portrait

Philip Green, la chute d'un empire

Philip Green, président d'Arcadia Group, est un businessman britannique, parmi les plus emblématiques des vingt dernières années. Frappé de plein fouet par la crise du Covid-19, son groupe de prêt-à-porter doit déposer le bilan.

Philip Green déteste à ce point les smartphones qu’il a toujours refusé de se séparer de son vieux modèle Nokia, qui tient dans la paume de la main et qui ne sert qu’à téléphoner. La première hypothèse expliquant ce rejet est que ce Londonien de naissance est nostalgique de cette époque pas si lointaine où les piétons marchaient encore dans la rue la tête droite, sans faire de zigzag et sans parler tout seul.

La seconde hypothèse, tout aussi crédible, est que le phénomène des smartphones lui a tout simplement coûté des milliards. L’explosion du e-commerce, depuis une dizaine d’années, a permis à des groupes comme ASOS ou Boohoo de grignoter les marges des marchands physiques établis, particulièrement ceux de son groupe Arcadia, qui comprend des marques majeures comme Topshop, Topman, Miss Selfridge, Burton, Dorothy Perkins ou Outfit. Après 90 ans d’existence, les magasins BHS ont déjà fermé leurs portes en 2016, sept ans après le rachat par Arcadia. La crise du coronavirus est le coup de grâce pour ce groupe, qui a indiqué ce lundi soir devoir déposer le bilan, ce qui va laisser 13.000 salariés sur le carreau.

Arcadia devient ainsi le plus gros groupe britannique victime de la pandémie de coronavirus. Cette annonce est "incroyablement triste", a commenté le ministre britannique des Entreprises, Alok Sharma, qui a promis le soutien des pouvoirs publics aux personnes affectées par ce développement. "Je sais que l'époque va être particulièrement inquiétante pour les employés et leurs familles, surtout à l'approche de Noël", a-t-il ajouté sur Twitter.

Le cabinet Deloitte a précisé ce lundi soir qu'il avait été désigné pour devenir administrateur d'Arcadia avec pour tâche de trouver d'éventuels repreneurs.

À 68 ans, Philip Green voit ses anciennes recettes emportées par le vent technologique, considérablement renforcé par la plus sévère crise sanitaire depuis un siècle. Les analystes ont beau jeu de rappeler qu’à la différence d’Arcadia, d’autres grands groupes ont entamé depuis plusieurs années le processus de numérisation de leurs activités, soit directement, soit avec des partenaires, comme la start-up Farfetch, qui a proposé des solutions clés en main pour de grandes marques.

Fin d'une époque

Les signaux étaient dans le rouge depuis une bonne dizaine d’années: les traditionnelles high streets britanniques se sont progressivement dévitalisées, laissant la place à des salles de paris ou des salons de beauté. Et depuis environ cinq ans, la désertification des grands centres commerciaux de périphérie s’est accélérée, entraînant l’assèchement d’enseignes établies, et remettant en question le modèle économique du groupe Arcadia.

Le temps dira si le modèle Amazon est décidément voué à être répliqué ou à tout vampiriser. En attendant, la chute de l’empire Arcadia est bien la fin d’une époque, tant Philip Green a inspiré à la fois de la fascination et de la répulsion, dans un pays où l’entrepreneuriat et l’ostentation sont généralement encouragés, parfois jusqu’à l’indécence. Philip Green restera ainsi le tycoon le plus "m’as-tu-vu?" des années 2000, avec des fêtes grandioses animées par Rihanna, Tom Jones, Rod Stewart ou Andrea Bocelli.

Un faste qui tranchait avec les coupes sombres opérées dans les entreprises acquises au fil des ans, selon des procédés qui sont devenus sa marque de fabrique. À tel point qu’il a été chargé par David Cameron d’un rapport sur l’optimisation des dépenses étatiques lors des appels d’offres, six mois après la victoire électorale du parti tory en 2010.

Green restera aussi comme l’homme du dividende le plus gourmand de l’histoire de la City, 1,2 milliard de livres versés directement sur le compte monégasque de son épouse Tina, et sans payer le moindre impôt.

Ses pratiques ont suscité de nombreuses critiques, à tel point qu’en 2016, une centaine de députés ont voté en faveur de la révocation de son titre de chevalier, obtenu dix ans plus tôt. Cette révocation a encore été plusieurs fois demandée depuis, en raison de comportements agressifs avec des membres du personnel d’Arcadia.

Un jet au service des McCann

Côté lumineux, Philip Green a fait une série de donations de plusieurs centaines de milliers de livres à diverses associations caritatives. Il a aussi mis son jet privé au service des parents de la petite Madeleine McCann, assassinée par un prédateur au Portugal en 2007.

Du neuf avec du vieux

Le premier succès commercial de Philip Green remonte à 1979. Agé de 27 ans, il avait acheté le stock entier de vêtements de dix marchands tombés en faillite, qu’il a ensuite fait nettoyer à sec et fait emballer pour leur donner un aspect neuf. Il a ensuite acheté un espace dans une rue commerçante pour les écouler.

CV Express

  • 1952 : naissance à Croydon (sud de Londres)
  • 1967 : premier job chez un marchand de chaussures, à l’âge de 15 ans
  • 1973 : premier business (import de jeans du Moyen-Orient vendus à des marchands londoniens)
  • 1979 : premier magasin
  • 1988 : PDG d’Amber Day, magasin discount
  • 2002 : Rachat d’Arcadia, avec son épouse Tina

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