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Le personnel de Cameleon monte au capital de la société

De gauche à droite: Alexis Malherbe, Pascale Switten et Thibaut Dehem. ©Antonin Weber / Hans Lucas

Après avoir amené à peu près 25.000 euros, une cinquantaine de travailleurs de Cameleon détient 8% du capital de la société.

Depuis toujours, Cameleon, cette société active dans la vente de vêtements de marque dégriffés, a su se montrer à la pointe de l'innovation. Par son modèle d'abord, de la vente exclusive de vêtements de marque, une première à l'époque. Par son bâtiment passif ensuite, un modèle du genre... Mais face à une concurrence effrénée, après avoir raté le virage de la vente en ligne, Cameleon n'a plus été capable de se réinventer et la société a dû faire aveu de faillite dans le courant du mois de novembre 2020. Aujourd'hui, quelques mois plus tard, la nouvelle direction n'a pas perdu ce goût de l'innovation. Depuis la semaine dernière, la promesse faite aux travailleurs est devenue une réalité. Une cinquantaine d'entre eux va faire son entrée au capital de Rengo, la société qui est à la base de la relance de Cameleon.

La relance, pas à pas

Derrière la relance de Cameleon, il y a une histoire. Et nous, les histoires, on aime bien ça. Parce que la faillite n’est pas une fatalité, parce que ce redémarrage avec l’entrée d’une partie du personnel au capital de la société par le biais d’une formule d’auto-reprise est innovant, nous avons décidé de suivre cette relance, pas à pas. Nous nous intéresserons aux femmes et aux hommes de Cameleon, aux nouvelles structures mises en place, aux étapes à suivre pour sortir la société du rouge et réussir ce nouvel envol. Nous interrogerons les nouveaux dirigeants, les travailleurs et les accompagnateurs de ce projet enthousiasmant, nous raconterons cette transition entre l’ancienne équipe et la nouvelle, nous suivrons les péripéties des uns et des autres et nous serons là pour les bonnes et les mauvaises nouvelles, au plus près. Et si l’aventure va à son terme, elle pourrait être inspirante pour d’autres et, pourquoi pas, servir de modèle.

Une promesse devenue réalité

Après l'aveu de faillite, Pascale Switten, alors en charge des achats chez Cameleon, ainsi que Thibaut Dehem et d'Alexis Malherbe, deux entrepreneurs, décident de reprendre Cameleon en créant la société Rengo. D'entrée de jeu, sans y avoir trop réfléchi, ils annoncent que les travailleurs qui le souhaitent pourront faire leur entrée au capital de Rengo. Ils ne savent pas vraiment comment faire, mais ils se lancent dans l'aventure.

Près de six mois après la relance, les dirigeants de Cameleon ont accepté de nous recevoir pour faire le point. "Rengo a connu un semestre de feu", explique d'entrée de jeu Pascale Switten. Malgré la pandémie, les mois passés ont été bons, notamment grâce à une bonne gestion des coûts, à une stratégie plus flexible d'achat du stock et à une gamme de produits plus ciblés. "On réécrit l'histoire avec Rengo. On se réinvente partout; dans le marketing, dans les ressources humaines, dans l'actionnariat et dans la gouvernance", nous explique Thibaut Dehem, avant de préciser que "l'idée est de remettre le personnel au centre".

Ruling fiscal

Mais la grande nouvelle du jour, c'est sans conteste l'entrée d'une partie du personnel (sur une base volontaire) au capital de la société. Et pour valider la solution imaginée, il a fallu passer par un ruling du service des décisions anticipées du fisc. Et, depuis la semaine dernière, c'est chose faite, le fisc a validé la piste imaginée par Cameleon et ses conseillers. Comme une société ne peut pas donner des actions à ses travailleurs, il a fallu imaginer un système de rémunération des travailleurs leur permettant de dégager des fonds à investir dans le capital.

25.000
euros
Le montant du capital détenu par les travailleurs de Cameleon

La solution retenue est venue du projet "Reload yourself" de l'ASBL Job yourself. Pendant les deux premiers mois de la relance de la société après la faillite, les travailleurs ont évolué sous la casquette d'auto-repreneurs. A cette occasion, ils ont bénéficié d'un défraiement de deux euros par heure, ce qui leur a permis de récolter 500 euros, soit le montant investi par chaque travailleur qui le souhaitait dans le capital de Cameleon. Comme ils sont une cinquantaine à avoir choisi cette voie-là, l'apport des travailleurs s'élève à 25.000 euros.

Droits économiques et politiques

"On réécrit l'histoire avec Rengo. On se réinvente partout; .dans le marketing, dans les ressources humaines, dans l'actionnariat et dans la gouvernance."
Thibaut Dehem
Cameleon

Cet investissement permettra aux travailleurs de s'emparer de 8% du capital de Rengo. En outre, le nouveau code des sociétés permettant d'opérer une différenciation entre les droits économiques et les droits politiques, ils bénéficieront de 24% des droits de vote lors des assemblées générales. "Ce ruling représente une forme de sécurité fiscale pour tous les travailleurs, il était important pour nous de blinder le système pour les travailleurs", nous a encore expliqué Thibaut Dehem. "L'avantage pour les collaborateurs, c'est qu'on a levé plein de risques et nous sommes contents que cela corresponde à ce qu'on avait annoncé au début", nous ont confié Pascale Switten et Thibaut Dehem.

Minimum garanti

Enfin, Cameleon voulait garantir à ses travailleurs une sorte de minimum garanti en cas de sortie du capital. Si un travailleur quitte la société, celle-ci s'engage à valoriser sa participation à 5.500 euros par le biais d'une prime salariale. Bien entendu, si, au moment de la sortie, leur participation vaut plus, elle sera payée à son juste prix.

"On a fait ce qu'on avait dit, c'est quelque chose d'extraordinaire que nous offrons à nos équipes."
Pascale Switten
CEO de Cameleon

"C'est important pour les travailleurs qui n'ont pas la même approche du risque que nous", précise Thibaut Dehem. Sont-ils fiers du parcours effectué? "Il ne faut pas crier victoire trop vite", répond Pascale Switten avant d'ajouter que "cet actionnariat est juste et correct. On a fait ce qu'on avait dit, c'est quelque chose d'extraordinaire que nous offrons à nos équipes".

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