Pro Leather a payé une série noire terminée par le Covid-19

Le deuxième client de Pro Leather était l'aéronautique, avec des clients prestigieux comme Airbus (photo: l'intérieur d'un A320)et Boeing. ©NurPhoto via Getty Images

L'horeca et l'aérien ne sont pas les seuls à souffrir de la crise. Le secteur du cuir et, notamment, la firme belge Pro Leather ont payé le prix fort.

L'aventure entrepreneuriale de Cédric Evers à la tête du groupe de tannage et de négoce de cuir Pro Leather s'est terminée la semaine dernière sur un aveu de faillite. L'entreprise d'Eupen a fini par faire les frais d'une sacrée série noire. Elle a encaissé tour à tour les impacts négatifs du Dieselgate, des accidents à répétition des gros porteurs d'Airbus (A320) et de Boeing (737 Max), de la guerre commerciale Chine-États-Unis et du coronavirus. Ces quatre événements se sont traduits pour elle par des commandes de clients à l'arrêt et des prix en chute libre. Et comme les investisseurs financiers invités au tour de table sont sortis en deux temps l'an dernier, Pro Leather n'avait plus les moyens de continuer.

"On n'a plus que nos yeux pour pleurer en observant la reprise du marché automobile."
Cédric Evers
fondateur et CEO, Pro Leather

En 2018, l'entreprise tournait à fond les manettes. Spécialisée alors dans l'achat, la transformation (en sous-traitance) et la vente de peaux, elle affichait un chiffre d'affaires de 27 millions d'euros et voyait ses deux principaux secteurs clients augmenter régulièrement leurs commandes de cuir: la construction automobile (pour les intérieurs de portes, les tableaux de bord...) et l'aéronautique (sièges...). Ses perspectives de croissance étaient si alléchantes qu'elle avait décidé d'investir dans la production, en rachetant pour quelque 5 millions d'euros la tannerie GLF GmbH à Weida, en Allemagne, et qu'elle avait séduit deux fonds d'investissement, le holding de patrons wallons Profinpar et l'invest liégeois Noshaq. En entrant au capital, ces derniers allaient lui donner les moyens de l'expansion qu'elle entrevoyait avec confiance.

Tout a commencé avec le Dieselgate

Puis la série noire a commencé. "Le marché automobile est entré en crise avec le Dieselgate (découverte de la réduction frauduleuse des émissions des moteurs VW, NDLR), ce qui a impacté notre premier secteur client, énumère le fondateur et CEO Cédric Evers. Il y a eu ensuite les accidents chez Boeing et Airbus, qui ont affecté notre deuxième client. Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis ont eu entre autres effets de faire chuter les prix des matières premières dans notre secteur. En mars 2020, enfin, alors que nous procédions à un nouveau tour de table avec nos partenaires financiers, est arrivée la crise pandémique. Celle-ci a quasi complètement tari la demande en voitures et en avions."

27 millions d'euros
chiffre d'affaires
Dans ses bonnes années, Pro Leather générait 27 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Et comme si cela ne suffisait pas, la tannerie allemande a dû être mise à l'arrêt en août 2020: à la disparition de la demande, s'était ajoutée la nécessité pour elle d'investir dans une coûteuse station d'épuration. Une nouvelle dépense impossible à prendre en charge. "La fermeture de l'usine s'est traduite par une importante réduction de valeur dans nos comptes, ce qui a fait peur à nos partenaires financiers qui se sont désolidarisés", poursuit Evers.

Départs des fonds

Pour l'anecdote, Profinpar et Noshaq ont quitté le navire au printemps 2020. Ils ont alors été remplacés, moins-value à la clé, par SMB Equity, un fonds de private equity allemand. Et celui-ci a jeté l'éponge en octobre, ce qui a scellé le sort de l'entreprise.

"En trois ans, on a ramassé de nombreuses tuiles alors que la société était viable et rentable depuis sa création en 2006."
Cédric Evers
fondateur et CEO, Pro Leather

"En trois ans, on a ramassé de nombreuses tuiles alors que la société était viable et rentable depuis sa création en 2006", conclut son CEO.

La construction automobile est pourtant en train de reprendre vigoureusement en ce début d'année 2021. Mais pour le fondateur de Pro Leather, ce redressement intervient trop tard. "On n'y est plus. On n'a plus que nos yeux pour pleurer en observant cette évolution. On a été remplacé par des productions internes aux constructeurs et par des concurrents italiens, notamment."

Le résumé

  • Six mois après avoir dû fermer sa filiale allemande, le groupe belge Pro Leather a mis la clé sous le paillasson.
  • Le négociant et producteur de cuir a été frappé tour à tour par le Dieselgate, la défiance envers les gros porteurs de Boeing et d'Airbus, la guerre commerciale sino-américaine et la crise pandémique.
  • En 2018, quand il avait ouvert son capital aux fonds Profinpar et Noshaq, il avait apparemment tout pour réaliser une forte croissance.
  • La reprise de la construction automobile intervient trop tard pour lui.

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