E5 Mode rééchelonne sa dette et se sauve provisoirement

Le sauvetage de la chaîne E5 Mode est une des rares nouvelles positives dans le secteur du retail en cette période de coronavirus. ©Wouter Van Vooren

E5 Mode est sauvée, du moins provisoirement. Son propriétaire Frederic Helderweirt propose un plan visant à permettre la poursuite des activités de la chaîne d’habillement déficitaire, actuellement protégée contre ses créanciers.

Le jour J approche pour E5 Mode. Lundi prochain, les créanciers de la chaîne de magasins d’habillement sont appelés à se prononcer sur son plan de sauvetage. S’ils sont plus de la moitié à marquer leur accord, le juge pourrait mettre un terme à la procédure de réorganisation judiciaire (PRJ), ce qui permettra à l’entreprise de poursuivre ses activités.

C’est en avril dernier que la chaîne E5 Mode avait demandé une protection contre ses créanciers. La crise du coronavirus l’y avait contrainte – elle s’attendait à perdre 12 millions d’euros de chiffre d’affaires – alors qu’elle avait déjà quatre années de pertes derrière elle. E5 Mode éprouvait les plus grandes difficultés à honorer sa dette qui se montait (selon les derniers chiffres disponibles) à 22 millions d’euros au terme de l’exercice 2018-2019.

Le plan de Frederic Helderweirt, qui a repris l’entreprise en décembre dernier, s’appuie sur un rééchelonnement de la dette, consistant à la réduire ou à en étaler le remboursement. "Les créanciers sont coopératifs, parce qu’il est dans leur intérêt que l’entreprise survive", souligne le patron de la chaîne.

Les 41 personnes qui perdent leur emploi en Wallonie recevront leur indemnité de licenciement avec retard.

Le cas d'ECG

Parmi les créanciers, on trouve les fournisseurs, mais aussi ECG, une société-sœur d’E5 Mode qui conçoit les vêtements et les vend. "Une grande part des dettes de la chaîne est à l’égard d’ECG, qui, à son tour, est débitrice vis-à-vis d’E5 Mode. Les deux entreprises pouvaient assez facilement rééchelonner leurs dettes réciproques", fait remarquer Wouter Parmentier du syndicat ACV Puls.

Frederic Helderweirt se refuse à détailler le rééchelonnement de la dette. "Mais grâce à notre plan, la survie immédiate d’E5 Mode et d’ECG n’est plus en danger", se félicite-t-il.

Curieusement, le plan de sauvetage ne prévoit pas d’apport d’argent frais par un nouvel investisseur.

Le personnel a également mis la main à la poche. "Le pécule de vacances sera versé ultérieurement", explique Bart Leybaert du syndicat BBTK. "Et quelques primes sont annulées ou reportées."

Juste avant la crise, E5 Mode avait décidé de fermer ses douze magasins au sud du pays. Les 41 personnes qui perdent leur emploi en Wallonie recevront leur indemnité de licenciement avec retard. Aucune autre fermeture n’est prévue. "La plupart des magasins flamands vont bien", souligne Parmentier. Au siège, six emplois sont supprimés chez E5 Mode et ECG.

Pas d'argent frais

Curieusement, le plan de sauvetage ne prévoit pas d’apport d’argent frais par un nouvel investisseur alors que son patron en avait exprimé l’intention devant le juge. "La crise du coronavirus a compliqué cette recherche. Jusqu’à récemment, nous ne pouvions pas annoncer aux candidats potentiels quand les magasins rouvriraient. Mais la quête d’un investisseur financier a repris de plus belle."

Le sauvetage de la chaîne E5 Mode est une des rares nouvelles positives dans le secteur du retail en cette période de coronavirus. FNG, la maison mère de la chaîne de mode Brantano, est également dans la tourmente. Même Schoenen Torfs, une entreprise performante au cours des dernières années, a dû licencier du personnel.

"La crise n'est pas encore terminée"

Mais E5 Mode est-elle vraiment sauvée ou n’a-t-elle fait que gagner du temps? Les tendances antérieures se poursuivent, voire s’amplifient: la montée en puissance de l’e-commerce et des chaînes de vêtements bon marché. E5 Mode n’y a toujours pas apporté une réponse convaincante.

Qui plus est, un des plans visant à pérenniser la chaîne, à savoir une collaboration avec FNG, est mis au frigo. "La crise n’est pas encore terminée, reconnaît Frederic Helderweirt, mais les problèmes aigus des mois écoulés sont maintenant derrière nous."

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés