La faillite de Brantano, CKS et Fred & Ginger paraît inéluctable

Les magasins Brantano, enseigne du groupe FNG, restent ouverts à ce stade. Pour combien de temps encore? ©SISKA VANDECASTEELE

Le nouveau CEO a été désigné trop tard. Faute d'avoir pu convaincre des investisseurs, le groupe de mode FNG fait aveu de faillite. 2.700 emplois sont menacés.

Les salariés du groupe FNG voulaient en savoir plus sur leur avenir, ils ont été servis. Alors que se tenait ce jeudi matin un conseil d'entreprise extraordinaire convoqué.... trois quarts d'heure plus tôt, la direction du groupe de mode qui chapeaute les enseignes Brantano, Miss Etam, Fred & Ginger ou encore CKS diffusait un communiqué officialisant l'issue fatale pressentie depuis quelques jours.

Acculé par les banques, qui refusaient de lui octroyer des financements, avaient dénoncé des crédits en cours et bloqué les comptes bancaires, le groupe, confronté à un besoin urgent de 70 millions d'euros, s'est vu contraint de faire aveu de faillite et de solliciter un moratoire pour des filiales néerlandaises.

Les activités du Benelux, qui emploient un peu plus de 2.700 personnes (sur un total de plus de 3.000), sont visées. En Belgique, l'emploi de quelque 1.400 salariés est sur la sellette.

1400
salariés
En Belgique, l'emploi de quelque 1.400 salariés est sur la sellette.

"Le principal créancier de FNG International Holding SA n'a pas accepté de lui octroyer de moratoire pour le prêt en cours. Le conseil d'administration a donc été contraint de faire aveu de faillite", précise le groupe dans son communiqué. Où l'on apprend par ailleurs que les activités scandinaves (Ellos, acquise en 2019) et de la maison mère FNG SA ne sont pas visées par la mise en liquidation.

Les enseignes visées

"FNG a acheté trop et trop vite, et sans financer ces acquisitions en interne, ce qui a creusé l'endettement."
Rita Liebens
Permanente SETCa

Les aveux de faillite concernent les magasins Brantano, Fred & Ginger, CKS, Claudia Sträter, Steps et Van Hassels. Plusieurs structures du groupe sont aussi sur la liste. Les enseignes néerlandaise Miss Etam et suédoise Ellos ne sont par contre pas visées à ce stade.

Le tribunal de l'entreprise de Malines doit se pencher ce vendredi sur le dossier. Tout porte à croire qu'il validera la faillite et désignera un curateur dans la foulée. Pour rappel, FNG est encore engagé dans une procédure de réorganisation judiciaire qui le met à l'abri de ses créanciers jusqu'au 5 octobre.

"L'appât du gain"

Inutile de dire que la pilule est dure à avaler du côté des représentants du personnel. "Les travailleurs de Brantano et de tout le groupe FNG Benelux paient pour la mauvaise gestion et l'appât du gain des fondateurs du groupe", lance Myriam Djegham, secrétaire permanente à la CNE.

Sa consœur du SETCa, Rita Liebens, cible pour sa part la précipitation de la direction précédente, dans la politique d'acquisitions notamment. "FNG a acheté trop et trop vite, et sans financer ces acquisitions en interne, ce qui a creusé l'endettement, et sans créer une structure unique. Le groupe s'est ainsi retrouvé avec deux sièges et trois centres de distribution", souligne-t-elle.

Le rachat, en 2016, de Miss Etam et Brantano avait déjà pesé lourd. Mais le point d'orgue aura été le rachat, en juillet 2019, du groupe suédois Ellos, une ancienne société de vente par correspondance comparable, par exemple, à Trois Suisses ou à Neckermann et qui s'est muée avec succès en plateforme d'e-commerce. Une opération à 229 millions d'euros qui a contraint le repreneur flamand à lever plus de 140 millions d'euros via un placement privé d'obligations.

Erreur administrative

La question de la survie de FNG devenait donc de plus en plus pressante. Mercredi, plusieurs magasins Brantano sont d'ailleurs partis en grève à la suite d'une erreur... administrative.

Les salariés avaient reçu de leur secrétariat social les fiches de comptes individuels de janvier à juillet 2020 , un document récapitulatif normalement envoyé en fin d’année. La direction avait alors reconnu qu'elle préparait plusieurs scénarios, dont celui de la faillite de Brantano.

Depuis lors, le travail a repris, mais il est vraisemblable qu'en cas de verdict fatal du tribunal de l'entreprise, les 104 magasins de l'enseigne fermeront leurs portes.

Des repreneurs?

La désignation, au début du mois, de l'ancien patron de la VRT Paul Lembrechts au poste de CEO ad interim sera donc intervenue trop tard. La situation, aggravée par une enquête de l'Autorité des services et marchés financiers (FSMA) sur des indices de manipulation de marché susceptible d'avoir été commise à l'époque de l'ancien management, était déjà quasiment désespérée.

Selon un porte-parole de FNG, une offre de reprise serait sur la table. Il reviendra au curateur de l'examiner. De Standaard évoque un consortium d'entrepreneurs rassemblés autour de Wouter Torfs, propriétaire des magasins de chaussures Torfs, soutenu par Emiel Lathouwers (ex-AS Adventure) et Guido De Vos (ex-CKS).  Une information qualifiée de pure spéculation par le principal intéressé.

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