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Hermès, bientôt la quatrième lettre de LVMH?

A pas de loup, le groupe de Bernard Arnault s’est invité au capital de cet autre fleuron du luxe. Pour y placer ses économies, vraiment?

On ne sait pas trop si les quelque 60 héritiers d’Emile Hermès ont pris peur ou se sont au contraire frotté les mains en apprenant que LVMH s’était emparé de 14,2% des parts du fleuron mondial du luxe, avec un contrat d’option pour monter à 17%.

Car si le groupe de Bernard Arnault a déboursé "à peine" 80,50 euros par titre (en rachetant discrètement des blocs d’actions), alors qu’ils en valent plus de 200 en Bourse, il ne pourrait prendre le contrôle de l’entreprise qu’au prix fort, c’est-à-dire en brisant le pacte qui lie la dizaine de familles actionnaires d’Hermès avec 80% des droits de vote.

Or, il en a les moyens. Même si la capitalisation d’Hermès, de 20 milliards d’euros, pèse lourd par rapport à celle de LVMH, qui est de 55 milliards d’euros.

D’un autre côté, en cas de vente, les héritiers devront faire une croix sur une formidable machine à cash, pourvue d’une trésorerie nette de plus de 700 millions d’euros et alimentée par des bénéfices en hausse de 10% chaque année depuis dix ans…

Mais on n’en est pas encore là. Bernard Arnault, dont on connaît la patience pour fédérer des actionnaires familiaux autour de lui, assure qu’il entend non seulement préserver "le caractère familial et français qui est à l’origine du succès mondial de cette marque emblématique", mais aussi se garder de lancer une OPA.

Un investissement en bon père de famille en quelque sorte, peut-être décevant pour les actionnaires de LVMH qui espéraient une redistribution de cash mais à un prix raisonnable avec un ratio cours/bénéfice comparable à celui de LVMH (autour de 19).

De son côté, la famille Hermès, qui avait introduit ses actions en Bourse en 1993 pour les rendre plus liquides et assurer le développement du groupe, rappelle sur son site internet qu’elle n’a pas l’intention de vendre.

Ou, plus exactement, Hermès International précise qu’"aucun projet de cession significative de capital n’est envisagé", ce qui laisserait quand même la porte ouverte à une montée en puissance progressive de LVMH.

Mais après avoir réuni conjointement son conseil de gérance et son conseil de surveillance, le groupe a voulu montrer l’unité de son actionnariat après ces "mouvements non sollicités sur le capital". Dans un communiqué, la famille confirme "sa parfaite unité et sa volonté unanime de maintenir dans le long terme son contrôle".

Reste une question que certains observateurs n’ont pas manqué de se poser: comment peut-on acquérir des titres à 80,5 euros alors qu’ils en valent plus du double et qu’il faut remonter à mars 2009 pour retrouver un cours aussi bas? Et, surtout, pourquoi n’a-t-on pas venu le loup venir, puisqu’aucune déclaration de transparence - pourtant obligatoire une fois passée la barre des 5% - de la part de LVMH n’est parvenue au marché, pas plus qu’une déclaration d’intention, nécessaire au-delà de 10%?

L’association de défense des actionnaires minoritaires Adam s’en est émue, mais le géant du luxe a rétorqué s’être conformé "scrupuleusement" à la réglementation boursière, ajoutant qu’il transmettra à l’Autorité des marchés financiers "les informations requises par les textes dans le délai légal".

Peu avant, le gendarme des marchés avait indiqué qu’il allait "comme à chaque franchissement de seuil important vérifier que la réglementation en la matière a bien été respectée".

Jean-Yves Klein

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