet, c'est une autre catastrophe qui s'abat sur la société lainière. Sa filiale afghane a été vidée de ses occupants en fin de semaine dernière.

Hérat, chef-lieu de province dans l'ouest de l'Afghanistan, est la troisième ville du pays, à une grosse centaine de kilomètres de la frontière iranienne. C'est à Hérat que Traitex a créé une usine de lavage de laine de cachemire en 2014. "Depuis un an ou deux, les choses commençaient à bien se développer, même si les choses ont été difficiles très longtemps", regrette Jacques Delhasse, directeur général de Traitex en Belgique.

Une filière de cachemire

L'objectif était de créer et de développer en Afghanistan une filière de production et de transformation de laine de cachemire, de très bonne qualité. L'usine employait une dizaine de personnes et devait atteindre les 200 tonnes de laine traitée cette année. "C'était une belle entreprise grâce à du personnel de très grande compétence", affirme Eric Van Zuylen, le président du conseil d'administration du Traitex Industry Afghanistan.

Mais depuis la chute de la ville le 13 août dernier, l'usine a été fermée par les talibans et son directeur est recherché. "Son seul tort est d'avoir travaillé pour une société occidentale, en partie financé par des fonds américains dans le cadre de la reconstruction du pays", précise encore Van Zuylen.

"Le pays a été en guerre pendant si longtemps que l'État n'a plus aucune crédibilité dans les provinces souvent aux mains de potentats locaux."
Eric Van Zuylen
Président du Conseil d'administration de Traitex Industry Afghanistan

Connaisseur du pays, Van Zuylen ne cache pas sa surprise devant la rapidité de la chute du régime en place. "On sentait venir le basculement depuis l'annonce du retrait américain. Mais toutes les analyses et nos contacts sur place tablaient sur une transition politique et un partage du pouvoir avec les talibans après le retrait américain", analyse-t-il. "In fine, ce ne sont pas tant les talibans qui ont gagné que l'État en place qui s'est totalement effondré. Même les chefs de guerre locaux qui tenaient les villes alors que les Islamistes étaient plutôt dans les campagnes n'ont offert que peu de résistance."

Corruption

Même si l'usine de lavage de laine commençait à trouver une sa vitesse de croisière, notamment grâce à un partenariat avec un fabricant anglais voisin et grâce à des débouchés commerciaux en Chine, le développement a été difficile. "Le pays a été en guerre pendant si longtemps que l'État n'a plus aucune crédibilité dans les provinces souvent aux mains de potentats locaux. La corruption dissuade les gens de passer par des filières officielles. Le commerce de la laine de cachemire non traitée est règlementé. Mais les producteurs locaux préfèrent faire des kilomètres à dos de mules pour l'écouler, vers l'Iran notamment..."

Le principal souci de Traitex est maintenant le sort du personnel local et notamment du directeur. Quid de l'avenir? "Nous pouvons sans doute faire une croix sur cette aventure", estime Van Zuylen. "Il y a très peu de chances que les talibans se mettent à collaborer avec les sociétés occidentales à court terme. Vont-ils mettre le pays à sac ou prendre leurs responsabilités pour le maintenir ? Ces talibans ne sont pas ceux d'il y a 20 ans. Sur quoi vont-ils baser l'économie de leur régime?", s'interroge encore Van Zuylen.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés