Dix leviers pour combattre la mode éphémère

Privilégier les filières locales plutôt que la grande exportation (photo : une usine de confection au Vietnam) est une des clés pour rendre la mode plus circulaire. ©Bloomberg

La "fast fashion" entre en contradiction avec la durabilité. Distingué aux Hera Awards, un mémoire recense les voies d’actions pour rendre la mode circulaire.

La mode éphémère (“fast fashion”), qui induit un renouvellement toujours plus rapide des vêtements proposés à la vente, entraîne dans son sillage une série d’effets peu compatibles avec la lutte contre le changement climatique et les objectifs de développement durable.

Deux chiffres pour fixer les idées: chaque année, 5,8 millions de tonnes de vêtements sont jetés en Europe; et 1% seulement de ces déchets textiles sont recyclés.

En réaction, un nombre croissant de voix s’élèvent pour faire pression sur l’industrie de la mode, afin qu’elle accepte de revoir ses bases de fonctionnement. Cette transition vers une mode circulaire ne se fera pas sans difficultés ni grincements de dents, mais semble de plus en plus légitime.

Hera Awards

Éléonore Arnould, une étudiante fraîchement diplômée de l’Université de Louvain, a identifié toute une série de pistes pour accélérer cette transition. Son mémoire, qui traitait de ce thème a été distingué dans le cadre des Hera Awards.

1 kilo
de vêtements
Selon Éléonore Arnould, si 1 kilo de vêtements est recyclé, plutôt que créé à partie de matières premières classiques, on évitera l’émission de 3,6 kilos de CO2, la consommation de 6.000 litres d’eau et de 0,5 kilo de produits chimiques divers.

Créé par la Fondation pour les générations futures, Hera est un programme de prix d’excellence qui récompense les thèses et les mémoires d’étudiants d’universités belges qui aident à faire émerger des idées nouvelles susceptibles de rencontrer les enjeux de demain.

Dans le cadre des prix 2021, qui étaient axés sur l’économie durable, Éléonore Arnould a repéré et détaillé 37 pistes pour la transition du secteur textile vers une économie circulaire: 18 freins et 19 leviers. Voici les 10 leviers les plus parlants…

Les meilleurs leviers

1/ Optimiser les technologies de recyclage: c’est un aspect clé du problème, les vêtements composés de plusieurs fibres et matériaux différents sont difficiles à recycler, à l’inverse des textiles mono-fibres. Et quand ils le sont, c’est en "downcycling", c’est-à-dire en matériaux pour isolants ou rembourrage de sièges…

Développer des vêtements mono-fibres constituerait donc un beau stimulant au recyclage. Il existe aussi des technologies qui dissolvent les fils à haute température pour faciliter la séparation des boutons, zips et autres accessoires.

2/ Faire connaître le gain environnemental: le bilan environnemental de la fast fashion est catastrophique, tandis que le recyclage et la réutilisation forment un cercle vertueux au bilan impressionnant. "Si 1 kilo de vêtements est recyclé plutôt que créé à partie de matières premières classiques, on évitera l’émission de 3,6 kilos de CO2, la consommation de 6.000 litres d’eau et de 0,5 kilo de produits chimiques divers", souligne Éléonore Arnould.

Plusieurs certifications existent déjà pour valider la démarche et la faire connaître: Bluesign, Global Organic Textile, Organic Content Standard, etc.

3/ Stimuler la collaboration active entre les différents maillons de l’industrie: "des partenariats entre fournisseurs et marques sont susceptibles de sécuriser les conditions de travail et le cycle du vêtement", tandis qu’une bonne collaboration entre marques et consommateurs permettra de stimuler la réparation ou le retour de vêtements.

"Les politiques peuvent taxer les externalités négatives et faire glisser la charge fiscale pour que les consommateurs paient le vrai prix de l’empreinte carbone de leurs vêtements."
Éléonord Arnould
Étudiante, nominée aux Hera Awards en Sustainable Economy

On peut aussi encourager la collaboration au niveau des start-ups et des incubateurs, et plus largement le partage de bonnes pratiques.

4/ Jouer à fond la carte de la transparence: sur les prix, les conditions de travail des fabricants, le gain environnemental, l’industrie a tout intérêt à communiquer au maximum.

5/ Mieux contrôler la chaîne d’approvisionnement: les entreprises de mode circulaire contrôlent plus facilement la chaîne et facilitent la traçabilité des produits.

6/ Faire valoir la qualité des produits: le secteur circulaire met en valeur non seulement la qualité, mais aussi la longévité des vêtements.

7/ Profiter de l’avantage compétitif des marques pionnières: les précurseurs et les avant-gardistes dans la mode circulaire ont (auront) un avantage compétitif sur les autres.

8/ Solliciter et utiliser l’incitation politique: "les politiques peuvent taxer les externalités négatives et faire glisser la charge fiscale pour que les consommateurs paient le vrai prix de l’empreinte carbone de leurs vêtements", souligne Éléonore Arnould.

"Il faut ralentir le rythme de vie des vêtements et, pour y arriver, changer les mentalités."
Éléonore Arnould

9/ Recourir au financement à impact: le secteur de la mode circulaire correspond globalement aux critères d’investissement des fonds à impact; ses entreprises peuvent aussi participer à la nouvelle tendance des crédits à taux réduits pour les modèles à impact.

10/ Tabler sur la prémiumisation: un prix plus élevé que dans la mode éphémère semble justifié et pourra notamment s’appuyer sur une loyauté plus affirmée des clients "qui souhaitent allier styles et valeurs".

En conclusion

"Il faut ralentir le rythme de vie des vêtements", relève en conclusion Éléonore Arnould. "Il faut, pour y arriver, changer les mentalités et amener les consommateurs à examiner ce qu’il y a derrière le produit: quelle origine, quelles matières, quel bilan climatique, etc."

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