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Esther Berrozpe: "Ontex n'attendra pas juin pour remédier à son endettement"

Déjà administratrice du spécialiste belge des produits d'hygiène personnelle jetable depuis 2018, l'hispano-italienne Esther Berrozpe a remplacé le CEO ad interim Thierry Navarre en janvier. ©Karoly Effenberger

Esther Berrozpe, nouvelle patronne d'Ontex, veut boucler d'ici juin un passage à la loupe "sans tabou" des activités du fabricant de langes. Objectif? "Simplifier".

Cours de bourse en chute libre depuis 2017, coups de sang d'actionnaires, prix des matières premières en forte hausse, concurrence croissante, marges sous pression, endettement problématique, dégradation de notation au rang d'investissement "spéculatif" par l'agence Moody's, alerte sur résultat… il n'y a pas à dire, les défis ne manquent pas pour la nouvelle CEO d'Ontex , Esther Berrozpe, montée à bord le 1er janvier dernier.

Embellie du chiffre d'affaires au printemps

Les chiffres annuels d'Ontex sont globalement en ligne avec les attentes. Le spécialiste belge de produits d'hygiène personnelle jetables a vu son chiffre d'affaires diminuer de 8,5% à 2,1 milliards d'euros.

3% de cette baisse sont "organiques", soit le résultat de la concurrence féroce d'acteurs comme Kimberly-Clark, Essity et Procter & Gamble. Le reste peut être attribué à des taux de change défavorables, en particulier à la chute du real brésilien et du peso mexicain. Leur chute soudaine dévore en effet les revenus sur les marchés cruciaux que sont le Mexique et le Brésil lorsqu'ils sont convertis en euros.

Cependant, grâce aux économies mises en œuvre, Ontex a pu limiter la baisse de son excédent brut d'exploitation (ebitda) à 3,9%, pour atteindre 235,6 millions d'euros. Ainsi, le groupe a pu augmenter légèrement sa marge bénéficiaire, de 10,7 à 11,3% entre 2020 et 2019.

Le bénéfice net s'élève à 54 millions d'euros, soit 0,67 euro par action. À noter: aucune décision sur le versement d'un dividende n'a encore été prise à ce stade. "Le conseil d'administration décidera en amont de l'assemblée générale", fait savoir Ontex.

Pour 2021, la nouvelle CEO, Esther Berrozpe, se montre prudente. Compte tenu de la base de comparaison difficile, elle s'attend à une contraction organique "d'au moins 10%" ce trimestre. Les ventes devraient se redresser à partir du deuxième trimestre, soit au printemps.

Il n'est pas encore clair si cela se traduira également par une reprise des marges. Ontex est également aux prises avec la hausse des prix des matières premières. Des mesures seront prises pour y remédier.

À l'occasion de sa première interview, l'intéressée l'admet volontiers: "la situation est assez délicate" pour le spécialiste des produits d’hygiène personnelle jetables. Mais pas nouvelle pour autant puisque l'hispano-italienne est à bord du conseil depuis mai 2019 déjà.

La donne est simple: Ontex "sous-performe par rapport à ses compétiteurs et n'a pas rencontré ses engagements, que ce soit en matière d'investissements à l'international ou d'investissements dans de nouvelles catégories produit", analyse la nouvelle patronne.

Heureusement, la situation "peut être arrangée". Une revue stratégique a été initiée en ce sens en août dernier sous la houlette du nouveau président du conseil, Hans Van Bylen, qui remplaçait Luc Missorten en mai de l'année dernière. La CEO poursuivra l'exercice. Avec l'idée d'aboutir à un plan d'action concret "d'ici juin".

Au programme, quatre grand chantiers sont à l'ordre du jour. D'un, le "portefeuille sera passé en revue, de A à Z", avec l'idée de "simplifier", mais aussi de "se projeter vers l'avenir"; "il n'y a pas de tabous". De deux, il faudra qu'Ontex "renoue avec une certaine cadence en matière d'innovation". De trois, un travail sera mené en vue de "tendre vers une forme d'excellence opérationnelle"; et pour cause, "alors que notre taille – soit deux à quatre fois celle de nos poursuivants – devrait nous donner l'opportunité d'avoir les meilleurs coûts, on n'y est plus". De quatre, enfin, la proximité-client sera remise sur la table, "car on a un peu perdu ce focus, et avec lui des parts de marchés en Europe notamment, pourtant notre principal marché".

"Le portefeuille sera passé en revue. L'idée? Simplifier, mais aussi de se projet vers l'avenir"
Esther Berrozpe
CEO d'Ontex

La tâche est d'ampleur. D'autant qu'un travail sera aussi mené sur la culture de l'entreprise, qui "doit être plus tournée vers la performance" et passera par une "nouvelle politique de rémunération" (en ce compris de la CEO, NDLR), tout comme sur les questions de responsabilité environnementale, sociale et de gouvernance, où Ontex "doit faire des choix clairs".

Mais certaines décisions pourraient intervenir en amont, sur le modèle de la nomination d'un nouveau patron pour l'Europe par exemple, ou le processus de recrutement d'un nouveau directeur financier, qui est en cours en ce moment. La question de l'endettement fait ainsi partie des questions urgentes à régler.

En effet, un prêt à terme de 600 millions et une ligne de crédit de 300 millions arrivent à échéance l'an prochain. Les analystes estiment qu'au cours des 18 à 24 prochains mois, la dette sera de 4,5 à 5 fois l'excédent brut d'exploitation (Ebitda) annuel. En clair, Ontex est en zone de danger et le refinancement est urgent. "Nous n'attendrons pas juin pour y remédier", promet Esther Berrozpe.

Introspection

Facile que de venir annoncer tout cela aujourd'hui, alors que la patronne aurait pu peser en amont quant elle était au conseil? "La plupart des décisions importantes qui ont été prises datent d'avant mon arrivée. Alors, aurais-je pu mettre plus de pression en tant qu'administratice? J'ai fait mon introspection… Il faut plus d'ouverture et de transparence. Je ne dis pas que ce n'était pas le cas, mais je ne pense pas que le conseil d'administration avait en mains toutes les pièces du puzzle. Ce qui lui rendait difficile d'ajouter de la valeur".

Deal à dix chiffres manqué

Accuser les coups mais se porter candidat à une prise de contrôle à dix chiffres, la situation est loin d'être idéale. Pourtant, selon nos informations, Ontex - à l'instar de son challenger Drylock du vétéran d'Ontex Bart Van Malderen - était bien l'un des candidats à l'acquisition de la division hygiène de l'américain Domtar, une transaction d'environ 1 milliard. Mais le groupe alostois a dû faire un pas en arrière au profit du fonds d'investissement AIP début janvier.

"Je ne peux ni confirmer ni nier que nous avons été actifs sur le dossier", déclare Berrozpe. "Mais je suis d'accord: pour le moment, nous n'avons pas les moyens de faire une telle opération. Ce serait très risqué."

Malgré la situation financière précaire d'Ontex, Berrozpe dit rester ouverte aux acquisitions si elles permettent d'accélérer sa stratégie. "Cependant, nous devons d'abord remettre de l'ordre dans notre maison et devenir une machine efficace."

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